TUNISIE
19/02/2016 11h:43 CET | Actualisé 20/02/2016 10h:26 CET

Tunisie: les forces de l'ordre formées pour ne plus s'en prendre aux journalistes (VIDÉO)

Les manifestations ou les scènes d'attentats terroristes ont souvent été le terrain de tensions entre les journalistes et les forces de l'ordre. Dans l'absence de communication entre les deux parties, les reproches fusent des deux côtés.

“Training Security Forces on Freedom of Expression and the Safety of Journalists” (Formation des forces de l'ordre sur la liberté d'expression et la sécurité des journalistes) est un projet qui a duré deux ans.

De 2013 à 2015, en collaboration entre l'Unesco et le ministère de l'Intérieur tunisien, cette formation visait à établir "une nouvelle relation plus pacifique entre ces deux acteurs essentiels dans la transition démocratique".

"Cette formation a été intégrée dans le cursus des écoles de la Garde nationale. Des officiers de la Garde nationale suivent désormais un cours de 20 heures sur la liberté d'expression, la sécurité des journalistes et les relations avec les médias (...) 1125 agents des forces de sécurité ont participé à des séances de sensibilisation avec des formateurs de l'UNESCO", a annoncé l'agence Onusienne le 21 janvier 2016 dans un communiqué.

"Depuis 2013, plus de 260 officiers de maintien de l'ordre ont suivi cette formation", peut-on encore lire.

Quels résultats concrets?

"Avec le ministère de l'Intérieur nous avons participé à ce projet qui consiste à faire participer les journalistes aux simulations incluses dans l'entraînement des agents des forces de l'ordre. C'est dans le but d'apprendre aux journalistes comment couvrir sur terrain des événements tels que des manifestations avec des jets de pierres, du gaz lacrymogène ou bien des attentats terroristes", a déclaré Zied Dabbar, membre du Syndicat des journalistes (SNJT), une organisation partenaire de la formation, au Huffpost Tunisie.

Quels sont les résultats de cette formation sur terrain pour les journalistes, plus d'une année après sa fin?

"Il y a encore du chemin à faire", affirme Zied Dabbar. "Mais il y a une certaine amélioration dans le comportement des agents des forces de l'ordre. Lors des derniers mouvements de protestations à Kasserine nous avons noté moins de violences vis-à-vis des journalistes", a-t-il ajouté.

Une vidéo éloquente

La vidéo ci-dessus résume le projet, en recueillant des témoignages de journalistes et de formateurs ayant participé au programme.

"Durant la couverture d'une manifestation le 11 juillet 2014, j'ai été agressé par les forces de sécurité. Je prenais des photos et soudain deux policiers m'ont attaqué et m'ont amené dans une voiture où on m'a infligé toutes sortes de violences verbales et physiques", a déclaré Nabil Ben Ouezdou, journaliste à Djerba.

"Depuis ce jour-là j'ai gardé comme un traumatisme et même maintenant dans ce genre de contexte je reste sur mes gardes", a ajouté le journaliste.

"J'ai gardé comme un traumatisme"

"Le contexte tunisien est très particulier car on sait que c'est une nouvelle démocratie, une jeune démocratie et du coté des forces de l'ordre c'est nouveau de travailler avec des gens qui remettent en question ce qu'ils font", explique le commandant Ian Lafrenière, de la police de Montréal, formateur à l'Unesco.

Ce dernier présente un nouveau type d'approche. "Ça ne sert à rien de cacher l'image. La première chose que vous faites quand vous mettez la main devant l'image c'est de démontrer au gens que vous voulez cacher quelque chose", a-t-il adressé aux agents formés.

La solution n'est donc pas dans l'interdiction d'accès à l'information mais tout le contraire, selon le commandant : "On doit occuper le terrain. Si on ne parle pas les journalistes vont s'en aller et trouver d'autres sources d'information."

Nasr Bouzoumita, commissaire, formateur au ministère de l'Intérieur explique que l'objectif "est de rapprocher les points de vue et fermer le fossé existant".

Le premier jour, seuls les agents des forces de l'ordre sont présents. Le deuxième jour de la formation, des journalistes rejoignent la formation. Une sorte de confrontation ou d'application pour certains, des nouvelles connaissances acquises et des pratiques à appliquer.

"À chaque fois ce qui est fascinant c'est de voir le matin les gens braqués chacun dans sa position, et après la pause café les gens instinctivement vont s'asseoir ensemble et reviennent ici amis-amis", a assuré le commandant Ian Lafrenière.

"Ce qui est bien dans cette formation c'est que les policiers avouent bien qu'il y a eu des agressions de leur part sur les journalistes. C'est un pas vers l'amélioration de la relation entre journalistes et agents de police", a exposé Khaoula Sliti, journaliste tunisienne qui a participé à la formation.

En plus de la Tunisie, l'Unesco a reproduit l'expérience dans plusieurs pays tels que la Somalie, la Côte d’Ivoire, le Soudan du Sud, l'Irak et la Tanzanie.

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