ALGÉRIE
24/02/2016 11h:57 CET | Actualisé 24/02/2016 12h:09 CET

La situation des droits de l'Homme en Algérie "préoccupante" malgré "quelques avancées", selon Amnesty International

HuffPost Algérie

En dépit de plusieurs améliorations législatives et constitutionnelles en 2015, la situation des droits de l'Homme en Algérie reste préoccupante, a estimé Hassina Oussedik, la présidente de Amnesty International Algérie, ce mercredi 24 février lors de la présentation du rapport annuel 2015-2016 de cette ONG.

Hassina Oussedik, accompagnée de Younes Saadi, directeur de Amnesty International Algérie, ont dressé ce matin un bilan mi-figue, mi-raisin de la situation des droits de l'Homme en Algérie. S'ils ont salué certaines avancées, dont l'adoption de la loi contre la violence faîte aux femmes, les deux responsables de cette ONG ont exprimé de nombreuses réserves, dénonçant par la même occasion plusieurs atteintes et restrictions des libertés fondamentales.

"En 2015, nous avons eu quelques avancées en matière de droits humains". Hassina Oussedik, qui a entre autres salué les nouvelles réformes constitutionnelles adoptées cette année, a néanmoins déploré la situation "préoccupante" des droits de l'Homme en Algérie.

Elle a de nouveau dénoncé les atteintes aux libertés de réunion, d'association et d'expression, notamment la vague d'arrestations arbitraires des militants pour le droits des chômeurs, dont Rachid Aouine et Belkacem Khencha.

"Ulac Smah"

La présidente d'Amnesty International a tout d'abord salué les avancées enregistrées dans la protection des droits des femmes, notamment l'adoption en décembre de la loi contre les violences qui leur sont faîtes.

"Nous avons eu des modifications du code pénal concernant la violence à l'encontre des femmes, une revendication de plusieurs décennies par le mouvement féministe et des femmes en Algérie", fait-elle rappelé.

"Cependant, nous avons des réserves concernant la clause de pardon", a déclaré Hassina Oussedik. Cette clause, qui accroît la vulnérabilité des victimes de violences conjugales selon cette ONG, épargne au conjoint auteur de vol, contraintes, intimidation ou d'agressions des poursuites judiciaires au cas où la victime lui pardonne.

Amnesty International Algérie avait d'ailleurs souligné que ces clauses "problématiques" exposent les femmes aux risques de pression ou de violence pour les contraindre à retirer leur plainte. "Connaissant le rapport de force entre l'homme et la femme, nous nous imaginons bien que nous allons avoir beaucoup de "pardons"", a-t-elle ironisé.

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Principes fondamentaux sans réponses

Lors de cette conférence, tenue à l'hôtel Sofitel, il a également été question de la révision de la Constitution.

La présidente de cette association et son directeur, Younes Saadi, ont alors évoqué les dernières réformes constitutionnelles, votées et adoptées par le Parlement le mois de janvier 2016. Ils ont salué les réformes liées à la détention préventive et la liberté de la presse, exprimant une fois de plus leurs réserves quant à l'absence de "principes fondamentaux".

Reconnaissant, avec retenue, les modifications du code de procédures pénales, qui ont instauré le droit du garde-à-vue de contracter un avocat, Amnesty International Algérie a regretté l'interdiction de ce dernier d'assister aux interrogatoires.

"Cette constitution renforce certaines garanties et en introduit de nouvelles, mais, malheureusement, laisse certains principes fondamentaux sans réponses", a fait remarqué Mme. Oussedik.

"Concernant la liberté de la presse, nous saluons l'article 41 qui consacre la liberté des médias sans aucune forme de censure préalable. Cependant, cette disposition renvoie au respect des constantes et des valeurs morales, religieuses et culturelles. Il est important qu'il n'y ait pas de renvois à des lois nationales pouvant restreindre durablement les lois constitutionnelles, surtout quant elles donnent lieu à de larges interpellations", a-t-elle rajouté.

Des infractions préoccupantes

Hassina Oussedik et Younes Saadi sont cette fois-ci formels, qualifiant la situation des droits de l'Homme, marquée par les atteintes aux libertés fondamentales, notamment celles d'expression, de réunion et d'association, de "préoccupante".

L'Algérie est, malheureusement, en totale conformité avec la région du Moyen-Orient et ses tendances des répressions des libertés d'expressions", a-t-elle noté.

"Durant l'année passée, un certain nombre de militants des droits de l'Homme, des journalistes, des blogueurs et des citoyens ont été harcelés et poursuivis juste pour avoir exprimé de manière pacifique leurs opinions", fait de son côté savoir M. Saadi. Rappelons-nous de Rachid Aouine, qui a passé 6 mois de prison pour avoir posté un commentaire sur Facebook et Belkacem Khencha".

Ce militant des droits des chômeurs à Laghouat, condamné à six mois de prison ferme pour "attroupement non autorisé", a d'ailleurs été condamné à une amende de 100.000 Da mercredi dernier pour avoir témoigné des conditions de sa détention.

Amnesty International a aussi évoqué ce mercredi le droit au rassemblement pacifique.Plusieurs manifestation ont été interdites et réprimées en Algérie l'année dernière", a rappelé Mme. Oussedik, citant, entre autres, le sit-in de la CNLTD contre l'exploitation du gaz de schiste.

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"Il est de notre droit de s'inquiéter des ressources naturelles de notre pays et que nous avons le droit de donner notre avis", affirme ainsi Hassina Oussedik.

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