MAROC
24/02/2016 08h:53 CET | Actualisé 24/02/2016 08h:56 CET

Qui est Hamed Abderrahman, le "taliban espagnol" arrêté à Sebta?

Qui est Hamed Abderrahman, le "taliban espagnol" arrêté à Sebta?
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Qui est Hamed Abderrahman, le "taliban espagnol" arrêté à Sebta?

TERRORISME - On en sait plus sur le chef de la cellule terroriste démantelée mardi 23 février dans le nord du Maroc par les services de renseignements marocains et espagnols. Cette cellule "d'endoctrinement et de radicalisation", selon les termes du ministère de l'Intérieur espagnol, prévoyait des attentats en Espagne ainsi qu'au royaume.

Quatre personnes ont été arrêtées: trois Espagnols à Sebta et un Marocain à Nador. Parmi eux Hamed Abderrahman, un Espagnol d'origine marocaine, rapporte le quotidien El Pais qui se base sur des sources proches de la famille. Présenté comme le cerveau de la bande, il est surnommé par la presse espagnole "le taliban sebti". Âgé de 41 ans, il était déjà connu de la justice espagnole après un parcours qui l'a mené des rues de Sebta au geôles du camp américain de Guantanamo.

Billets pour l'Iran

Né en 1974, Hamed passe son enfance à Sebta. Il vit avec sa famille dans le quartier d'El Principe, une des zones les plus sensibles de la ville. Interpellé par les événements qui frappent le Cachemire, la Tchétchénie et le Pakistan, Hamed Abderrahman commence à s'intéresser à la branche fondamentaliste de l'islam et au jihad. Il se décide à sauter le pas en 2001.

Visa et billets pour l'Iran en poche, il quitte sa famille sans annoncer son projet. Seul son frère Mohamed était au courant. Ce dernier avait d'ailleurs fait croire à leurs proches qu'Hamed était parti pour Londres. Arrivé à Téhéran, il se rend à Mashad, la deuxième plus grande ville du pays, et rejoint la frontière afghane en taxi.

Là, des talibans lui demandent pourquoi est-ce qu'il souhaite rejoindre l'Afghanistan Il leur explique qu'il vient d'un quartier ou règnent "la drogue et la violence" et qu'il souhaite vivre en parfait musulman. Les événements du 11 septembre 2001 viennent bousculer la quiétude de cette nouvelle vie. Les étrangers reçoivent pour instruction de rejoindre le Pakistan.

Deux ans à Guantanamo

Lui et son groupe sont stoppés à la frontière par les militaires pakistanais après quatre jours de voyage. Le jour suivant, il est remis sous l'autorité des Américains. Interrogé deux fois, il est finalement envoyé à Guantanamo. Il y passera deux ans. L'analyse psychologique demandée des années plus tard par sa défense lors de son procès en Espagne révélera que le voyage vers Cuba a laissé des traces: Hamed souffre de stress post-traumatique. Il déclarera avoir voyagé "sans connaître [sa] destination" en pensant qu'il allait être "exécuté" en étant poussé de l'avion.

Le 30 janvier 2002, le gouvernement espagnol déclare que 2 des 598 prisonniers de Guantanamo affirment être espagnols. Felix Valdes, numéro deux de l'ambassade espagnole à Washington, est envoyé à Cuba pour vérifier leur statut. Hamed lui explique être un fervent musulman et qu'il souhaitait se rendre en Tchétchénie pour combattre les Russes.

Fin 2003, une accusation d'affiliation à un groupe terroriste est lancée contre lui par Baltasar Garzón, magistrat instructeur de l'Audience nationale, une des plus hautes instances juridiques espagnoles. De retour en Espagne le 13 février 2004, il passe cinq mois dans une prison de haute sécurité en attendant son jugement, prononcé le jour de ses 31 ans par l'Audience nationale. Il est condamné à six ans de prison pour avoir rejoint une organisation terroriste.

Retour au bercail

Baltasar Garzón explique alors qu'Hamed avait déclaré n'avoir reçu aucune formation militaire, qu'il n'avait jamais vécu dans un camp taliban, et que le peu de temps qu'il avait passé dans une madrassa était seulement destiné à étudier le Coran. Hamed avait également expliqué qu'il ne faisait pas référence à Al Qaïda quand il déclarait vouloir rejoindre l'armée des talibans.

Il passe dix mois supplémentaires derrière les barreaux avant que le Tribunal Suprême ne confirme son appel. Libre de rejoindre ses proches à Sebta, Hamed Abderrahman déclare alors qu'il aspire juste à "avoir une vie normale".

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