TUNISIE
21/01/2016 06h:52 CET | Actualisé 21/01/2016 07h:34 CET

Tunisie: "De Bouazizi à Yahyaoui", revue de presse sur les protestations à Kasserine

An unidentified Tunisian reads news of the ongoing meetings of the Fatah faction of the Palestinian Liberation Organization in a local newspaper in the old part of Tunis on Sept. 3, 1993. PLO head Yasser Arafat is trying to win the approval of key Palestinian leaders for a landmark accord with Israel. (AP Photo/Francois Mori)
ASSOCIATED PRESS
An unidentified Tunisian reads news of the ongoing meetings of the Fatah faction of the Palestinian Liberation Organization in a local newspaper in the old part of Tunis on Sept. 3, 1993. PLO head Yasser Arafat is trying to win the approval of key Palestinian leaders for a landmark accord with Israel. (AP Photo/Francois Mori)

La presse tunisienne voyait jeudi dans les protestations qui agitent depuis plusieurs jours une région défavorisée du pays un rappel de la révolution de 2011 et mettait en garde contre une nouvelle explosion en cas de persistance des inégalités.

La mort samedi de Ridha Yahyaoui, jeune chômeur de Kasserine (centre), l'une des régions les plus pauvres de Tunisie, a ravivé les tensions alors que le pays vient de fêter les cinq ans du soulèvement populaire, largement motivé par la misère, l'exclusion sociale et le chômage.

Le quotidien Le Temps a mis en garde contre "un janvier chaud, très chaud" au fur et à mesure que "la contestation sociale se poursuit et s'étend".

Plusieurs rassemblements de soutien ont eu lieu dans des villes du centre mais aussi à Tunis et Sousse (centre-est). A Kasserine, où un couvre-feu a été décrété, des affrontements ont opposé policiers et manifestants.

"C'est comme si nous étions encore à la fin 2010-début 2011. Kasserine est en feu et les villes voisines l'appuient, les manifestants prennent les rues et les institutions publiques, la police fait usage de la force et l'armée intervient", écrit le quotidien arabophone Al Chourouk.

"De Bouazizi à Yahyaoui, les motifs et la manière se répètent. Les résultats seront-ils les mêmes ?", se demande le journal en allusion à Mohamed Bouazizi, le vendeur ambulant qui s'est immolé par le feu le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid, non loin de Kasserine, déclenchant la révolution.

Plusieurs titres, comme Al Maghreb, rappellent qu'à l'origine des troubles figure "l'effrayante réalité des inégalités régionales".

"Quid du développement dans les régions? Des gouvernements se sont succédés sans que la plaie ne soit soignée", estime Le Temps. "Il ne faut pas s'étonner par la suite si le feu embrase une région entière".

Car "rien ou presque n'a été fait pour changer le cours des choses dans les régions intérieures, condamnées depuis des décennies à vivre dans l'ombre d'autres zones autrement plus favorisées aussi bien par la nature que par les politiques de développement mises en place", affirme Le Quotidien.

"Partout, le taux de chômage chez les diplômés est en train de battre des records. Les statistiques sont effrayantes et menacent toute une génération qui a sué (...) pour dénicher un diplôme qui s'avère vain et insuffisant pour avoir un emploi digne", poursuit-il.

"Face à un tel constat d'échec, la réaction des chômeurs, à Kasserine ou ailleurs, semble légitime et logique".

Al Maghreb blâme les autorités qui ont "abreuvé" ces régions de promesses mais "oublient que nous sommes face à un volcan pouvant entrer en éruption à tout moment".

"Personne n'a de baguette magique mais si nous ne sortons pas des plans traditionnels et si nous ne prenons pas le taureau par les cornes, ce sont la sécurité et l'avenir du pays qui sont menacés", avertit-il.

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