TUNISIE
12/02/2016 04h:45 CET | Actualisé 13/02/2016 09h:06 CET

Tunisie: Entretien avec Mohamed Ben Attia, réalisateur de "Hédi", seul film arabe en compétition au Berlinale

NhebbekHedi/Instagram

Première production arabe en compétition à la Berlinale depuis 20 ans, le long métrage tunisien "Hédi" de Mohamed Ben Attia,histoire d'amour et d'émancipation au lendemain la révolution de 2010-2011, a lancé officiellement vendredi la course à l'Ours d'or.

Dix-huit films sont en compétition pour cette récompense, qui sera décernée le 20 février par un jury présidé par l'actrice américaine aux trois Oscars Meryl Streep.

Il faut remonter à 1996 avec "Un été à la Goulette" de Ferid Boughedir -autre réalisateur tunisien - pour retrouver en compétition une production arabe et se déroulant dans le monde arabe, si l'on fait exception de "Paradise Now" d'Hany Abu Assad, film d'un réalisateur palestinien mais à la production franco-néerlando-allemande.

Le film, co-produit par les frères belges Jean-Pierre et Luc Dardenne, raconte l'histoire d'un jeune homme, Hédi, 25 ans, interprété par Majd Mastoura, commercial chez Peugeot à la vie sans surprises.

Il est sur le point de se marier avec une femme qu'il connaît peu, suivant le chemin tracé pour lui par sa mère, avant de faire connaissance de Rim (Rim Ben Messaoud), animatrice pour touristes dans un hôtel. Intrigué par son insouciance et sa liberté, il se laisser entraîner dans une relation amoureuse passionnelle avec elle, qui va remettre en question toutes ses certitudes.

"Le point de départ est une histoire d'amour", a expliqué lors d'une conférence de presse à Berlin Mohamed Ben Attia, bientôt 40 ans, dont c'est le premier long métrage.

Mais au-delà, pour le metteur en scène, ce récit d'un "bouleversement émotionnel" trouve un écho avec la révolution dans son pays, qui a abouti au départ du président Ben Ali.

"L'histoire d'amour pour moi elle est importante, mais elle est secondaire par rapport à tout ce qui se passe autour du personnage", a-t-il ajouté. "Ca parle de révolution politique et personnelle aussi".

"Bouleversés' par la révolution"

"Il y a tout le long du film un parallèle" entre la découverte personnelle du personnage et ce qu'ont pu ressentir les Tunisiens avec la révolution, a souligné Mohamed Ben Attia. "Nous aussi depuis la révolution il y a eu principalement la découverte de ce que nous sommes".

"A travers la censure (sous Ben Ali), on a fini par ne plus savoir qui l'on était. L'une des choses qui m'ont le plus intéressé les premiers temps de cette période post-révolutionnaire, c'est de se découvrir et de savoir qui est

notre cousin, notre voisin", a-t-il poursuivi.

Après "A peine j'ouvre les yeux" de Leyla Bouzid, sorti en décembre en France, portrait d'une jeunesse tunisienne éprise de rock et de liberté avant la révolution, "Hédi" aborde aussi le thème de l'émancipation.

"Ce qu'on a vécu nous a bouleversés à tous les niveaux", explique Mohamed Ben Attia, pour qui "il est presque inévitable" que les films arabes parlent aujourd'hui des soubresauts que ces pays ont connu avec le Printemps arabe.

Avec "Hédi", le réalisateur entre dans la cour des grands après cinq courts-métrages et un parcours atypique. Avant de se lancer dans le cinéma au début des années 2000, Mohamed Ben Attia était, comme son héros, commercial dans le secteur automobile.

"Ce n'est pas que je manque d'ambition, mais jamais je n'aurais imaginé être à Berlin. On a tous été surpris", a-t-il confié à l'AFP à Tunis avant la Berlinale, se félicitant que "le cinéma tunisien bouge". "J'espère que cette belle énergie va continuer".

Il s'est dit "fier" de représenter la première production arabe et tunisienne en compétition à Berlin depuis 20 ans, même s'il a affirmé "rester surtout cinéphile et spectateur, et regarder un film peu importe sa nationalité".

Le film aborde aussi une question qui taraude une jeunesse tunisienne en mal d'avenir après la révolution: partir ou rester.

La question "ne s'est jamais posée pour moi et j'espère qu'elle ne se posera jamais", indique le réalisateur, qui dit "y croire encore" après les soubresauts qu'a connu son pays.

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