TUNISIE
07/03/2016 08h:55 CET | Actualisé 16/03/2016 09h:58 CET

Tunisie: Quand le théâtre veut s'emparer des régions intérieures comme Châambi ou Boussalem

FILE - In this June 25, 2013 file photo, a Tunisian armored personnel carrier patrols near the Jebel Chaambi mountain. Writing on building at left reads: "For Sale". Militants in eastern Tunisia staged two simultaneous attacks on army posts while soldiers held a Ramadan feast, killing at least 14 soldiers, authorities said Thursday July 17, 2014. An extremist group believed linked to al-Qaida's North Africa arm claimed responsibility for the attacks on Mount Chaambi on its Facebook page, calling Tunisian security forces "tyrants".(AP Photo/Paul Schemm, File)
ASSOCIATED PRESS
FILE - In this June 25, 2013 file photo, a Tunisian armored personnel carrier patrols near the Jebel Chaambi mountain. Writing on building at left reads: "For Sale". Militants in eastern Tunisia staged two simultaneous attacks on army posts while soldiers held a Ramadan feast, killing at least 14 soldiers, authorities said Thursday July 17, 2014. An extremist group believed linked to al-Qaida's North Africa arm claimed responsibility for the attacks on Mount Chaambi on its Facebook page, calling Tunisian security forces "tyrants".(AP Photo/Paul Schemm, File)

CULTURE - En Tunisie, plusieurs villes intérieures se trouvent investies par le théâtre. Une optique de décentralisation culturelle tentée par les autorités par souci de démocratisation culturelle.

A Sidi Bouzid et son festival régional de théâtre en milieu scolaire des écoles primaires de différentes délégations ont déjà présenté 21 pièces. Plus au nord, à Boussalem (nord-ouest), toujours dans le cadre scolaire, la première édition du festival régional du théâtre s'est tenue dimanche 7 mars.

Cette performance a été lancée à la suite d'initiative du ministère de l'Éducation pour faire du "théâtre scolaire, une composante du projet culturel tunisien", indique l'agence de presse tunisienne.

Pour instaurer une dynamique moins centrée sur la capitale ou sur les grandes régions, le Festival national du théâtre en milieu scolaire aura lieu en avril prochain dans le gouvernorat de Jendouba.

Même son de cloche à Kasserine où la troisième édition du "festival Châambi" de théâtre contemporain aura lieu du 19 au 24 mars, pour "relever le défi, celui de promouvoir l'activité culturelle dans la région, donner du goût à la beauté humaine loin du langage de la terreur et du terrorisme", a expliqué Walid Khadhraoui, directeur du festival à la TAP.

Démocratiser et décentraliser la culture

Les projets de décentralisation dans le domaine culturel se sont fait plus fréquents ces dernières années.

Lors de la dernière édition, des Journées Théâtrales de Carthage, la direction du festival avait décidé de "démocratiser et de délocaliser le théâtre", notamment en organisant un festival de théâtre dans les écoles et les maisons de culture réparties dans l'ensemble des régions de la Tunisie.

En novembre dernier, la direction des Journées Cinématographiques de Carthage avait également voulu étendre le festival à l'ensemble du territoire tunisien avec l'ouverture de nouveaux espaces de projection.

Récemment, à Ghardeya village de Béni Khiar dans le gouvernorat de Nabeul, Adnene Helali avait transformé une couveuse agricole en salle de projection pour permettre aux villageois d'accéder au septième art: "Le cinéma doit se créer un public dans les zones délaissées", a affirmé Adnene Helali au HuffPost Tunisie.

cinéferme

Les régions intérieures, lieu de l'art... du vrai!

Autre exemple de cet essor artistique constaté, la ville de Redeyef dans le gouvernorat de Gafsa inspire les "idéalistes".

Loin des projecteurs et des crépitements des flashs, Redeyef est une ville imbibée de rêves artistiques inachevés!

En proie à l’agitation sur fond de chômage et de cherté de la vie, des jeunes de la ville rêvent "d'un monde plus juste, d'un pays qui permettrait d'être libre... vraiment!".

Ce discours avait été tenu par Kadhem Nemsi, 24 ans au HuffPost Tunisie il y a tout juste deux ans.

Né en Irak, il avait rejoint Redeyef lorsque sa mère était venue s'y installer: "j'étais tout petit alors, je ne parlais pas encore". Ce jeune, qui a quitté l'école en première année secondaire, est un symbole du vent artistique qui souffle sur les parois minières de la ville.

Kadhem travaillait dans le bâtiment à Tozeur et participait à un atelier théâtral lorsqu'il rentrait du boulot avec le but "d'échapper à l'ennui et avoir cette chance d'incarner quelqu'un d'autre".

Il raconte que "grâce au théâtre, je peux être n'importe qui, le temps d'une scène, je peux être Président, étranger ou même policier (...) Ça me permet d'échapper au quotidien des chantiers".

Kadhem anime lui même l'atelier de théâtre dans la Maison de Jeunes de la ville, il écrit des textes "souvent jusqu'à deux heures du matin" parce qu'il est plus inspiré la nuit, et embarque les jeunes curieux de la ville pour cette expérience théâtrale, "tout aussi improvisée que sa vie".

Dans "son petit bureau" au sein de la maison de jeunes de Redeyef, il décrit son rêve: "Être à Tunis, pouvoir interpréter les pensées de notre ville et faire découvrir à la capitale, nos sentiments les plus profonds".

Il tente, à travers ses écrits, de dépasser "le sentiment de l'horreur et de l'exclusion qui nous habite tous ici à Redeyef" témoigne-t-il.

Malgré son jeune âge, il a vécu des moments "terribles" lors de la répression du bassin minier en 2008. "Tous les habitants de la ville n'oublieront jamais la cruauté des forces de l'ordre."

Viols, crimes et humiliations, il garde toujours en mémoire des images bouleversantes. "Je me souviens très bien des visages de ces policiers qui ont pratiqué ces horreurs, si on me donne la possibilité de témoigner dans un procès je le ferais sans hésiter. Des gens qui ont fait autant de mal ne méritent pas de rester en liberté", avait-il alors raconté.

Kadhem Nemsi un exemple de performance théâtrale "vrai" qui se base sur ses souvenirs et ceux de ses "frères": "J'ai écrit des mots à partir de leurs émotions qui sont les miennes".

Nous, on ne cherche pas la notoriété, l'argent, la célébrité", explique celui qui refuse de gagner sa vie avec son art. "On veut s'exprimer en liberté et dévoiler nos pensées", avait-il indiqué.

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