MAROC
15/02/2016 08h:36 CET | Actualisé 17/02/2016 05h:29 CET

"Macho Mouchkil": Une série de portraits pour dénoncer le sexisme au Maroc

"Macho Mouchkil": Une série de portraits pour dénoncer le sexisme au Maroc
Julia Küntzle
"Macho Mouchkil": Une série de portraits pour dénoncer le sexisme au Maroc

PROJET -Faire des portraits de femmes qui subissent le machisme au quotidien, d'hommes qui le perpétuent ou d'autres qui le dénoncent. Après l'affaire des filles en jupes agressées à Inezgane et la polémique créée suite à la sortie du film "Much Loved" l'année dernière, la journaliste française Julia Küntzle, qui s'est installée à Rabat pendant quelques mois, s'est inspirée de son quotidien et de celui de plusieurs femmes pour nourrir un projet artistique original en collaboration avec le mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI)

Celui-ci vise à dénoncer le machisme ordinaire rencontré à Rabat à travers les portraits d'une cinquantaine de citoyens marocains masqués. Le titre de son projet, "Macho Mouchkil" reprend l'expression "Machi Mouchkil" en darija, qui signifie "pas de problème", réponse souvent entendue pour "banaliser les petits accidents du machisme ordinaire". Le HuffPost Maroc s'est entretenu avec la journaliste.

HuffPost Maroc: Comment avez-vous eu l'idée de vous lancer dans ce projet?

Julia Küntzle: Le projet est né d'un vécu. J'ai connu le machisme depuis mon plus jeune âge, de la banlieue parisienne où je suis née, en passant par les rédactions où j'ai travaillé. Je m'étais installée à Rabat pendant quelques temps, je voyais le harcèlement dans les rues et quelques personnes de mon entourage se sont fait agresser. Puis j'ai fait un rêve où je voyais des femmes cagoulées poursuivre leur agresseur. C'est à ce moment-là que j'ai eu l'idée des masques. Je souhaitais rendre la parole aux gens. Et le masque a permis à plusieurs personnes de faire le pas. Petit à petit, grâce au bouche-à-oreille, des citoyens marocains de toutes les couches de la population ont commencé à me contacter pour partager leur histoire.

Combien de temps cela vous a-t-il pris?

Cela m'a pris un mois en tout. J'ai dû faire avec les moyens du bord. J'ai écumé toutes les boutiques de Rabat pour trouver des masques. Certains souhaitaient quand même témoigner à visage découvert, mais j'ai refusé pour mettre tout le monde au même niveau. Maintenant, je cherche des lieux au Maroc et en France pour exposer mon travail. Je veux des endroits accessibles à tous, des endroits publics par exemple, pour faire prendre conscience aux gens qui subissent le machisme quotidien qu'ils ne sont pas seuls.

Quels sont les citoyens que vous avez pu rencontrer pour ce projet?

J'ai eu l'occasion de photographier des personnes non marocaines installées au Maroc, comme des Africains subsahariens. Mais ce n'est pas l'origine qui m’intéresse.

Quelle est la suite de ce projet?

Je voudrais aller dans d'autres pays: le Sénégal, que je connais bien, m’intéresse particulièrement. J'ai remarqué plusieurs similitudes dans les histoires des gens, que ce soit aux Etats-Unis ou en France. Donc je compte continuer sur mon projet et l'étendre à l'international.

Le travail de la journaliste freelance sera exposé à Cherbourg en France, du 4 au 13 mars sous le nom "Portraits du Maroc, des Etats-Unis et de France" à l'occasion du Festival "Femmes dans la ville".

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