MAROC
13/02/2016 08h:17 CET | Actualisé 13/02/2016 08h:28 CET

Quand l'atelier de Farid Belkahia se transforme en "mathaf" (DIAPORAMA)

Quand l'atelier de Farid Belkahia se transforme en "mathaf" (DIAPORAMA)
Youssef Roudaby
Quand l'atelier de Farid Belkahia se transforme en "mathaf" (DIAPORAMA)

HOMMAGE - "Cela représente pour moi l'aboutissement d'un rêve mais également d'une responsabilité. C'est quelque chose que j'avais promis à monsieur Belkahia, et dès que j'ai ôté le 'blanc', je me suis attelée à cette tâche et j’ai assumé cette 'amana' qu'il m'avait confiée." Ces mots sont de Rajae Benchemsi-Belkahia, présidente de la fondation Farid Belkahia et veuve de l'artiste peintre.

Vendredi 12 février, le mythique atelier de Farid Belkahia a officiellement ouvert ses portes au public en se transformant en "mathaf", en hommage à la mémoire de l'artiste décédé en septembre 2014. Le chaos inspiré de son lieu de création a laissé place à une scénographie minimaliste. Carreaux traditionnels de couleur beige au sol et murs peints sobrement en blanc mettent désormais en valeur les périodes emblématiques de l'oeuvre de Belkahia, tout en préservant une partie de la grande pièce où son plan de travail, ses tubes de peintures et autres matériaux de prédilection ont été préservés à l'identique.

Un artiste exigeant

"L'esprit des lieux a été préservé. Farid a toujours aimé la sobriété et je trouve que le travaille qui a été fait est magnifique", s'extasie Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées. Pour l'artiste peintre qui a fait de la calligraphie sa marque de fabrique, "Farid Belkahia a toujours été impressionnant par sa culture. Une exigence qui se traduisait dans son travail mais aussi sur le plan intellectuel".

musée

Cette exigence se ressentait notamment dans les recherches approfondies menées par l'artiste peintre et sculpteur, qui a longuement travaillé avec des matériaux naturels afin de perfectionner son art. Celui qui s'est fait notamment connaitre pour son usage du cuivre, du cuir et du henné a marqué à tout jamais l'histoire de l'art marocain et international tout en se jouant des frontières entre l'art et l'artisanat.

De Farid Belkahia, l'historien Hamid Triki, retient "l'amour pour les arts traditionnels pour lesquels il jubilait". "C'est son aspect de quête d'identité dans les strates les plus profondes de notre culture d'où dérive son art", souligne cet ancien ami de l'artiste peintre, qui se souvient encore des moments passés dans l'atelier de ce géant de l'art contemporain marocain.

Pour Jack Lang, président de l'Institut du monde arabe qui était également au rendez-vous, "c'est indéniablement le père fondateur de l'art moderne contemporain". "Farid Belkahia était riche de ses exigences", souligne l'ex ministre français de la Culture qui retenait de lui cette démarche artistique consistant à casser les frontières et à rendre caduque les étiquettes. "Est-ce un art concret? Un art abstrait? Les deux à la fois. Est-ce un art de la spiritualité? Est-ce un art de la sensualité? Les deux à la fois également."

"Un lieu de ressource pour la reconnaissance de son oeuvre"

Cette inauguration tant attendue, qui a connu la participation du ministre de la Culture Amine Sbihi, le ministre chargée des Affaires générales et de la gouvernance Mohamed El Ouafa ou encore l'historien Brahim Alaoui, sonnait comme un second adieu à Farid Belkahia. Plusieurs convives ont souligné cette "magie" de pouvoir enfin accéder enfin au lieu où l'artiste "a imaginé, créé ses oeuvres" qui sillonnaient par la suite les musées les plus prestigieux du monde.

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"J'ai eu la chance de le rencontrer plusieurs fois dans son atelier, et puis à Paris. L'existence d'un musée pareil est extrêmement importante. Cela permettra à des étudiants et chercheurs d'accéder à son travail, alors que ce n'était pas évident avant", a expliqué au HuffPost Maroc Michel Gauthier, conservateur du patrimoine au Centre Pompidou à Paris. Pour le professeur associé à l'Université de Paris-Sorbonne, c'est également "un lieu ressource pour la reconnaissance de son oeuvre".

Maintenant que les portes du mathaf sont ouvertes, la mission de Rajae Benchemsi-Belkahia n'est pas pour autant terminée. A travers la fondation dédiée au rayonnement de la création de l'artiste, elle souhaite désormais "accompagner de jeunes artistes marocains", notamment en leur octroyant "des bourses de soutien pour développer leur travail".

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