ALGÉRIE
11/02/2016 05h:05 CET | Actualisé 11/02/2016 11h:42 CET

Menaces contre des enseignants à l'université Belgaïd d'Oran II : le master ou la mort?

Une vue de l'université Belgaïd II à Oran
kada kelloucha-Panoramio
Une vue de l'université Belgaïd II à Oran

Une enquête est menée par les services de sécurité à Oran après des menaces de mort proférées par une organisation estudiantine contre des enseignants du département des sciences économiques de l’université Belgaïd d’Oran II sur fond de grève menée par des étudiants qui exigent l'ajout d'une nouvelle liste d'étudiants admis à accéder au master.

Ces étudiants n'ont pourtant pas la moyenne requise pour cela indique le journal El Khabar qui rapporte l'information sans citer le nom de l''organisation qu'il dit "proche d'un parti politique".

Le journal Liberté qui rapporte également l'information indique que la lettre de menace dont il a une copie émane "vraisemblablement" de la section estudiantine de l’Union nationale des étudiants algériens (UNEA)".

Écrite dans un "arabe approximatif", selon le journal, la lettre est sans équivoque: "“Vos amis, les enfants de vos amis, vos copines, vos sœurs, vos femmes et les enfants des responsables universitaires et tous ceux qui jouissent d’un privilège à la faculté des sciences économiques, commerciales et des sciences de gestion sont mieux lotis que nous (…) mais nous promettons de tout divulguer et à ceux qui sont poussés, nous leur disons aussi que s’ils veulent le sang, ils n’ont qu’à avancer”
.

Les auteurs de la lettre menacent de "fermer l'université, de couper la route, de faire des grèves de la faim et d'aller au suicide". El Khabar fait état d'une grande colère des enseignants qui considèrent ces menaces comme "extrêmement graves". Cela "nous rappelle ce qui est arrivée à notre confrère Benchehida de l'université de Mostaganem qui a été tué par un étudiant" ont-ils déclaré.

"Nous réclamons que le ministre de l'enseignement supérieur et les responsables de la sécurité et de la justice prennent des mesures rigoureuses contre les auteurs de ces menaces de mort".

Un précédent

La faculté des sciences économiques d'Oran est paralysée depuis une semaine après la décision de l'UNEA de soutenir les étudiants qui n'ont pas réussi à accéder à la première année du master .

Ces étudiants veulent être traités de la même manière qu'un groupe d'étudiants qui avaient échoué mais qui ont été inscrits en 1er année master, par une décision de l'administration sans consultation du conseil scientifique de la faculté. Un "précédent" qui encourage les étudiants à réclamer, sans avoir la moyenne requise, leur inscription au master.

Au début, indique El Khabar, la demande était le fait de 11 étudiants qui avaient une moyenne proche de ceux qui ont été inscrits par l'administration. Mais ils ont été ensuite suivis par d'autres étudiants qui veulent, eux aussi, accéder au master ! Leur nombre atteint les 300 voire plus, précise El Khabar.

Liberté précise que les enseignants comptent organiser une assemblée générale et pourraient "déclencher un mouvement de débrayage en attendant les conclusions des services de sécurité et de la justice".

Le souvenir de l'assassinat du professeur Mohamed Benchehida

La communauté universitaire garde en mémoire l'assassinat, à l'université de Mostaganem, avec un couteau de boucherie, le 18 octobre 2008, du professeur en informatique Mohamed Benchehida, par un de ses étudiants.

Durant le procès, l'avocat de la partie civile avait souligné que "Mohamed Benchehida défendait les principes pour lesquels il est mort" et avait relevé que les "prémices du crime commençaient à se mettre en place dès février 2008, lorsque les étudiants contestèrent les notes obtenues dans le module "Réseaux" assuré par un autre enseignant.

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Profs et étudiants cherchent salle désespérément

L'étudiant a été jugé un an plus tard et condamné à la prison à perpétuité pour assassinat avec préméditation. L'affaire avait soulevé une grande émotion avec aussi bien une dénonciation des agissements violents des organisations estudiantines que des pratiques de certains enseignants.

"L'université ne se distingue plus de la rue, ni de la cohue généralisée. Elle ne se situe plus dans les hauteurs de l'excellence, elle est parfaitement insérée dans le désordre ambiant. Dans une violence ordinaire, banalisée... On s'y livre aux trafics, les notes se vendent, des enseignants sont menacés, agressés... L'université n'est plus un territoire balisé par les normes les plus élevées, par la hiérarchie du savoir" notait un éditorialiste au lendemain de l’assassinat.

"Tous les étudiants ne sont pas violents, tous les enseignants ne sont pas des magouilleurs, mais il se passe à l'université, ce qui se déroule hors de ses murs, une fatidique lassitude, un "à quoi bon" qui a favorisé la dégradation" ajoutait-il en pointant une "détestable logique d'omerta où l'éthique élémentaire est enterrée… ".

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