MAROC
01/02/2016 20h:36 CET | Actualisé 01/02/2016 20h:37 CET

Mouvement des enseignants stagiaires: Les risques d'une récupération politique

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DIALOGUE - Les enseignants stagiaires s'organisent. Après la création de coordinations de soutien au niveau de plusieurs villes, ces derniers en appellent "à la totalité des entités politiques et syndicales (...) pour prendre part à la mobilisation pour le soutien des enseignants stagiaires".

Pas moins de 11 coordinations locales, à Casablanca, Rabat et Marrakech notamment, ont été créées. Lundi 1er février à partir de 18H, une assemblée générale de la coordination du soutien aux enseignants stagiaires Rabat-Salé-Témara s’est tenue au siège de la Confédération démocratique du travail (CDT), tandis qu'une rencontre durant laquelle sera annoncée la création d'un front national de défense des enseignants stagiaires aura lieu demain, mardi 2 février, au siège de l'Union marocaine du travail (UMT) à Casablanca.

Les syndicats ne se contentent pas de fournir des locaux pour les réunions des enseignants stagiaires: pas moins six organisations syndicales ont participé aux rencontres des enseignants stagiaires avec des représentants de l’exécutif: l'Union marocaine du travail (UMT), la Confédération démocratique du travail (CDT), la Fédération démocratique du travail (FDT), l'Union générale des travailleurs marocains (UGTM, proche de l'Istiqlal), l'Union nationale des travailleurs marocains (UNTM, proche du PJD).

Soutien de principe

Contacté par le HuffPost Maroc, Hammadi Belayachi, membre du bureau du national du Syndicat national de l'enseignement (SNE) affilié à la CDT, insiste sur le fait que "le soutien de notre syndicat à la cause des enseignants stagiaires et un soutien de principe. Dès la parution des deux décrets, notre syndicat a publié un communiqué où il dénonçait ce qui s'annonce comme une volonté de privatiser l'enseignement. Nous avons, par ailleurs, participé aux marches des enseignants stagiaires, et fermement dénoncé leur répression par la police."

Du coté de Abdelilah Dahmane, vice-secrétaire général du syndicat des enseignants rattaché à l'UNTM, la priorité est "à la médiation entre les enseignants stagiaires et le gouvernement. Nous essayons de réduire l'écart entre les deux parties, et de mettre fin aux escalades de part et d'autre pour, ainsi rapprocher les prises de positions du gouvernement, d'un coté, et des enseignants stagiaires de l'autre. L'objectif est qu'il n'y ait pas de vainqueur ni de vaincu." En somme, limiter les dégâts, aboutir à une solution consensuelle.

Syndicats cherchent moyen de pression sur le gouvernement?

La participation des syndicats aux négociations des enseignants stagiaires s'est, il est vrai, faite à l'appel de ces derniers, pour des buts bien précis: plus expérimentés, mieux instruits sur les revers et les pièges du dialogue avec le gouvernement, les syndicalistes pourront apporter une contribution non négligeable au dialogue entre enseignants et exécutif.

Mais si, du coté de la totalité des syndicats qui ont pris le parti des enseignants stagiaires --soit tous les syndicats, hormis l'UNTM, qui essaie de dégager une solution médiane-- l'objectif déclaré est de canaliser leur voix et éviter que la situation ne dégénère, car des risques de récupération sont à craindre. D'autant que "le mouvement des enseignants stagiaires est, à l'origine, spontané, peu structuré, d'où nécessité, pour les membres du mouvement qui participent aux négociations, de consulter fréquemment les bases avant de prendre une décision", selon une source syndicale.

Levier de pression

La structuration et la réorganisation du mouvement, impulsée par des centrales syndicales, offrira certainement aux enseignants stagiaires une plus grande capacité de mobilisation, ainsi qu'une base organisationnelle qui renforcera leur action. Mais les syndicats y gagnent également, puisqu'ils sont appelés à jouer un plus grand rôle de représentation des enseignants stagiaires.

La prise en main de l'affaire par les syndicats et, possiblement, par les partis politiques de l'opposition, elle, n'est visiblement pas sans arrière-pensées, et leur permettra de mettre à profit un levier de pression sur le gouvernement (pour la réforme des retraites, le dialogue sur le droit de grève notamment). La proposition de certains syndicats de mener le débat sur les deux décrets polémiques dans le cadre du dialogue social sectoriel en est-il une prémisse?

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