TUNISIE
23/01/2016 10h:37 CET | Actualisé 23/01/2016 12h:42 CET

A Kasserine, les politiques attendus d'un pied (très) ferme, au lendemain du discours du président Béji Caid Essebsi

Kasserine, le 23 janvier devant le gouvernerat
Antony Drugeon
Kasserine, le 23 janvier devant le gouvernerat

Samedi 23 janvier, la foule des chômeurs manifestants s'est à nouveau réunie devant le gouvernorat de Kasserine pour revendiquer des emplois pour la ville sinistrée.

Au lendemain du discours du président Béji Caid Essebsi, les manifestants se regroupaient donc à nouveau alors qu'une rumeur propagée durant la semaine annonçait une visite des députés de la ville.

Toutefois, le député (Front populaire) Ayman Aloui a démenti par téléphone au HuffPost Tunisie que pareille visite ait lieu dans la journée : "Les 8 députés de Kasserine, dont moi-même, avons demandé jeudi au gouvernement une réponse à la crise sociale comme préalable à une visite. Sans cela, nous n'irons pas à Kasserine, nous ne voulons pas d'une visite de protocole".

Les manifestants regroupés devant le gouvernorat n'étaient guère inspirés par le discours présidentiel de la veille. "C'était bien", déclare une femme âgée, sans conviction. Avant de rajouter : "Mais je n'y crois pas".

Slim, 22 ans, a regardé l'allocution de Béji Caïd Essebsi à la télévision chez lui, avec son père et son grand-père, et ne voit aucune raison d'espérer lui non plus : "Mon grand-père me l'a dit : il parle exactement comme Ben Ali et Bourguiba !"

Pour lui, le problème, c'est que "personne ne parle de Kasserine, personne ne sait… Il faudrait qu'il y ait un Kasserinois au moins au gouvernement... ", déclare celui qui est là pour "envoyer un message au gouvernement".

La visite possible des députés lui inspire un sentiment contrasté : il la souhaite vivement, "qu'ils viennent écouter ce qu'on vit ici !" mais la perspective de les voir venir sans réponse concrète à son chômage le rendrait amer : "S'ils viennent sans rien… ça va mal se passer".

Il n'a plus aucune confiance dans les promesses politiques ni les procédures administratives: "Bon je suis venu déposer mon dossier [de demande d'emploi] comme les autres, mais on est stupides de le faire, on se doute bien que ces papiers finissent directement à la poubelle !"

S'ils manifestent ici pacifiquement, les émeutes qui ont secoué la ville n'étonnent pas ces chômeurs désabusés.

Mounir, 24 ans, est fataliste : "S'ils veulent la violence… hé bien ils l'auront. Tout simplement". 'Eux', les responsables, sont même accusés par Tarek, 37 ans, d''avoir fabriqué le problème du terrorisme', pour fuir les problèmes sociaux.

Timide et réservée, Naïma, la quarantaine, est également venue déposer son dossier au gouvernorat, et attendre "voir s'il se passe quelque chose". Que les députés viennent, ce serait pour elle une bonne chose… à condition d'apporter des réponses concrètes. Une visite de simple solidarité la décevrait.

Chokri, 37 ans, est vindicatif : "Les huit députés de Kasserine sont toujours à Tunis, ils ne viennent jamais ici… Nous refusons de les voir. Ils ne travaillent que pour leurs intérêts. Depuis la révolution il y a 5 ans, on n'a rien vu venir ici".

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