MAROC
19/02/2016 12h:07 CET

La cellule terroriste démantelée à El Jadida avait prévu des attaques à l'aide d'armes biologiques

Une cellule terroriste avait prévu des attaques à l'aide d'armes biologiques
AIC Press
Une cellule terroriste avait prévu des attaques à l'aide d'armes biologiques

TERRORISME - Si leur plan s'était déroulé comme prévu, la presse nationale aurait sans doute titré sur un attentat de grande ampleur aujourd'hui au Maroc. Mais prise de court par le Bureau central des investigations judiciaires (BCIJ), une cellule terroriste composée de dix membres dont un ressortissant français et un mineur de 16 ans a été démantelée le jeudi 18 février à El Jadida. Ce matin, le directeur du BCIJ Abdelhak Khiame a tenu un point de presse où ont été révélés les premiers éléments de l'enquête.

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Le BCIJ a saisi deux drapeaux de l'organisation Etat islamique

Des armes biologiques saisies

Outre un panel d'armes composé de mitrailleuses automatiques, de revolvers, d'un fusil et de centaines de balles, le BCIJ a mis la main sur six bocaux contenant des produits chimiques à haute teneur en soufre qui sont habituellement utilisés comme engrais dans l'agriculture. "Cette matière permet de confectionner des charges artisanales au pouvoir explosif redoutable", a expliqué Ahmed Rami, responsable au service chimique du BCIJ. Et de détailler: "Une fois chauffée à une haute température, cette matière diffuse un gaz toxique qui mène à une mort certaine".

Fait peu habituel, le BCIJ a également saisi trois bocaux contenant un mélange étrange. Au menu, des rats morts, de la viande pourrie, du citron et des clous rouillés. "Ce mélange, une fois conservé dans un milieu anaérobique (privé de dioxygène, ndlr), permet de créer la toxine tétanique, qui une fois contractée, attaque le système nerveux central et provoque la mort", a expliqué au HuffPost Maroc M. Elarji, membre du service de la gestion des risques au BCIJ. Les membres de la cellule terroriste avaient ainsi planifié d'intégrer cette toxine dans leur dispositif explosif afin de diffuser à grande échelle cette neurotoxine, considérée dans le domaine de la chimie pour être l'un des poisons biologiques les plus puissants.

Daech change de tactique

Pour Abdelhak Khiam, cela ne fait aucun doute, "cette saisie est révélatrice d'un changement radical de la tactique de Daech". Et pour cause, "les armes saisies sont en provenance de la Libye, ce qui confirme que l'Etat major de l'organisation terroriste se positionne de plus en plus au Maghreb". Autre fait révélateur, les membres de la cellule terroriste n'ont pas été entraînés, comme d'habitude, dans des camps en Syrie ou en Irak. "Ces personnes ont été formées sur place en coordination avec Daech, qui leur a fourni les armes nécessaires", a révélé le directeur du BCIJ.

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Un panel important d'armes a été saisi

"C'est loin d'être une cellule terroriste, c'est un véritable commando armé", estime Khiam. Les premiers éléments de l'enquête ont révélé que les membres de cette cellule terroriste dont les membres s'activaient à El Jadida, Essaouira, Meknès et Sidi Kacem avaient prévu d'installer un camp d'entraînement militaire au lendemain de l'attentat terroriste prévu. "Ils avaient pour but de se rendre à Sehb El Harcha, une zone montagneuse à une vingtaine kilomètres de Tan-Tan, afin d'installer leur activité loin des regards", précise le directeur de la BCIJ. Dans ce "no man"s land", les terroristes avaient déjà repéré des grottes qui allaient leur servir de "planques", ainsi que des terrains susceptibles de se transformer en véritables camp d'entrainement.

Qui sont-ils?

Les premières informations concernant les dix membres de la cellule terroriste ayant prêté allégeance à l'organisation Etat islamique révèlent que l'organisation continue de recruter des personnes radicalisées de tout âge, venues de milieux hétérogènes. Les mis en cause ont entre 16 et 40 ans, ils sont trois à être étudiants, un à être chômeur, trois d'entre eux ont arrêté leurs études à l'école primaire et un d'entre eux a obtenu un diplôme universitaire.

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Le mineur impliqué devait exécuter un attentat à la voiture piégée à bord de ce véhicule

Leur chef, qu'ils ont nommé en tant qu'émir, est un agent immobilier de 35 ans natif de Laâyoune. Les premiers éléments de l'enquête ont permis de savoir que le ressortissant français est, lui, installé au Maroc depuis près d'un an où il s'est converti à l'islam. Le mineur de seize ans, qui poursuivait en parallèle ses études, devait, lui, exécuter un acte suicidaire à la voiture piégée sous l'égide de l'émir qui s'était installé dans un quartier populaire de la ville d'El Jadida, un "refuge sûr" pour planifier ce "plan destructeur".

Quelle était leur cible?

Si les premiers éléments de l'enquête n'ont pas encore permis de déterminer les lieux exacts que ciblaient les attentats terroristes planifiés, on sait néanmoins que les terroristes avaient planifié d'attaquer "des institutions de l'Etat, des personnalités civiles et militaires, ainsi que des hôtels", selon Abdelhak Khiam, qui précise que plus d'éléments seront révélés au public au fil de l'avancement de l'enquête. S'il ne cache pas sa fierté d'avoir mis la main sur ce "commando armé" à l'aide de ses troupes, Khiam souligne néanmoins que "le Maroc reste une cible privilégiée pour différents groupements armés installés dans la région, du fait de l'ouverture d'esprit du Maroc" ainsi que le nombre accru des combattants de Daech issus du royaume en Irak et en Syrie.

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