ALGÉRIE
03/02/2016 12h:15 CET | Actualisé 04/02/2016 01h:37 CET

Abdelmadjid Attar pointe la responsabilité de Chakib Khelil dans le "cafouillage" de Sonatrach (VIDÉO)

M.Abdelmadjid Attar, consultant, expert international en énergie et ancien PDG de Sonatrach, s'est dit soulagé de la fin de l'affaire Sonatrach lors de son passage mercredi 3 février 2016 à l'émission "l'invité du direct" de Radio M. Il a souligné cependant que ses retombées sur l'entreprise sont considérables.

L'affaire Sonatrach a été très préjudiciable au groupe pétrolier public dont les responsables ont adopté, par réflexe, une prudence excessive en se contentant d'un minimum d'initiatives.

Au plan international, l’image de marque de Sonatrach à été affectée, les partenaires et fournisseurs du groupe public ont développé une attitude de méfiance à l’égard des managers et doutent de leur capacité à assumer les engagements qu'ils prennent.

Questionné sur la manière de rendre le mécanisme de passation des marchés, au cœur de ce procès, plus "sûr", Abdelmadjid Attar explique que le risque est omniprésent quelque soit la règlementation mise en place. Et ce risque, précise-t-il, s’accroît en fonction du volume des dossiers d'achat.

Pour lui, l'enseignement à tirer de cette affaire est, sans doute, de permettre aux responsables de l'entreprise d’exercer pleinement leur autorité.

"L’interventionnisme politique sur la gestion de Sonatrach ne peut être que négatif. Le politique doit s’arrêter au niveau de l’Assemblée générale et le Conseil d’administration de Sonatrach" a-t-il souligné. .

A partir de 2004, lorsque le prix du baril a commencé à augmenter et à générer une rente importante, ce pouvoir de décision a été complètement centralisé, rappelle Abdelmadjid Attar. Cette période correspond aussi à l’époque où le directeur général de Sonatrach était aussi ministre des énergies.

"C’est la centralisation des décisions intervenue depuis 2003-2004, qui a entraîné ce cafouillage. Cette centralisation est intervenue au temps de Chakib Khelil, au moment où le prix du pétrole augmentait".

" Pendant cette période, aucun responsable ne pouvait prendre de décision sans que celle-ci ne soit validée par 4 autres responsables supérieurs hiérarchiquement ".

"Il y avait certains contrats qui ne pouvaient être signés sans l’autorisation d’un conseil des ministres. Alors que lorsque j’étais PDG, il y avait des contrats dont je n’étais même pas au courant car c’est quasiment impossible de tout contrôler", a-t-il souligné.

Un nouvel ordre pétrolier

Abdelmadjid Attar est revenu sur l'évolution des prix du pétrole et a admis qu'il ne s'attendait pas à une baisse aussi rapide. "J’ai moi-même donné des chiffres qui ont été complètement démentis", dit-il.

Pour l'ancien PDG de Sonatrach, le monde entre dans un nouvel ordre pétrolier où les pays de l'OPEP ne seront plus les seuls à agir sur les prix. Les Etats-Unis avec leur capacité de production non-conventionnelle sont le deuxième producteur dans le monde et donc en l’occurrence un régulateur de marché.

Selon lui, ce qui pourrait permettre un petit rebond du prix moyen de l’année serait un rapprochement entre la Russie et l’Arabie Saoudite. Abdelmadjid Attar minimise l'impact du retour de l'Iran sur le marché après la levée des sanctions occidentales.

"Leurs capacités de production, et leurs installations ont subit tellement de dégâts qu’ils sont incapables de mettre 500 mille/baril par jour. Le maximum qu’ils puissent faire c’est 150 mille à 200 mille barils par jour ".

"Le gaz naturel en Iran et en Egypte six fois plus cher qu'en Algérie"

Abdelmadjid Attar est revenu aussi sur les mesures prises par la loi de finances 2016, qui s’articulent notamment autour de l’augmentation du prix du carburant et l’augmentation de certaines tranches de consommation de l’électricité.

Selon lui, ce sont des décisions à effets psychologiques qui " ne sont pas à la hauteur des enjeux de la crise" précise-il alors qu'il faut créer une prise de conscience dans la société sur l'impératif d'une consommation raisonnable de l’énergie

"Le coût de l’énergie en Algérie est au-dessous de son prix réel. A titre d'exemple, le gaz naturel en Iran et en Egypte est six fois plus cher qu'en Algérie". L'augmentation des prix devra, selon M. Attar, se poursuivre sur une échelle annuelle.

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