MAROC
24/02/2016 07h:13 CET | Actualisé 24/02/2016 07h:53 CET

La grève générale du 24 février en 4 questions

La grève générale du 24 février en 4 questions
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La grève générale du 24 février en 4 questions

SYNDICATS - Ce mercredi 24 février, les principales centrales syndicales du pays organisent une grève générale. Le point sur les principaux questionnements relatifs à cette grève.

Pourquoi une grève générale?

Si le dossier revendicatif des syndicats comporte une longue liste de points, quelques uns méritent une attention particulière: d'abord, la réforme des retraites, que les syndicats souhaitent, au préalable, discuter dans le cadre du dialogue social, non sous forme de projets de lois à la Chambre des conseillers; l'abrogation de l'article 288 du Code pénal marocain, qui punit de "l'emprisonnement d'un mois à deux ans et d'une amende de 120 à 5.000 dirhams ou de l'une de ces deux peines seulement, quiconque, à l'aide de violences, voies de fait, menaces ou manoeuvres frauduleuses, a amené ou maintenu, tenté d'amener ou de maintenir, une cessation concertée du travail, dans le but de forcer la hausse ou la baisse des salaires ou de porter atteinte au libre exercice de l'industrie ou du travail." Cet article du Code pénal pose la question plus large du droit de grève au Maroc, qui est garanti par la Constitution, et qui attend toujours la loi organique le réglementant. Les syndicats demandent, en outre, une hausse générale des salaires et des pensions de retraite, la baisse de la pression fiscale sur les salaires ainsi que l’augmentation à 6.000 dirhams des revenus non imposables.

Qui participe à la grève générale?

Hormis les quatre centrales syndicales les plus représentatives, initiatrices de la grève (l'Union marocaine du travail (UMT), la Confédération démocratique du travail (CDT), la Fédération démocratique du travail (FDT) et l'Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM)), d'autres syndicats et organisations professionnelles y participent, dont l'Organisation démocratique du travail (ODT), proche du Parti authenticité et modernité (PAM), le Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNE-SUP) ou encore le Syndicat indépendant des médecins du secteur public (SIMSP). Cette grève générale sera aussi marquée par la participation d'Al Adl wal-Ihsane, qui a annoncé, lundi 22 février, participer à la grève générale qui intervient dans un contexte marqué "par l'indifférence du gouvernement" envers "les revendications légitimes de justice sociale" exprimées par les syndicats, selon un communiqué d'Al Adl wal-Ihsane.

Quels secteurs sont concernés?

La grève sera organisée dans la fonction publique, les collectivités territoriales, les établissements publics et semi-publics, le secteur privé industriel, agricole, forestier et de service, les transports routier, aérien, maritime, ferroviaire, urbain et interurbain, les commerces, l’artisanat, le secteur minier, le secteur portuaire, la pêche maritime et tous les secteurs professionnels. Toutefois, il n'est pas exclu que certains secteurs soient moins touchés que d'autres, voire même infiniment moins touchés par la grève, en raison de la faible pénétration des syndicats dans le privé. Pour Karim Hamoumi, auteur de travaux sur le syndicalisme et le management dans les entreprises marocaines, cela s'explique par "la taille limitée de beaucoup d’établissements, leur caractère familial et les relations plus personnalisées entre employeurs et employés dans les petites entreprises qui composent l’essentiel du secteur privé", qui "rendent moins pertinente la représentation syndicale."

Qu'en pense le gouvernement?

Contacté par le HuffPost Maroc, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement Mustapha El Khalfi déclare que "la grève est, certes, un droit constitutionnel, mais nous considérons que cette grève générale est injustifiée, en raison du fait que le dialogue sur les retraites a été lancé dès janvier 2013, et a été approfondi au Conseil économique, social et environnemental (qui a émis des recommandations sur le dossier des retraites ndlr). La réforme des retraites est, actuellement, à l'étude au parlement, et le gouvernement assumera la responsabilité de la mener à bien, tout en tenant compte des remarques et des amendements qui seront élaborés au parlement". Le ministre de la Communication indique aussi que "le gouvernement prendra les dispositions nécessaires pour assurer le fonctionnement normal des services publics, dans le cadre des dispositions légales en vigueur." En d'autres termes, en ponctionnant, notamment, les salaires des grévistes.

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