TUNISIE
19/02/2016 05h:15 CET | Actualisé 19/02/2016 05h:40 CET

A la Berlinale, coup de projecteur sur le jeune cinéma tunisien et des pays arabes

Berlinale

La Berlinale met cette année un coup de projecteur sur la jeune garde cinématographique de plusieurs pays arabes, explorant leurs passés et leurs soubresauts politiques et sociétaux actuels.

"Hédi", du Tunisien Mohamed Ben Attia : premier film arabe en compétition à Berlin depuis 20 ans, "Hédi" raconte l'histoire, dans la Tunisie post-révolutionnaire, d'un jeune Tunisien sur le point de se marier mais qui se laisse entraîner dans une relation passionnelle avec une autre femme qui va balayer toutes ses certitudes.

Récit d'un "bouleversement émotionnel" et personnel, "Hédi" trouve aussi un écho dans la révolution tunisienne qui a abouti au départ du président Zine El Abidine Ben Ali, en 2011 : "L'histoire d'amour (...) est importante, mais elle est secondaire par rapport à tout ce qui se passe autour du personnage (...). Ça parle de révolution politique et personnelle aussi", explique le réalisateur à l'AFP
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"Barakah meets Barakah" ("Barakah rencontre Barakah"), du Saoudien Mahmoud Sabbagh : l'une des curiosités de cette Berlinale. Cette comédie romantique narre, sur un ton léger, les difficultés d'une starlette des réseaux sociaux et d'un jeune employé municipal à vivre leur relation au grand jour à Jeddah.

"Je voulais faire un film sur la jeunesse saoudienne (...) un film sur la place de cette génération et des restrictions sociales et politiques" en Arabie saoudite, pays où la production cinématographique est quasi inexistante et les salles de cinéma interdites, explique Mahmoud Sabbagh dont c'est le premier long métrage.

Dans "In the last days of the city" ("Dans les derniers jours de la ville"), l'Egyptien Tamer El Saïd suit l'errance au Caire de Khalid, réalisateur en pleine crise existentielle et créatrice, sur fond de révolte égyptienne et de montée du chaos dans la région.

Le tournage de cette fiction, qui a duré deux ans, s'est achevé en décembre 2010, quelques semaines avant que n'éclate la révolution égyptienne qui a sonné le glas du régime d'Hosni Moubarak, explique à l'AFP Tamer El Saïd, qui a tourné dans un contexte "très compliqué". "Il a fallu capter des moments de vie très intenses dans cette région (le film a été tourné au Caire, à Beyrouth et à Bagdad, ndlr) et tous les événements qui (s'y) sont produits pendant les neuf années" nécessaires pour mener à bien ce projet, confie le réalisateur de 43 ans.

"A magical substance flows into me" ("Une substance magique coule en moi"), de Jumana Manna : dans son documentaire, cette artiste de 25 ans, née aux Etats-Unis et d'origine palestinienne, marche dans les pas de l'ethnomusicologue juif allemand Robert Lachmann (1892-1939), arrivé en 1935 en Palestine où il a exploré dans un programme radiophonique les multiples traditions musicales arabes et juives de la région.

Quatre-vingts ans plus tard, Jumana Manna exhume les enregistrements musicaux diffusés par Lachmann pour les faire jouer par des musiciens des différentes communautés de la région. Son objectif : "Rendre visible l'interdépendance complexe des identités, rendues à tort étrangères les unes aux autres", explique la jeune femme installée à Berlin.

"A maid for each" ("Chacun sa bonne"), du Libanais Maher Abi Samra : en scrutant le quotidien d'une agence de personnel de maison à Beyrouth, ce documentaire jette une lumière crue sur le marché des bonnes au Liban, où 200.000 migrants, africains ou asiatiques, travaillent dans des foyers des classes moyenne ou supérieure. "En moyenne, une travailleuse domestique se suicide chaque semaine, la plupart à Beyrouth", explique-t-il dans son film.

"Ca m'intéressait de travailler l'idée de l'invisibilité des immigrés, comment on peut rendre les étrangers transparents", explique à l'AFP Maher Abi Samra, qui entend "disséquer (...) une logique totalement intégrée dans la vie quotidienne des Libanais".

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