TUNISIE
21/01/2016 09h:33 CET | Actualisé 22/01/2016 08h:48 CET

Tunisie: La crainte d'une explosion sociale agite le pays, après les manifestations de Kasserine

Police forces stand by tear gas during clashes in the city of Ennour, near Kasserine, Tunisia, Wednesday, Jan. 20, 2016. Tunisia has declared a curfew in the western city after clashes between police and more than 1,000 young protesters demonstrating for jobs. Tensions have risen in Kasserine since Sunday when an unemployed youth killed himself by scaling an electricity transmission tower to protest his rejection for a government job. (AP Photo/Moncef Tajouri)
ASSOCIATED PRESS
Police forces stand by tear gas during clashes in the city of Ennour, near Kasserine, Tunisia, Wednesday, Jan. 20, 2016. Tunisia has declared a curfew in the western city after clashes between police and more than 1,000 young protesters demonstrating for jobs. Tensions have risen in Kasserine since Sunday when an unemployed youth killed himself by scaling an electricity transmission tower to protest his rejection for a government job. (AP Photo/Moncef Tajouri)

La crainte d'une explosion sociale agite la Tunisie alors que des manifestations se poursuivent jeudi dans la région de Kasserine, où le chômage et la misère constituent des fléaux toujours aussi aigus cinq ans après la révolution.

Plus d'un millier de personnes, souvent jeunes, se sont à nouveau rassemblées jeudi matin devant le gouvernorat à Kasserine, a constaté une journaliste de l'AFP.

Sous une très forte présence sécuritaire, nombre d'entre eux cherchaient à obtenir des renseignements sur le recrutement de 5.000 chômeurs annoncé la veille en urgence par le porte-parole du gouvernement, Khaled Chaouket.

Les vives tensions à Kasserine, où les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène et de canons à eau contre des rassemblements de plusieurs centaines de personnes, se sont propagées à partir de mardi à d'autres villes alentour.

"Ils disent (les autorités) qu'ils vont trouver des solutions à nos problèmes et nous donner du travail (...) Au lieu de ça, ils nous jètent des bombes lacrymogène! Nous ne lacherons pas! Le peuple souffre... et tout le monde s'en fiche" a déclaré Ahmed, jeune diplômé chômeur de la région au HuffPost Tunisie en insistant que les manifestations ne sont pas violentes ou agressives.

"Ils ont décrété le couvre-feu pour nous faire taire, mais ça n'arrivera pas" a-t-il ajouté. Il a indiqué que ce jeudi, les manifestations sont plus nombreuses.

A Tunis, quelques 150 personnes ont également manifesté mercredi et brandi des portraits du chômeur décédé, en clamant "Le travail est un droit".

En soirée à Feriana, à une trentaine de kilomètres de Kasserine, un policier de 25 ans est décédé durant la dispersion d'une manifestation, selon le ministre de l'Intérieur, qui n'a pas détaillé les circonstances. Une source de sécurité a affirmé à l'AFP que le véhicule du policier s'était renversée lors de la dispersion du cortège.

'Effrayante réalité'

"Nous sommes là depuis 7h mais aucun responsable n'est sorti pour nous parler jusqu'à maintenant. Ce sont des promesses en l'air", a déclaré Houcem el Rhili, 24 ans.

"Nous sommes prêts à travailler sur des chantiers s'il le faut. Que quelqu'un sorte et nous parle!", ont clamé Mohammad et sa femme, dénonçant une "situation insupportable".

Signe de la tension, un jeune homme a tenté de se jeter du haut du toit du gouvernorat, avant d'être retenu in extremis par d'autres personnes, selon la journaliste de l'AFP.

Les routes menant à Kasserine portaient les stigmates des heurts des derniers jours: pneus calcinés, cartouches de lacrymogènes et pierres jonchant les rues.

Dans la presse, plusieurs titres rappelaient qu'à l'origine des troubles figure "l'effrayante réalité des inégalités régionales".

Alors que la Tunisie ne parvient pas à relancer son économie, le chômage dépasse 15% au niveau national et atteint le double chez les diplômés. Ces taux sont encore supérieurs dans l'intérieur du pays.

En 2015, la croissance devrait être inférieure à 1%, notamment plombée par la crise du secteur touristique, conséquence de l'instabilité et des attaques jihadistes.

Le gouvernement a récemment été remanié, après une première année jugée décevante.

Le président Béji Caïd Essebsi a fait valoir mercredi que celui-ci avait "hérité d'une situation très difficile" avec "700.000 chômeurs et parmi eux 250.000 jeunes diplômés".

"On ne peut résoudre des situations comme ça par des déclarations ou un coup de pouce. Il faut (laisser) du temps au temps", a-t-il argué.

Président du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), Abderrahman Hedhili a de son côté estimé que de tels évènements "étaient depuis longtemps prévisibles".

"Nous avons averti que la situation sociale allait exploser. Les gens ont attendu (...) mais le gouvernement n'a pas de vision, pas de programme pour les régions intérieures", a-t-il dit à l'AFP.

LIRE AUSSI:: Tunisie: Nouveau rassemblement à Kasserine sur fond de vives tensions sociales

Galerie photoDécès de Ridha Yahyaoui, manifestation à Tunis 18/01/2016 Voyez les images

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.