TUNISIE
05/02/2016 14h:31 CET | Actualisé 05/02/2016 15h:01 CET

Etats-Unis: L'islamophobie est-elle obligatoire pour décrocher l'investiture républicaine?

Donald Trump a notamment bâti son succès dans les sondages en visant la communauté musulmane, accusée de représenter une menace intérieure pour la sécurité des États-Unis. Crédit : AP
ASSOCIATED PRESS
Donald Trump a notamment bâti son succès dans les sondages en visant la communauté musulmane, accusée de représenter une menace intérieure pour la sécurité des États-Unis. Crédit : AP

Aux États-Unis, dans la course aux investitures républicaines et démocrates, la campagne a apporté son lot de prises de positions islamophobes. La déclaration tonitruante de Donald Trump, qui souhaite interdire d'accès au territoire américain les musulmans, a été la plus médiatisée, mais il y en a beaucoup d'autres, toutes du côté républicain.

Plus que durant aucune autre course à la présidence, l'islamophobie serait-elle devenue incontournable pour décrocher l'investiture républicaine?

Tour d'horizon d'une xénophobie plus ou moins assumée en fonction des principaux candidats.

Les islamophobes militants

Ce sont les porte-drapeaux de cette xénophobie décomplexée, qui a le vent en poupe pour ces primaires républicaines.

Ben Carson

ben carson


Il a fait beaucoup parler de lui et de sa campagne en se déclarant défavorable à ce qu'un musulman devienne président des États-Unis. Selon lui, l'islam est intrinsèquement incompatible avec la Constitution des États-Unis.

Si d'aucuns imaginaient qu'il avait parlé un peu vite, il a confirmé quelques jours plus tard, dans une autre interview, sa position. "Les musulmans considèrent que leur religion joue un grand rôle dans la vie publique et ce que vous faites en tant que responsable politique, et cela est incompatible avec notre Constitution."

Dans sa logique, pour autoriser un musulman à briguer la Maison-Blanche, il faudrait donc que celui-ci "rejette publiquement tous les principes de la charia et vive en accord avec cela."

Par ailleurs, Ben Carson soutient que la pratique de la taqiyya autorise les musulmans à mentir pour dissimuler leurs intentions réelles, donnant corps à la crainte chez nombre d'électeurs républicains que les musulmans ne se constituent comme un "ennemi de l'intérieur". Ce principe issu de la charia dans sa tradition chiite, mais connaissant un équivalent dans la jurisprudence sunnite sous le terme 'idtirar', permet notamment au musulman de dissimuler sa foi en milieu hostile. Le discours islamophobe s'est emparé de cette notion pour jeter le doute sur le pacifisme déclaré des musulmans, voire projeter un sens de la ruse inhérent à la culture musulmane.

Donald Trump

donald trump


Inutile de présenter la machine à buzz du parti républicain. Entre maintes autres polémiques, Donald Trump a proposé d'interdire toute entrée sur le sol américain aux musulmans, et d'établir un fichier des musulmans américains pour les placer sous surveillance.

Une position radicale qu'il justifie en citant une étude du Center for Security Policy selon laquelle "25% des musulmans considèrent que la violence à l'égard des Américains sur le sol américain est justifiée dans le cadre du jihad planétaire" et que 51% "voudraient avoir la possibilité d'être administrés sous le régime de la charia".

Cet institut est en fait connu pour être un vivier de personnalités ultra-conservatrices faisant partie d'une "nébuleuse de groupes distillant leur islamophobie avec des théories complotistes suggérant une prise du pouvoir par les Frères musulmans et l'imposition de la charia sur les États-Unis", signale le Huffington Post USA. Donald Trump fait partie des candidats à la primaire républicaine ayant été invités comme intervenants à des réunions nationales de ce centre, comme Ben Carson et Ted Cruz.

Ted Cruz

ted cruz


Celui qui a remporté la première primaire de l'Iowa et plus sérieux concurrent de Donald Trump pour séduire l'aile droite du parti républicain, a indiqué qu'en tant que président, il imposerait des tests de religion pour les réfugiés syriens arrivant aux États-Unis, considérant que seuls les chrétiens devraient être acceptés.

Quand on lui a demandé s'il condamnait la proposition de Donald Trump consistant à refuser l'accès à tous les musulmans, il a préféré s'en prendre au déferlement médiatique de critiques à l'égard de son rival, indiquant préférer "ne pas ajouter sa voix à ce concert de critiques".

Par ailleurs, Ted Cruz a encensé Frank Gaffney, célèbre islamophobe et fondateur... du Center for Security Policy : "C'est une voix incroyable de force et de rectitude".

Les islamophobes "modérés"


Plus ou moins contraints de suivre la tendance du moment, certains républicains s'aménagent des synthèses entre les positions extrémistes de Trump et Carson et des propositions plus réalistes.


Marco Rubio

marco rubio


Celui qui fait figure de favori pour les cadres du parti républicain, face à la déferlante populiste emmenée par Donald Trump, Ted Cruz et Ben Carson, ne peut (ou ne veut?) trop se démarquer d'eux.

S'il a critiqué Donald Trump pour son côté diviseur, il n'a pas évoqué l'agressivité de ces propos à l'égard des musulmans. La base de données pour ficher les musulmans lui est simplement apparue "non nécessaire".

Bien avant cette campagne, en 2012, alors qu'une personnalité républicaine locale a fait grand bruit en lançant une pétition pour demander une enquête sur le fait que de nombreux musulmans américains avaient infiltré l'administration américaine, Marco Rubio s'était contenté de dire qu'il ne "partageait pas ces impressions" et qu'il ne signerait pas la pétition.

Récemment, alors que le président Barack Obama a rendu visite à une mosquée de Baltimore, où il a vilipendé les amalgames propagés par certains entre "des actes terroristes et une religion", Marco Rubio a rétorqué sur Fox News en s'interrogeant : "Où se trouvent ces preuves si répandues que nous aurions un problème aux États-Unis de discrimination à l'égard des musulmans?"

Les républicains non islamophobes

Ils condamnent – avec plus ou moins d'engagement – les déclarations des islamophobes militants, ou sont connus de longue date pour leur attachement à la liberté de culte et leur rejet des amalgames de type "musulman=terroriste".

Carly Fiorina

carly fiorina


Pour elle, exclure les musulmans du droit à accéder au sol américain serait un viol de la Constitution, qui dégraderait également l'identité même de la nation américaine : "Nous croyons à la liberté religieuse", a-t-elle souligné. "Je ne veux juger aucun groupe que ce soit. Je préfère examiner chaque individu", a-t-elle répondu à un homme qui lui proposait d'expulser tous les musulmans hors des États-Unis.

Exclure de la course à la présidence un candidat parce qu'il serait musulman constituerait selon elle "une erreur".

Elle a même déclaré : "Qu'une personne soit de foi chrétienne, juive, musulmane, ou autre, je pense que c'est la foi qui nous donne de l'humilité, de l'empathie et de l'optimisme".

Toutefois, elle fait partie des candidats républicains à avoir assisté au sommet national du Center for Security Policy le 14 décembre dernier, où les débats ont porté sur le rétrécissement de l'armée américaine, les menaces à l'infrastructure électrique américaine, la "menace de l'Iran, de la charia et du mouvement jihadiste mondial" ainsi que l'insécurité frontalière et l'immigration illégale.

Jeb Bush

jeb bush


S'il est le frère de George W., dont le passage à la Maison-Blanche n'a pas forcément laissé de bons souvenirs auprès des musulmans, Jeb tient une position relativement équilibrée: la base de données de musulmans proposée par Donald Trump lui paraît "abominable", et il accuse le leader populiste de "manipuler les angoisses et les peurs des gens".

Lorsque la campagne s'est focalisée sur la question du risque éventuel que représenteraient les réfugiés syriens, Jeb Bush s'est distingué des autres candidats en déclarant qu'il refuserait d'interdire leur arrivée, suggérant seulement - mais tout de même - que l'Amérique "concentre" ses efforts sur les réfugiés chrétiens.

Chris Christie

chris christie


Aucune ambigüité pour le candidat républicain, gouverneur du New Jersey, qui rejette vigoureusement toute forme d'amalgame visant les musulmans, dont son État abrite "la deuxième plus importante communauté".

Après avoir nommé un juge musulman, Chris Christie a affronté de nombreuses critiques, dont les auteurs lui semblent être "des fous avec lesquels il est fatigué de devoir traiter".

Et les démocrates là-dedans?

Commentant la campagne des républicains, Hillary Clinton comme Bernie Sanders ont condamné toute forme de discrimination à l'égard des musulmans.

L'explication tient aux électorats des deux principaux partis américains, très différents sur le rapport à la communauté musulmane américaine. Une étude remontant à 2012 indique que si 42% en moyenne des électeurs américains reconnaissent avoir de forts sentiments anti-musulmans, cette proportion grimpe à 59% chez les électeurs républicains, contre 30% chez les démocrates et 34% chez les indépendants.

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