TUNISIE
28/01/2016 14h:58 CET | Actualisé 28/01/2016 19h:08 CET

Migrants: Berlin va placer Algérie, Maroc et Tunisie sur la liste des "pays sûrs"

Migrants: L'Allemagne va placer la Tunisie, Maroc et l'Algérie sur sa liste des "pays sûrs"
domeniconicola/Flickr
Migrants: L'Allemagne va placer la Tunisie, Maroc et l'Algérie sur sa liste des "pays sûrs"

L'Allemagne a annoncé jeudi placer l'Algérie, le Maroc et la Tunisie sur la liste des pays "sûrs" dont elle refoulerait les migrants, alors que la Suède et la Finlande, aux prises à des tensions croissantes, veulent renvoyer des dizaines de milliers de demandeurs d'asile déboutés.

Les Pays-Bas, qui occupent pour le premier semestre la présidence tournante de l'Union européenne, envisagent pour leur part de renvoyer en Turquie les migrants fraîchement arrivés en Grèce, en échange de l'accueil dans l'UE de 250.000 réfugiés actuellement installés en Turquie.

Des milliers de migrants continuent d'affluer malgré l'hiver en Méditerranée, fuyant notamment les conflits en Syrie ou en Irak au péril de leur vie: les corps de 24 migrants, dont 10 enfants, ont encore été repêchés jeudi matin par les autorités grecques en mer Égée, et six corps ont été découverts par la marine italienne au large des côtes libyennes.

La décision des trois partis de la coalition gouvernementale allemande, annoncée par le vice-chancelier Sigmar Gabriel, chef des sociaux-démocrates, durcit considérablement les conditions d'asile pour les ressortissants algériens, marocains et tunisiens, susceptibles d'être désormais facilement expulsés.

"Nous allons (...) inscrire dans la loi les trois pays, Maroc, Algérie et Tunisie comme des pays sûrs", a indiqué M. Gabriel

Berlin espère juguler le nombre de migrants venus de ces pays, qui a considérablement augmenté ces derniers mois. A l'automne, l'Allemagne avait déjà classé pays sûrs l'Albanie, le Monténégro et le Kosovo, alors que des dizaines de milliers de demandeurs d'asiles venaient de ces Etats-là. Le nombre a depuis chuté, notamment aussi grâce à des campagnes médiatiques dans ces pays pour expliquer que les chances d'obtenir un titre de séjour en Allemagne étaient minimes.

La classe politique allemande avait multiplié les appels pour accélérer les expulsions de ressortissants des pays du Maghreb ces dernières semaines, notamment après qu'une large part des suspects des agressions du Nouvel An à Cologne se sont avérés être des Algériens et des Marocains, selon la police.

Ces évènements qui avaient scandalisé l'Allemagne avaient aussi coïncidé avec une hausse des demandes d'asile déposées par les ressortissants de ces pays : en juin 847 Algériens et 368 Marocains avaient lancé la procédure, pour le seul mois de décembre, ils étaient respectivement 2.296 et 2.896.

Voir son pays d'origine classé "pays d'origine sûr" limite drastiquement les cas dans lesquels le ressortissant d'un tel Etat peut voir sa demande d'asile accepté. Berlin, qui entend ainsi permettre un examen accéléré des demandes d'asile et faciliter les expulsions, espère ainsi juguler le nombre de migrants venus d'Afrique du Nord et qui a considérablement augmenté ces derniers mois.

M. Gabriel a par ailleurs indiqué que l'Allemagne allait durcir ses conditions du regroupement familial en suspendant notamment pendant deux ans la possibilité pour certains migrants de faire venir leur famille. Ces mesures "sont là et peuvent très vite être présentées en conseil des ministres", a précisé M. Gabriel.

Déboutés, expulsés

En Suède, le ministre de l'Intérieur, Anders Ygeman, a estimé qu'entre 60.000 et 80.000 demandeurs d'asile enregistrés l'an dernier seraient déboutés et expulsés, soit près d'un requérant sur deux.

La Finlande compte de son côté expulser 20.000 des 32.000 demandeurs arrivés dans le pays l'an dernier, conformément au taux habituel de rejet qui se monte à 65%, selon la chef de cabinet du ministre de l'Intérieur, Païvi Nerg, interrogée par l'AFP.

Les procédures sont conformes à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) qui interdit les expulsions collectives de migrants, sauf s'ils ont fait l'objet d'un examen individuel au préalable, font valoir les deux capitales nordiques.

"Nous devons nous occuper du mieux possible de ceux qui peuvent rester, mais ceux qui reçoivent une réponse négative doivent repartir", a justifié pour la Suède le chef du gouvernement Stefan Löfven, critiqué pour son laxisme après le meurtre lundi par un jeune de 15 ans d'une éducatrice qui travaillait seule dans un foyer pour mineurs.

Sur les quelque 58.800 dossiers traités l'an dernier par l'Office suédois des migrations, 55% ont été acceptés, moyenne sur laquelle se fonde le gouvernement.

Mais les ambitions affichées se heurtent à une difficulté: plus de 40.000 déboutés ont disparu dans la nature entre 2010 et 2015.

Migrants contre réfugiés

Aux Pays-Bas, le chef de file du Parti travailliste (PvdA) Diederick Samsom a révélé au quotidien De Volkskrant le projet visant à renvoyer les derniers migrants arrivés clandestinement en Grèce en échange de l'accueil dans l'UE de 250.000 réfugiés restés en Turquie.

Ce projet est examiné en collaboration avec des partis politiques dans 10 pays, dont l'Autriche, l'Allemagne et la Suède, selon M. Samsom. Il pourrait néanmoins être contraire à la Convention de Genève et aux politiques européennes, a assuré à l'AFP un porte-parole de la Commission européenne.

Amnesty International a critiqué l'idée. "Un plan d'accueil à grande échelle pour les réfugiés en Turquie est une bonne idée mais le rendre conditionnel au retour rapide de ceux traversant les frontières de manière illégale revient à faire du troc avec des vies humaines", a affirmé John Dalhuisen, le directeur de l'ONG pour l'Europe.

Plus d'un million de migrants, dont un nombre important de Syriens fuyant le conflit qui ravage leur pays, sont entrés en Europe en 2015, provoquant la plus grande crise migratoire sur le continent depuis la Seconde Guerre mondiale.

52.868 sont arrivés en janvier, dont 50.668 en Grèce, selon le HCR.

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