MAROC
31/01/2016 15h:04 CET | Actualisé 31/01/2016 15h:05 CET

L'Istiqlal, un parti marocain de la "majopposition"?

Hamid Chabat, secrétaire général de l'Istiqlal
DR
Hamid Chabat, secrétaire général de l'Istiqlal

ÉCHIQUIER POLITIQUE - Ou comment le parti dirigé par Hamid Chabat garde un pied dans l'opposition, tout en esquissant un pas vers la majorité. "Le parti se positionne toujours dans l'opposition, certes, mais pas dans l'opposition d'avant les élections du 4 septembre." Ce sont les mots prononcés par le secrétaire général de l’Istiqlal, au sortir du Conseil national du parti de la balance tenu le 21 novembre.

Si la formule manque si cruellement de limpidité qu'elle relève, au mieux, du détournement de vocabulaire ou de l'attentat à la clarté politique, elle dit, tacitement, au moins deux choses: que le parti ne s'alignera plus sur les prises de position du cartel de l'opposition, mais ne suivra pas, non plus, la ligne impulsée par la majorité.

L'Istiqlal traverserait-il une période de non-positionnement ? Car il se trouve que le parti fondé par Allal El Fassi n'est plus dans l'opposition, ni dans la majorité.

L'Istiqlal traverserait-il une période de non-positionnement ? Car il se trouve que le parti fondé par Allal El Fassi n'est plus dans l'opposition, ni dans la majorité. Et son action parlementaire reflète ce non-positionnement: depuis les élections communales et régionales, il s'abstient, généralement, de voter pour ou contre les lois proposées par le gouvernement. L'un des derniers exemples en date est l'abstention des députés de l'Istiqlal lors du vote des projets de lois organiques sur le droit de pétition et le droit à présenter des motions en matière de législation.

Ni dans l'opposition mécanique, ni solidaire avec le gouvernement

Cette période de flottement n'est pas pour déplaire à certains députés du parti. Si l'un d'entre eux déclare que "nous sommes, pour l'instant, dans les limbes", il confie que "le groupe parlementaire du parti adopte, désormais, une approche différente: ce qui concorde avec nos prises de position, nous votons pour. Ce à quoi nous nous opposons, nous votons contre. Donc, nous votons indépendamment de la provenance des textes de loi, et nous ne sommes pas dans le consensus avec l'une ou l'autre partie". La majorité et l'opposition en l'occurrence.

LIRE AUSSI:Elections 2015: analyse des résultats avec Youssef Belal, professeur de sociologie politique

La fin de l'alliance du parti avec l'opposition se lit, également, au niveau de la coordination au parlement: "auparavant, nous coordonnions avec les partis de l'opposition, nous présentions des amendements en commun, etc. Désormais, nous élaborons nos propres amendements", explique notre interlocuteur.

Donc, le parti n'est plus dans l'opposition mécanique tout de go, ni dans la solidarité avec le gouvernement.

Donc, le parti n'est plus dans l'opposition mécanique tout de go, ni dans la solidarité avec le gouvernement. Son action reflète, pour l'instant, avec relativement plus de sincérité politique qu'autrefois, le point de vue de l'Istiqlal sur un certain nombre de questions.

Mais, s'il faut relativiser l'importance de l'appartenance à un bloc politique et sortir de la dualité Majorité vs Opposition -un parti politique peut très bien n'appartenir ni à l'une ni à l'autre catégorie, et prendre position indépendamment- des signes du rapprochement de l'Istiqlal avec la majorité sont déjà là: "le groupe parlementaire du parti penche plus du coté de la majorité, mais de manière discrète. Il nous est arrivé, par exemple, de poser une question orale avec la majorité, alors que les groupes de l'opposition ont présenté leurs propres questions", explique notre interlocuteur à l'Istiqlal.

Ce dernier indique, par la même occasion, que "l'abstention est aussi une manière de ne pas bloquer le gouvernement." Et, ajouterons-nous, d'affaiblir l'opposition, qui, désormais, doit compter sans l'Istiqlal.

Galerie photoDe A à X : Un abécédaire électoral Voyez les images