TUNISIE
01/03/2016 03h:50 CET

Tunisie: Vers l'expulsion d'un "cyberjihadiste" tunisien condamné à Paris?

wikimedia.org

Il se présentait comme l'administrateur du "plus grand forum jihadiste du monde", lié à Al-Qaïda: huit ans de prison ont été requis en appel lundi à Paris à l'encontre d'un "cyberjihadiste" tunisien.

Dans son réquisitoire, l'avocat général a également assorti sa demande d'une peine de sûreté des deux tiers. "M. Nabil Amdouni nous dit que du musulman radical qu'il était, il est devenu un musulman tolérant avec une toute nouvelle vision de sa religion", a ironisé le représentant du ministère public. "Mais ces propos ne doivent pas nous faire oublier ce qu'il a fait."

En première instance, le procureur avait déjà requis en sus une interdiction définitive du territoire français contre celui qu'il avait qualifié "d'un des maîtres du jeu d'un autre jihad, le jihad médiatique".

Nabil Amdouni, 37 ans, avait été arrêté en juillet 2012 à Toulon, où il vivait avec son épouse et leurs deux enfants. Les services de renseignement l'avaient identifié depuis environ un an comme administrateur du site "Choumoukh al-islam", "le plus grand forum jihadiste du monde", selon les propres mots de M. Amdouni.

Il avait créé ce site hébergé sur un serveur en Malaisie, en juin 2007, après avoir gravi les échelons (simple membre, modérateur puis administrateur) d'un autre site web jihadiste. "Choumoukh al-islam" (fierté de l'islam) avait reçu l'agrément d'Al-Fajr, la branche médiatique d'Al-Qaïda.

Nombre des messages dans la partie privée des forums étaient cryptés et Choumoukh, en lien régulier avec Al-Qaïda dans la péninsule arabique et Al-Qaïda au Maghreb islamique.

Ont ainsi été transmis des détails sur des personnalités cibles potentielles, la fabrication d'explosifs, ou encore des revendications d'enlèvement. Des filières de recrutement ou de financement étaient également promues, mais M. Amdouni a affirmé avoir aidé "seulement deux" candidats jihadistes à partir au Yémen.

"Je me condamne moi-même. J'ai fait des choses immorales. Je le sais maintenant", a reconnu lundi Nabil Amdouni, qui n'a jamais nié les faits au cours de ses deux procès.

"Il y a autre chose à faire que la prison pour mon client", a plaidé son avocat Me Éric Bourlion, brandissant un rapport de la maison d'arrêt d'Osny (Val d'Oise) qui démontre que "(s)on client a changé".

Pour l'avocat, expulser son client "vers la Tunisie est contre notre intérêt car après quatre années de déradicalisation en maison d'arrêt, on pourrait espérer un retour sur investissement".

La cour d'appel de Paris rendra sa décision le 5 avril.

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