TUNISIE
25/02/2016 12h:57 CET | Actualisé 25/02/2016 18h:10 CET

Les eucalyptus au cœur d'une polémique au parfum de corruption à Menzel Bourguiba

EUCALYPTUS - La mairie de Menzel Bourguiba est accusée par l'association locale La Citoyenneté - Guengla d'avoir "illégalement" confié l'abattage de 8 des eucalyptus "centenaires" de la commune à une société privée, tandis qu'à Carthage un homme a été condamné à trois mois de prison ferme pour avoir abattu un eucalyptus sur l'espace public.

A Menzel Bourguiba, une société d'abattage est venue sur le territoire de la commune le 31 janvier. Si sa mission était initialement de couper les 97 arbres d'un terrain militaire en vue d'y construire des lotissements, l'entreprise a également coupé des arbres bordant les routes de la commune, "à 6 mètres du terrain concerné", indique Helmi Zayene, président de l'association La Citoyenneté - Guengla au HuffPost Tunisie.

La mairie complice?

Le militant associatif, qui est revenu sur l'incident pour les Observateurs de France24, indique avoir alors alerté le maire, qui "a demandé à ce que l’abattage cesse, expliquant que l’entreprise était dans l’illégalité". Helmi Zayene soupçonne la mairie de complicité dans l'abattage de ces arbres:

"Huit arbres avaient déjà été coupés [sur les 15 de ce bord de route], ils ont été laissés sur place (...) La semaine suivante, ils sont revenus pour récupérer les arbres, sûrement pour les revendre. Ils nous ont dit que le secrétaire général de la mairie leur avait donné l’autorisation de récupérer ces arbres. La mairie a eu une attitude très étrange: elle n’a pas porté plainte alors que ces arbres ont été coupés illégalement sur son territoire et ensuite elle autorise l’entreprise à récupérer les eucalyptus coupés. Nous soupçonnons des malversations entre la mairie et l’entreprise de bûcheronnage".

Territoire militaire ou municipal?

Le lendemain de l'abattage interrompu, une délégation réunissant des représentants de l'Office des forêts, de l'Office des logements militaires et de la société d'abattage s'est rendue à la mairie pour solliciter une autorisation rétroactive, affirme Helmi Zayene.

"Pourtant aujourd'hui même [jeudi 25 février], je me suis rendu au gouvernorat, et le chargé de communication y a demandé à l'Office des forêts de quelle autorité relevaient les arbres: il leur a dit qu'ils étaient sur territoire militaire! Pourquoi alors avoir demandé une autorisation à la mairie ?", s'interroge le militant associatif.

Contacté par le HuffPost Tunisie, Mohamed Larbi Mimouni, maire de Menzel Bourguiba, n'a pas donné suite à nos sollicitations.

L'avocat Badr Eddine Ben Youssef a constitué le dossier de l'association La Citoyenneté - Guengla, mais il "attend de savoir si le maire porte bien plainte, c'est d'abord à lui de le faire". Me Ben Youssef relève que le jour de l'abattage, "les salariés de l'entreprise qui a abattu les arbres ont été arrêtés, puis libérés au bout de quelques heures", sans que l'on sache si des poursuites ont été engagées.

De Menzel Bourguiba à Carthage

Le cours de ce bois, recherché pour ses propriétés étanches, que ce soit dans la papeterie, la conception de barques, ou de panneaux, s'établit aux environs des 33 dinars la tonne en Europe.

Les arbres abattus à Menzel Bourguiba faisaient 4 mètres de haut, détaille Helmi Zayene, à qui l'un des salariés de la société venue abattre les arbres a indiqué qu'ils étaient payés à raison de 100 dinars par arbre, soit 10.000 dinars pour la centaine d'arbres abattus au total.

Par ailleurs, une pétition a été créée le 22 février à Carthage pour protester contre l'abattage d'un eucalyptus par le gérant d'une pâtisserie le jour-même, contre lequel une plainte a été déposée par les autorités dès le lendemain. Le jeudi 25 février, la justice a condamné le pâtissier à trois mois de prison ferme.

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