MAROC
02/02/2016 11h:44 CET | Actualisé 02/02/2016 12h:10 CET

"Petites bonnes": L'Unicef interpelle les parlementaires pour relever l'âge minimum du travail domestique à 18 ans

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TRAVAIL DOMESTIQUE – À l’approche du vote des amendements du projet de loi relatif au travail des employés domestiques, la société civile se mobilise. L’Unicef et le Collectif pour l’éradication du travail des petites bonnes interpellent les parlementaires pour fixer l'âge minimal des travailleurs domestiques à 18 ans.

Et pour cause. Le projet de loi qui fait l'objet d'une bataille parlementaire fixe, dans sa mouture actuelle, l’âge minimum du travail domestique à 16 ans. Car si des acteurs politiques montent au créneau pour que le gouvernement se conforme aux conventions internationales ratifiées par le Maroc, les parlementaires de la majorité, exception faite du Parti du progrès et du socialisme (PPS), souhaitent maintenir l’âge d'accès au travail domestique à 16 ans. Ce qui soulève une vive polémique chez la société civile.

Ainsi, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (Unicef) a saisi le parlement et le gouvernement pour demander de relever l'âge minimal prévu dans le projet de loi sur les travailleurs domestiques à 18 ans.

L'Unicef considère que la plupart des critères des "pires formes de travail des enfants" s'appliquent au cas des enfants exerçant dans le travail domestique, indique un communiqué de l'organisation onusienne. L'Unicef estime, par ailleurs, que plusieurs dispositions de ce projet de loi ne "suivent pas l'esprit de la convention internationale des droits de l'enfant et des conventions 138 et 182 de l'Organisation internationale du travail, relatives à la définition de l'âge minimum d'accès au travail et aux pires formes de travail".

Même son de cloche du coté du Collectif pour l'éradication du travail des petites bonnes, qui a lancé un appel au chefs des partis de la majorité parlementaire pour qu'ils relèvent l'âge minimum du travail à 18 ans, afin de "donner avec ce texte, si important et utile pour organiser le travail domestique des adultes, un signal fort de votre volonté de contribuer à la préservation des droits de l’enfant. Un texte qui fait avancer notre société au lieu de consacrer une pratique d’un autre âge", indique un communiqué du collectif.

Et d'ajouter que "les amendements proposés par votre majorité, qui ne font pas unanimité dans vos propres rangs, sont des aménagements de forme qui semblent traduire la difficulté, voire la gêne, de défendre des dispositions contraires aux convictions de la plupart de vos partenaires sur l’âge minimal d’accès au travail domestique", allusion faite au refus du PPS ainsi que d'autres députés de la majorité de soutenir les dispositions fixant l'âge minimum de 16 ans.

Travail des "petites bonnes": des chiffres choquants

Les données suivantes sont tirées du plaidoyer "Non au travail des 'petites bonnes'", établi par le Collectif associatif pour l’éradication du travail des petites bonnes:

Selon les estimations de l’étude commanditée, en 2010, par le Collectif petites bonnes, elles seraient entre 60.000 et 80.000 filles âgées de moins de 15 ans exploitées comme "petites bonnes"

Selon les estimations de l’étude commanditée, en 2010, par le Collectif petites bonnes, elles seraient entre 60.000 et 80.000 filles âgées de moins de 15 ans exploitées comme "petites bonnes". Contraintes à travailler parce que leur survie et celle de leur famille en dépendent, elles supportent des conditions de travail et de vie dégradantes, ne correspondant ni à leur âge ni à leurs capacités physiques et psychiques.

L’examen des données recueillies sur ces "petites bonnes" ont montré que : 30% n’ont jamais été scolarisées, 49% sont en abandon scolaire, 38% sont âgées de 8 à 12 ans (âge du premier cycle de l’enseignement fondamental), 62% sont âgées de 13 à 15 ans (âge du second cycle de l’enseignement fondamental) et 21% sont encore scolarisées et travaillent par intermittence (vacances scolaires).

Les données relevées sur les familles des "petites bonnes" confirment la corrélation entre leur situation socio-économique et cette pratique sociale très répandue: 47% sont pauvres, 28% sont très pauvres, 16% sont sans revenus irréguliers, 9% ont des revenus réguliers et 94% des mères et 72% des pères sont analphabètes.

Quant aux familles récipiendaires, 54% sont dans la catégorie dite «classe moyenne», 20% sont dans la catégorie dite "classe aisée", 53% des mères et 68% des pères ont suivi des études supérieures, 23% ont des revenus irréguliers et seules 5% ont suivi des études primaires ou sont analphabètes.

Derrière des portes closes, ces petites filles sont soumises au bon vouloir et parfois aux pires sévices de leurs employeur(e)s. Souvent, elle sont dépourvues de l’affection et de la protection parentale directe, éloignées/privées de l’éducation et de l’instruction, victimes de malnutrition et dénutrition, sujettes à toutes formes de violences et d’abus physiques, psychologiques et sexuels, très mal payées ou voir pas du tout, etc.

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