MAROC
31/01/2016 05h:58 CET | Actualisé 31/01/2016 05h:59 CET

Loi sur l'avortement au Maroc: Le docteur Chafik Chraïbi lance un "cri d'alerte"

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SANTÉ - L'affaire avait fait grand bruit l'année dernière. Après avoir été suspendu momentanément de ses fonctions en janvier 2015 pour un reportage tourné dans la clinique où il officiait à Rabat, le docteur Chafik Chraïbi, président de l'AMLAC (Association marocaine de lutte contre l'avortement clandestin), avait été le fer de lance d'un vaste débat sur le droit à l'avortement.

Au point que le roi en personne avait convoqué, au mois de mars, le ministre de la Justice, celui des Habous et Affaires islamiques et le président du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), qui disposaient d'un mois pour plancher sur l'élaboration d'une loi permettant l'élargissement du droit à l'avortement.

Mohammed VI avait donné son feu vert à l’ouverture de l’avortement en cas de viol, d’inceste et de malformations fœtales. Une avancée saluée par bon nombre de citoyens, au Maroc et à l'étranger, mais jugée insuffisante pour d'autres partisans de la légalisation "totale" de l'avortement.

"Tombé aux oubliettes"

Un an après le début de la polémique, Chafik Chraïbi fustige l'action des ministères de la Santé et de la Justice, estimant que le dossier est "tombé aux oubliettes". "Où en est l'adoption de la loi sur l'avortement, presque un an après avoir été annoncée?", indique-t-il au HuffPost Maroc, ajoutant qu'il a envoyé plusieurs courriers aux deux ministères pour organiser une conférence de presse afin de relancer le sujet, mais qu'il n'a reçu aucune réponse.

"J'ai rendu un rapport complet au ministère de la Santé sur la question pour préparer l'élaboration de la loi, comme il me l'avait demandé. Une source au ministère m'a dit que le ministre était prêt à l'accepter à 99%, et que le dossier était maintenant entre les mains de la Justice, mais je n'ai eu aucun retour depuis", explique-t-il.

"Il n'est pas question que tout le travail que nous avons fait l'an passé parte en fumée", indique le docteur, qui estime que le débat est toujours d'actualité et appelle la société civile à se lever pour que le dossier ne reste pas lettre morte.

"Elargir encore la loi"

Si le médecin attend l'adoption de la loi promise l'année dernière, dans son rapport, le médecin préconise aussi d'élargir le droit à l'avortement aux mineures ou handicapées enceintes, ou dans le cas de trisomie 21 de l'enfant ou de certaines autres malformations. "Car si l’on fait juste les trois concessions annoncées l'année dernière, ce ne sera pas suffisant", estime Chafik Chraïbi. "Cela ne règlerait que 5 à 10% des situations. Les autres cas pousseront toujours les femmes à avorter de manière illégale".

Le professeur souhaite ainsi autoriser l’avortement jusqu’à douze semaines d’aménorrhée (en France et en Tunisie, il est autorisé jusqu’à quatorze semaines), sauf dans le cas des malformations fœtales, où le diagnostic ne peut être fait qu’à vingt semaines.

"Rédiger le projet de loi pourrait se faire très simplement. Il suffit de modifier l’article 453 du Code pénal, en prenant simplement le terme ‘santé’ dans son sens large, tel que le définit l’OMS (Organisation mondiale de la santé, ndlr), à savoir le bien-être physique, mais aussi psychique et social de la personne", et en l’occurrence, de la femme. "Là, on aura gagné la bataille".

Aujourd'hui, l'AMLAC estime entre 600 et 800 le nombre d'avortements clandestins pratiqués chaque jour au Maroc.

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