MAROC
25/01/2016 06h:28 CET | Actualisé 25/01/2016 06h:39 CET

Vers une révision du découpage électoral au Maroc?

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MALENTENDU - Contrairement à ce qui a été affirmé par plusieurs médias, le ministre de l'Intérieur n'a pas opposé son veto à une possible révision du découpage électoral. Précisions.

Au parlement, Mohammed Hassad a déclaré que "le découpage ne sera pas révisé avant les élections". De là, médias et une partie de la classe politique ont en déduit que le ministre s'oppose à une révision du découpage électoral. "Il s'agissait d'un malentendu. Le ministre de l'Intérieur parlait du découpage administratif, non du découpage électoral", nous affirme une source au sein du Parti de la justice et développement (PJD), qui confie que lors "d'une réunion avec quelques cadres du parti, le sujet a été abordé, et nous ne savions pas si le ministre de l'Intérieur parlait du découpage administratif ou du découpage électoral. Abdelilah Benkirane l'a alors appelé pour en avoir le cœur net. Mohamed Hassad lui a affirmé qu'il parlait du découpage administratif".

Joint par le HuffPost Maroc, le président de la commission des élections au PJD Abdelhak El Arabi explique que le découpage électoral actuel "est assez déséquilibré. En voulant faire concorder les frontières des circonscriptions électorales avec celles des provinces et des préfectures (84 % des provinces correspondent à une circonscription électorale NDLR), on se retrouve avec des circonscriptions peu peuplées où, d'un coté, les listes de candidatures ne comportent qu'un ou deux noms, ce qui porte atteinte au principe du scrutin plurinominal, et de l'autre, avec des députés qui remportent un siège au parlement grâce à 1.600 votes, alors que dans d'autres circonscriptions plus peuplées, les députés sont élus à 16.000 votes en moyenne. Ceci, sans parler des circonscriptions où plus de 60.000 votes sont nécessaires pour se faire élire".

Selon El Arabi, "ce déséquilibre dans le découpage finit par donner lieu à un déséquilibre dans la représentation. Nous comprenons que dans le cas des provinces peu peuplées comme celles du sud, il est difficile d'opérer un découpage différent, mais nous plaidons pour un découpage électoral qui ne soit pas forcément concordant avec le découpage administratif des préfectures ou des provinces. Le découpage devrait se baser, essentiellement, sur le critère du poids démographique, afin que les élections soient équitables."

Un découpage qui favorise les provinces peu peuplées

Le découpage électoral actuel "favorise les provinces peu peuplées qui disposent d’un minimum de deux députés quelque soit le nombre d’inscrits", note le géographe David Goeury dans son analyse des résultats des élections législatives marocaines de 2011. Il écrit que le découpage électoral actuel "assure une surreprésentation des provinces dites sahariennes. Six des sept provinces concernées bénéficient d’un député pour moins de 20.000 inscrits, alors que la moyenne nationale est d’un député pour 44.617 inscrits. Seule la province de Laâyoune s’avère être dans la moyenne basse avec 34 243 inscrits par députés, tandis que les populations des provinces d’Aousserd et de Tarfaya s’avèrent très largement surreprésentées avec, respectivement, un député pour 3824 et 4774 inscrits. À titre de comparaison, la province la moins bien représentée, Khemisset, ne dispose que d’un député pour 74.469 inscrits, soit un ratio de 1 à 20. Ce biais est cependant atténué par le système de la liste nationale des femmes et des jeunes amenant 90 députés, soit 23 %, à être élus par un scrutin de liste à l’échelle nationale".

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