MAROC
25/01/2016 18h:58 CET | Actualisé 23/10/2016 12h:14 CET

Quand des MRE siégeaient au parlement marocain

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REPRÉSENTATION - De 1984 à 1993, les marocains résidents à l'étranger étaient représentés à la Chambre des représentants. Retour sur une expérience qui a tourné court.

Cinq députés pour cinq circonscriptions. 9 ans de représentation parlementaire. C'est, en tout et pour tout, le bilan de l'unique expérience d'intégration des MRE dans le parlement marocain. Ce qui a motivé cette expérience ? "L'importance croissante de cette partie de la population, son attachement au pays et la masse considérable des devises qu'elle rapatrie justifiaient une représentation au parlement", estimait le chercheur Alain Claisse dans un article consacré aux communales de 1983 et aux législatives de 1984. Les mêmes arguments, donc, qui sont invoqués aujourd'hui.

Mais l'expérience avait également des visées plus politiciennes

Mais l'expérience avait également des visées plus politiciennes: "cette initiative coïncide avec le débat qui a suivi l'élection de François Mitterrand sur le droit de vote des immigrés aux élections locales en France", notent Zoubir Chattou et Mustapha Belbah dans leur livre "La double nationalité en question". L'enjeu était donc, aussi, de capter cet électorat qui, pour les dirigeants de l'époque, risquait de passer du coté du pays d'accueil. Ce qui, en fin de compte, n'aura pas lieu, François Mitterrand n'ayant pas fait adopter la loi relative au droit de vote des étrangers lors de son mandat.

Un Dahir, signé par le ministre de l'Intérieur de l'époque Driss Basri le 27 janvier 1984 fixait les conditions relatives au dépôt des candidatures, et cinq circonscriptions ont alors été établies (France Nord; France Sud; Belgique et Europe du Nord-Est; Moyen-Orient; Autres pays). Elles verront la victoire du candidat USFP Akka Ghazi à Paris; de l'UCiste Marzouk Ahaidar à Bruxelles; de l'istiqlalien Rachid Lahlou à Madrid; du RNIste Abdelhamid Naïm à Tunis et, enfin, du candidat du Parti du centre social (PCS) Brahim Berbach à Lyon.

Dans un autre registre, le célébrissime Said Joumani, notable du sud de son état, s'est présenté à Rissani durant ces élections. Des 25.827 voix exprimées dans sa circonscription, il en a obtenu ... 25.827. "On est en mesure d'en conclure que même son concurrent (USFP) a voté pour lui", s'étonnait Alain Claisse.

La tentation de la transhumance

Elus au parlement pour représenter les deux millions de marocains à l'étranger, certains d'entre eux se sont, dès lors, adonnés à l'un des sports favoris de la députation: la transhumance. Ainsi, "deux années avant la fin de la législature, MM Akka Ghazi, Brahim Berbach et Ahaïdar Marzouk ont rejoint le Groupe parlementaire MNP (Mouvement national populaire, né en 1991 d'une scission avec le Mouvement populaire, avant de le réintégrer en 2006 NDLR) de Mahjoubi Aherdane", écrivait, dans la livraison du 11 Novembre 1997 du quotidien Al Bayane, le chercheur Abdelkrim Belguendouz. Un autre candidat, Rachid Lahlou, qui présidait la Commission parlementaire des pêches maritimes, a, lui été nommé ambassadeur du Maroc à Begrade.

Néanmoins, "dans l’ensemble, et indépendamment de certaines lacunes, les députés de l’émigration étaient très actifs, plus particulièrement dans le cadre de la commission parlementaire spécialisée. Ils ont aussi sensibilisé divers départements ministériels et fait mûrir l’idée d’un interlocuteur unique pour les Résidents marocains à l’étranger, qui donnera lieu, fin juillet 1990, à la création du Ministère délégué auprès du Premier Ministre chargé des Affaires de la communauté marocaine à l’étranger", estime, dans l'article précédemment cité, Abdelkrim Benguendouz qui, ainsi, prend le contre-pied du bilan négatif dressé par nombre de politiques de cette expérience, et la réduisant à une simple 'figuration' parlementaire.

Clap de fin

En 1993, les circonscriptions des MRE sont supprimées. Curieusement, aucune explication officielle n'a à l'époque été avancée.

En 1993, les circonscriptions des MRE sont supprimées. Curieusement, aucune explication officielle n'a à l'époque été avancée. Quatre ans plus tard, en septembre 1997, l’ancien ministre de l'Intérieur Driss Basri avancera l'une de ces explications machinales et ambivalentes qu'il affectionnait tant: la représentation parlementaire des MRE a été supprimée, dit-il, pour des "raisons sécuritaires liées à l'ordre public dans les pays d'accueil".

Certaines raisons objectives ont, en revanche, lourdement compromit la viabilité de cette expérience: la superficie des circonscriptions et l'important nombre de MRE que les cinq députés devaient représenter. Le député Rachid Lahlou, élu à Madrid, devait représenter les Marocains vivant en Espagne, en Italie, en Angleterre, en Amérique du nord et du sud et en Afrique subsaharienne --surnommé pour cette raison le député des trois continents, comme le relève Abdelkrim Benguendouz. Et Abdelhamid Naïm, quant à lui, représentant des marocains dans tout le monde arabe.

C’est sans compter leur présence au Maroc, qui a rendu difficile l'établissement de contacts avec leurs électeurs. "Il y a lieu de mentionner que les députés de l’émigration n’ont reçu aucune aide spécifique pour établir ces contacts. Même lors des déplacements ministériels à l’étranger, qui concernaient la question des émigrés, les députés concernés n’étaient nullement associés et même pas consultés sur tel ou tel aspect", regrette Benguendouz, qui estime que la raison qui a poussé les autorités à mettre fin à cette expérience "était en fait subjective. C’était l’absence de dialogue entre les 5 députés et le ministère.

Aux yeux des responsables de celui-ci à l’époque, l’existence d’un ministère était largement suffisante pour représenter au Maroc la communauté marocaine à l’étranger et défendre ses intérêts." Le fait que le débat refasse surface, 22 ans plus tard, prouve, si besoin est, que la création d''un ministère n'a pas suffi à représenter la communauté marocaine à l'étranger et à défendre ses intérêts.

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