TUNISIE
01/02/2016 12h:29 CET | Actualisé 01/02/2016 13h:27 CET

Tunisie: L'État compte sur les banques pour relancer l'économie et créer des emplois

Globalement, les différentes banques resserrent leur crédit et enregistrent des dépôts en recul. Crédit : Trevor Snapp/Bloomberg via Getty Images
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Globalement, les différentes banques resserrent leur crédit et enregistrent des dépôts en recul. Crédit : Trevor Snapp/Bloomberg via Getty Images

La Banque centrale de Tunisie (BCT) a décidé la semaine dernière, le 27 janvier, de maintenir le taux directeur à son niveau le plus faible jamais vu depuis 2013, c'est-à-dire à 4,25 %.

Le même jour, en réponse à la grogne sociale des régions intérieures, le Premier ministre Habib Essid a annoncé la fin de l'autofinancement pour les jeunes diplômés chômeurs porteurs de projet. En clair, il ne leur serait plus demandé d'apporter eux-même une partie de la somme qu'ils empruntent à la banque. Même les garanties leur seraient épargnées.

L’État voudrait donc voir les banques participer à la relance de l'activité économique, en leur permettant d'une part d'emprunter de l'argent à un taux favorable, et d'autre part en facilitant l'accès au crédit même chez les plus modestes.

Rouvrir le robinet du crédit

intérêt

Evolution du taux d'intérêt de la Banque centrale de Tunisie depuis janvier 2013. Source : BCT (faute d'orthographe y compris)

Cela se comprend d'autant plus que les banques ont plutôt tendance à refermer le robinet du crédit: au cours de l'année 2015, les concours à l'économie (ensemble des crédits délivrés, principalement) ont progressé de 6,2 % seulement, alors qu'en 2014 ils progressaient de 3 points de plus, indique la BCT dans sa note de conjoncture pour l'année 2015.

Les banques délivrent toujours des crédits, mais à un rythme déclinant, et ce d'autant plus que les encours déposés auprès des différentes banques progressent également de moins en moins vite: en 2015, les dépôts bancaires étaient en hausse de 4,2 %, quand ils étaient encore de 8,7% l'année précédente.

Reste à savoir si ce "prix de l'argent" relativement modéré finira par rassurer les banques et les incitera à accorder plus de crédits aux porteurs de projets. La BCT pratique déjà ce taux à 4,25% depuis octobre dernier, et l'effet tarde à se faire ressentir.

Sans une confiance restaurée des banques dans la conjoncture, la décision du Premier ministre Habib Essid de permettre les crédits sans autofinancement pour les jeunes diplômés porteurs de projets risquerait donc d'être sans effet.

50 000 emplois "espérés"

A voir si les récentes annonces gouvernementales, promettant notamment des créations d'emplois publics (23.000, plus 30.000 engagés dans le cadre du service militaire) sauront avoir cet effet d'entraînement. Car ce sont pas moins de 50.000 créations d'emplois que le gouvernement espère voir dans le secteur privé.

Pour l'économiste Houcine Rhili, enseignant à la faculté de Tunis, autant la politique de la BCT tient la route, autant les annonces gouvernementales sont "irréalisables".

Garder le taux d'intérêt à ce niveau - relativement - faible? Selon lui, "il s'agit d'un bon test pour les trois mois à venir, on devrait voir avec le début d'année si cela permet d'aider les banques et de relancer l'investissement", lequel a souffert au cours de l'année 2015.

En revanche, l'économiste fulmine contre les décisions "de fuite en avant, prises pour calmer les agitations" annoncées par Habib Essid, notamment les créations d'emploi publics et le recrutement de conscrits:

"La loi de finances 2016 tout juste votée ne prévoyait la création que de 15.700 postes d'emploi, soit à peine 2.100 en comptant les départs à la retraite... là en plaçant 30.000 personnes sous les drapeaux, ils vont quasiment doubler les effectifs de l'armée, sans avoir les ressources pour cela."

Mais la question la plus controversée est la promesse de permettre des prêts bancaire sans autofinancement ni même de garantie autre que le diplôme. Une proposition "qui sidère tous les économistes", assure-t-il. Du côté des banques privées, "la banque risque de se garantir par une hypothèse", prévoit-il, tandis que les banques d'État, de leur côté, en pleine restructuration, n'ont "pas la liquidité nécessaire" pour répondre aux besoins de financement de 600.000 diplômés chômeurs.

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