TUNISIE
12/02/2016 12h:44 CET | Actualisé 14/02/2016 08h:01 CET

Tunisie: Au-delà du clash entre Ahmed Rahmouni et Néji Jalloul, des interrogations sur la torture policière

"Des actes de torture et des falsifications ont été découverts (...) à travers une enquête interne du ministère de l'Intérieur sur l'unité antiterroriste de Gorjeni (...) Le juge a trouvé une contradiction entre les déclarations des accusés (...) et les motifs de l'affaire", a affirmé le juge Ahmed Rahmouni dans l'émission Al Yawm Athamen, à propos de la détention de 8 accusés après l'attentat du musée du Bardo, libérés en août 2015 par le juge d'instruction.

Cette déclaration a suscité l'indignation du ministre de l'Education, Néji Jalloul, présent sur le plateau de la chaîne Al Hiwar Ettounsi, qui a protesté contre ce qu'il a décrit comme un "blanchiment du terrorisme" de la part de M. Rahmouni:

"Je quitte le plateau. On va presque demander pardon au terroriste (...) C'est de l'insolence", a lancé le ministre au président de l'Observatoire Tunisien pour l'Indépendance de la Magistrature (OTIM) qui n'a pas hésité à lui retourner un "C'est vous l'insolent!"

Une vidéo controversée

Un échange chaotique venu dans le cadre d'un débat sur une vidéo controversée diffusée le 6 février dans l'émission "Labess". Cette vidéo montre Mohammed Amine Guebli, l'un des accusés libérés en aout, entouré par des agents de police.

Présent dans "Labess" et commentant cette vidéo, le président de l'organisation Sécurité et Citoyen, Issam Dardouri, a affirmé que Mohammed Amine Guebli, y montre "le chemin menant à une cachette d'armes" à des agents des la police antiterroriste, dans "la montagne de Sejnane", dans le nord de la Tunisie.

Guebli, quelques jour après l'attaque du Bardo, avait été cité par Najem Gharsalli, ministre de l'Intérieur à l'époque, comme le principal élément de la cellule terroriste à avoir planifié et organisé l’attentat.

A la suite de la diffusion de cette vidéo, un mandat d'arrêt a été émis contre Issam Dardouri, selon l'article 34 de la loi antiterroriste. L'animateur de l'émission, Naoufel Ouertani, a été interrogé par le juge d'instruction puis relâché

Pour Ahmed Rahmouni, interrogé par le HuffPost Tunisie, cette vidéo est une "pièce de théâtre" visant à fabriquer des preuves contre Mohammed Amine Guebli, après la torture extrême qu'il aurait subi.

"La vidéo a été tournée après les interrogatoires et la torture qu'il a subi. Il n'y est pas allé forcément pour montrer une cachette d'armes. Pour s'en rendre compte, il suffit de regarder la vidéo sans se laisser influencer par les commentaires", a-t-il assuré.

Au-delà du clash

"Il y a certains juges qui ont un agenda politique (...) Il a révélé un secret d'enquête (...) J'ai quitté le plateau en solidarité avec l'armée nationale qui protège notre honneur, avec les martyrs de l'armée nationale, avec les martyrs de la sécurité nationale, avec toutes les victimes du terrorisme", a martelé Néji Jalloul pour expliquer son "refus de s'asseoir à côté" d'Ahmed Rahmouni.

Ce dernier a estimé que le ministre de l'Education parlait "d'un sujet qu'il ignorait": "D'après ce qu'il a dit, il ignore même ce que veut dire 'secret de l'enquête'", a-t-il ajouté.

"Les accusations de Neji Jalloul contre moi prouvent qu'il n'est pas un démocrate. La critique des institutions est essentielle pour notre pays actuellement. Qu'est-ce que la solidarité avec l'armée et la police vient faire la-dedans? Pourquoi l'armée et la police seraient au-dessus des critiques, s'il y a des preuves contre elles?", s'est-il interrogé.

Selon le président de l'Observatoire de la Justice, il s'agit d'une "grande affaire" impliquant plusieurs dépassements, contradictions et atteintes au droits humains dans l'enquête sur l'attentat du Bardo, "qu'on ne peut pas traiter avec légèreté ni sensationnalisme".

"Malheureusement cette émission ne m'a pas donné l'occasion de développer mes idées. J'étais venu pour exposer mon point de vue sur le traitement médiatique du terrorisme et je me retrouve en train d'être insulté par un ministre", a-t-il déploré à propos de cette émission diffusée sur l'une des chaînes les plus regardées en Tunisie.

Ce n'est pas la première fois que des soupçons de torture policière sur des accusés de terrorisme ont été émis contre l'unité d'enquête du Gorjeni à Tunis. En août 2015 sept personnes auraient subi des actes de torture policière avant d'être libérées. Leur avocat, Anouar Ouled Ali, avait dénoncé les agissements des forces de l'ordre. Après avoir passé six jours de garde à vue les suspects auraient comparu devant le juge d'instruction, qui a décidé de les libérer. Le juge aurait également "constaté des marques évidentes de torture sur cinq accusés, comme des traces de brûlures de cigarettes".

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