ALGÉRIE
14/02/2016 06h:41 CET | Actualisé 14/02/2016 14h:13 CET

Portrait : Chez Samir Hamiane, l'esprit du design prend forme en céramique

samir hamiane

Cela fait 32 ans que Samir Hamiane, 53 ans, se voue à son métier d’artisan-designer céramiste et sa passion ne s’est pas assoupie. Dans son atelier à Kouba, entouré de plusieurs ouvriers, Samir est occupé à la réalisation d’un lustre en céramique pour un client à Annaba.

"Je vais commencer par un prototype avant de me lancer dans la réalisation" précise-t-il tout en surveillant avec attention le travail dans l’atelier.

Samir s’inspire d’objets anciens utilisés dans les foyers via une réinvention moderne des formes et une intégration des technologies. Le désigner en céramique recréé tout en donnant une fonction utile à l’objet décoratif. A l’image du "quinquet", vieille lampe à huile réinventée dans la combinaison de l’art et du design à l’esthétique raffinée.

"Lorsque j’ai réalisé ce quinquet l’idée était de l’inscrire dans le présent tout en respectant fidèlement son histoire. Il ne s’agit pas de transformer l’objet mais de le sublimer" souligne-t-il.

samirhamien

Samir a sa propre technique de décoration qu’il a forgée depuis ses débuts en reproduisant un bijou kabyle en céramique. Son penchant pour le dessin a attiré l’attention dès son plus jeune âge. A 14 ans, son frère l’encourage à se former dans un cadre associatif en parallèle à son cursus scolaire.

En 1979, après le Lycée, il est à l’école supérieure des beaux-arts où il se spécialise en design aménagement. Diplôme en poche, il part en Italie où il reste une année. A son retour à Alger, Samir constate que la plupart de ses camarades des beaux-arts se sont orientés vers l’enseignement.

C’était à l’époque le "seul débouché". Peu intéressé, Samir décide voler de ses propres ailes en ouvrant un petit atelier de céramique en 1985.

L’ambition de créer

Son identité de designer, il n’y renonce pas, mais il la met en prise directe avec la matière. La céramique algérienne connaissait un franc succès. Sans en "avoir la moindre connaissance", il décide s’y lancer. Il apprend sur le tas, se renseigne auprès des céramistes, aménage son atelier et commence à produire.

Une fois le métier maitrisé, il décide de lui donner un nouvel aspect à la discipline où les styles mauresque et arabesque étaient dominants. Samir voulait un style propre qui soit aussi représentatif du patrimoine.

"C’est là que j’ai commencé à développer la reproduction du bijou kabyle sur céramique", dit-il. L'ornement des objets en céramique avec la reproduction des formes du bijou Kabyle marque le début. Le design s'inscrit sur ses œuvres. Cela sera sa marque.

En 2003 Samir expose à l’occasion de l’année de l’Algérie en France. "Un salon est organisé à Paris dont le thème est la valorisation de l’innovation dans l’ameublement. Pour cette occasion, j’ai réalisé un couscoussier qui s’emboite et donne un aspect de sculpture" se souvient-il.

Au premier abord, l'objet à une allure simple et élégante comme une sculpture en céramique. Mais en réalité il s’agit d’un objet à la fois audacieux et surprenant.

"Ce couscoussier est composé de sept éléments superposés, lorsque vous le décomposez, il se transforme en une série d’objets utiles : deux plats à couvercle trois assiettes et deux verres..." Son inventivité est récompensée : il obtient le premier prix du meilleur artisan d’art Algérien.

Le coffret de la mariée revisité

Samir s'est penché également sur le meuble ancien. Il reprend le très classique "Sendouk la3roussa" (coffret de la mariée), meuble large en bois décoré de motifs géométriques aux couleurs vives.

"Toutes les femmes Algériennes conservaient leurs trousseaux dans ce meuble. Si à cette époque le contenu avait plus de valeur que le contenant, moi j’ai revisité ce coffre en suivant une optique où le contenant est aussi essentiel que son contenu" note Samir.

Pour ce meuble en bois noble, du hêtre, il a également utilisé du cuir pour capitonner l'intérieur. L'extérieur est, lui, entièrement incrusté de céramique, recouverte d’un émail qui lui donne un aspect métallisé.

Pour sa participation à une exposition de design organisée dans le cadre de "Constantine capitale de la culture arabe en 2015", Samir a proposé un mélange inattendu de céramique et de cuivre.

"Pour cette exposition, j’ai incrusté la céramique sur du cuivre. L’objet est un ustensile de cuisine réalisé par un dinandier de la ville de Constantine. La céramique incrustée je l’ai peinte en oxyde de cuivre qui donne naturellement cette couleur verte" détaille Samir.

La dernière création de Samir Hamiane est exposée au musée du Bardo. Pour cette exposition dont le thème est le "Bardo en lumière", il s'inspire de la bougie, petite source de lumière éphémère pour en rallonger le cycle de vie. Il s'agit de réinventer la fête du mouloud. "J’ai créé des bougies dont la silhouette est en bois et dont la mèche remplacée par une lampe."

Galerie photo œuvres de Samir Hamiane Voyez les images

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