MAROC
17/02/2016 14h:39 CET | Actualisé 09/03/2016 08h:19 CET

Dialogue électoral au Maroc: Pourquoi le débat sur le seuil électoral est fondamental

bulletin de vote
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ELECTIONS - Actuellement de 6%, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) et l'Union socialiste des forces populaires (USFP) demandent de l'abaisser à 3%, tandis que le Parti de l'Istiqlal (PI) propose de le relever à 10%. Le Parti de la justice et du développement (PJD), lui, recommande le maintien du seuil de 6%, faute de pouvoir le relever. Le seuil électoral est au coeur du débat mené par le Chef du gouvernement avec les partis politiques, mardi et mercredi 16 et 17 février.

D'abord, que peut changer l'abaissement du seuil?

Prenons une circonscription de cinq sièges avec six partis politiques en lice: le Parti de l'Alphabet Arabe (PAA), le Rassemblement National des lettres indépendantes (RNLI), le Parti du progrès et de l'alphabétisme (PPA) de l'Alphabet Démocratique (FAD), le Parti de l'Alphabet Latin (PAL), l'Union dyslexique des lettres populaires (UDLO) et, enfin, le Front des voyelles et des consonnes (FVC).

La liste du PAA remporte 150.000 voix, celle du RNLI 80.000, le PPA 60.000, le PAL 120.000, l'UDLO 13.000 et, enfin, le FVC 4.500. Le total des voix exprimées dans la circonscription est, donc, de 427.500. Ce total, nous le diviserons par le seuil électoral, qui est de 6%, ce qui donne 25.650. Donc, les listes ayant obtenu moins de 25.650 voix sont exclues, ce qui veut dire que l'UDLO et le FVC sont hors course.

Si le seuil est abaissé à 3%, seuls les partis ayant obtenu moins de 12.825 voix sont exclus de la course aux sièges, ce qui veut dire que l'UDLO fera partie des formations en lice, au grand bonheur des dyslexiques qui, longtemps, ont souffert de n'être pas représentés au parlement.

Pourquoi le PJD et l'Istiqlal s'y opposent-ils ?

Le parti de la lampe estime qu'un "abaissement du seuil électoral contribuera à une plus grande fragmentation du jeu politique", selon le vice-secrétaire général du parti Souleiman El Amrani. Il permettra, en effet, aux petits partis, non ou faiblement représentés au parlement aujourd'hui, de n'être pas exclus de la répartition des sièges, et, partant, ne rendra que plus hétéroclites les coalitions entre partis, qui seront de plus en plus nombreux à siéger au parlement, selon le PJD. Le non-dit, c'est qu'il conduira aussi à une réduction du nombre de sièges des grands partis à la Chambre des représentants. Citant une source de la direction du PJD, le quotidien Akhbar Al-Yaoum rapporte que le parti de la lampe s'attend à remporter entre 120 et 130 sièges avec un seuil de 6%, mais ne pourra pas obtenir plus de 60 sièges, si le seuil venait à être abaissé à 3%.

Sans pour autant se pencher sur la validité de ce calcul – le PJD risque, en effet, de perdre des sièges, à l'instar des autres grands partis politiques, mais une division du seuil par deux ne s'accompagnera pas forcément d'une division des sièges potentiels par deux – la principale raison qui pousse les grands partis que sont l'Istiqlal et le PJD à s'opposer à l'abaissement du seuil est, effectivement, leur crainte de perdre des sièges au parlement. Et, donc, de former des majorités de plus en plus fragiles, s'ils venaient à former majorité.

Pourquoi le PPS et l'USFP le défendent-t-il?

Le Parti du progrès et du socialisme (PPS), lui, prend "une position de principe, en demandant l'abaissement du seuil électoral. Le PPS a toujours été pour un seuil qui intègre le maximum de courants et de forces politiques dans les institutions", explique au HuffPost Maroc Karim Taj, membre du bureau du Parti du progrès et du socialisme (PPS). Le PPS soutient, également, l'option de la proportionnelle intégrale. Cette dernière consiste en l'abandon des circonscriptions locales et la création d'une seule circonscription nationale. Les électeurs ne votent donc plus pour un député dans une province, mais élisent des députés au niveau national, qu'ils choisissent parmi les différentes listes présentées par les partis politiques.

Cette dernière pourra contrecarrer les risques de l'éclatement excessif du champ partisan. Car la proportionnelle intégrale, combinée à un seuil de 3%, contrebalancera les risques de voir les plus petits partis politiques, ou les formations dotées d'un ancrage à dominante locale –ou presque exclusivement local– remporter des sièges, et constituera, dans ce sens, une sorte de barrière naturelle qui compensera l'abaissement du seuil. Elle offre aussi l'avantage de clore la problématique du découpage électoral, qui assure une surreprésentation parlementaire aux provinces du sud, et fait l'objet de critiques de la part des partis politiques; elle minimisera l'importance du vote notabiliaire, vu que les circonscriptions locales seront remplacées par une circonscription nationale, et, enfin, poussera les partis politiques à renforcer leurs programmes électoraux. En revanche, elle présente aussi des inconvénients, dont celui de créer des élus sans territoire, et, vu la configuration politique du Maroc, profitera certainement aux partis politiques disposant de représentation équilibrée sur tout le territoire national, donc, des grands partis.

Cet aspect, le PPS ne le néglige pas. S'il souhaite l'établissement de la proportionnelle intégrale, Karim Taj estime "qu'il faut aussi être réaliste, et prendre en compte l'aspect de la représentativité locale. Il faut essayer de trouver le bon dosage entre les deux."

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