MAROC
23/02/2016 08h:54 CET | Actualisé 23/02/2016 09h:36 CET

En matière de recyclage, le Maroc veut donner l'exemple

La Banque mondiale cite la décharge d'Oum Anza comme "exemple" dans la région
AFP
La Banque mondiale cite la décharge d'Oum Anza comme "exemple" dans la région

ÉCOLOGIE - Alors que la politique énergétique nationale, qui se tourne vers les énergies propres, est sans cesse mise en avant, les efforts du royaume en matière de tri et de recyclage des déchets restent peu mis en avant.

Dans un article publié à la mi-février par la Banque mondiale, l'institution revient sur les accomplissements du pays en matière de gestion des déchets ménagers, en mettant en lumière le site d'Oum Anza, situé près de Rabat. Une décharge "exemplaire" qui reçoit annuellement quelque 850.000 tonnes de déchets par an et qui souhaite désormais donner l'exemple dans la région en entreprenant des méthodes écologiques dans la gestion des déchets ménagers.

Un modèle pour la Banque mondiale

La Banque mondiale met ensuite en exergue les premiers accomplissements du Maroc en matière de recyclage et d'amélioration du cadre de vie des "trieurs de déchets". "L’approche marocaine est exemplaire. Le pays conçoit ses déchets comme une ressource à valoriser. Le centre d’Oum Azza est un modèle prometteur qui devrait être reproduit dans d’autres décharges", estime Maria Sarraf, économiste pour les questions environnementales à la Banque mondiale.

L'institution, qui prête main forte au Maroc pour une meilleure gestion de ses déchets, notamment à travers une série de financements, peut donc se rassurer sur les premiers résultats de la stratégie du royaume, qui devrait porter ses fruits d'ici 2022.

Les ambitions du Maroc en matière de recyclage

La décharge d'Oum Anza, qui représente la "plus grande décharge moderne au Maghreb" constitue une expérience pilote, témoin des ambitions marocaines en matières de recyclage. Le pays souhaite, à travers son programme national des déchets ménagers, aboutir à un taux de recyclage des matériaux de 5 à 20% d'ici 2022. Un programme qui a nécessité près de 40 milliards de dirhams, dont 720 millions dédiés au tri et au recyclage, selon les chiffres du ministère délégué chargé de l'Environnement. Cette stratégie pourrait notamment réduire les importations du pays en papier et en plastique.

Pour concrétiser ce projet, le ministère chapeauté par Hakima El Haite entend restructurer de manière radicale le secteur de la collecte des déchets. Cela passera notamment par la réhabilitation ou la fermeture de toutes les décharges existantes d'ici 2020 ainsi que la formation et la sensibilisation des acteurs concernés sur la problématique des déchets. A terme, des centres d'enfouissement et de valorisation au profit de tous les centres urbains devraient voir le jour pour remplacer des espaces souvent gérés de manière informelle et représentant des nuisances olfactives dans leurs régions respectives.

Les déchets comme source de revenu

Alors que le programme national des déchets ménagers nécessite un budget lourd pour restructurer le secteur, la collecte de déchets peut aussi représenter une source de revenu pour les communes. Au site d'Oum Anza par exemple, "2.200 tonnes de déchets solides sont revendus chaque année", souligne la Banque mondiale. La décharge d'Oum Azza veut également valoriser les déchets organiques en produisant du biogaz issu de la décomposition des matières végétales, qui pourrait bientôt être revendu à une cimenterie voisine.

Organiser l'activité des "mikhala"

decharge

Souvent victimes d'une mauvaise image alors qu'ils participent à leur façon au recyclage des déchets, les chiffonniers, également appelés "mikhala" en darija, travaillent pour la plupart dans le secteur informel. A la décharge du site d'Oum Anza, la coopérative At-Tawaffouk a été créée afin d'améliorer leurs conditions de travail. "Près de 150 personnes sont membres, dont 22 femmes", fait savoir l'article de la Banque mondiale. "Nous touchons chacun un salaire mensuel de 2.620 dirhams", a assuré le président de la coopérative.

Si cette somme est inférieure aux revenus qu'ils peuvent percevoir en agissant de manière informelle, selon la Banque mondiale, les "mikhala" du site d'Oum Anza bénéficient néanmoins de plusieurs avantages: couverture par une assurance maladie, disposition d'un compte bancaire mais également le droit de bénéficier d'un prêt immobilier à un taux relativement bas, souligne la même source.

D'autres initiatives voient le jour

D'autres projets visant à instaurer le tri des déchets ont vu le jour ces dernières années dans plusieurs villes marocaines. En 2014, une expérience se concentrant sur sept quartiers de Casablanca a été lancée, en vue de trier les déchets ménagers au sein du centre de tri et de recyclage de Sidi Bernoussi. Un projet concluant selon la commune urbaine de Casablanca qui a entamé en 2015 une étude afin de généraliser ce processus à d'autres quartiers de la ville blanche.

A Tanger, l'entreprise espagnole Althenia Sando, en charge de la collecte des déchets ménagers dans la région ouest de la ville, a lancé une première expérience de tri des déchets en décembre 2015. L'entreprise a mis à disposition des habitants du complexe Hassani situé dans le quartier Beni Makada des bennes de différentes couleurs afin de séparer les déchets en fonction de leur nature.

Vers la fin des sacs plastiques

Un projet de loi pour interdire la fabrication des sacs en plastique, leur importation, leur commercialisation et leur utilisation a été adopté le 25 novembre à la Chambre des conseillers, une dizaine de jours après son adoption à la Chambre des représentants.

La fin des sachets en plastique destinés aux consommateurs est donc programmée au 1er juillet 2016, date à laquelle le projet de loi 77-15 entrera en vigueur. Le texte autorise toutefois certains types de sachets comme les sacs poubelle, isothermes, de congélation et ceux destinés à l'agriculture.

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