TUNISIE
20/01/2016 15h:05 CET | Actualisé 20/01/2016 15h:14 CET

Tunisie: La colère gronde à Kasserine, Béji Caïd Essebssi a réagi

The President of Tunisia, H.E. Beji Caid Essebsi with USIP Acting Executive Vice President, William Taylor. 

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U.S. Institute of Peace/Flickr
The President of Tunisia, H.E. Beji Caid Essebsi with USIP Acting Executive Vice President, William Taylor. Read more about the event or watch the webcast: <a href="http://www.usip.org/events/beyond-security-why-us-tunisian-strategic-partnership-matters" rel="nofollow">www.usip.org/events/beyond-security-why-us-tunisian-strat...</a>

La police a fait usage mercredi de gaz lacrymogène et de canons à eau pour disperser des manifestants à Kasserine, ville défavorisée du centre de la Tunisie agitée par des heurts provoqués par le décès d'un jeune chômeur.

Des centaines de personnes se sont rassemblées en matinée devant le siège du gouvernorat pour réclamer "des solutions au chômage" avant de se diriger vers le centre-ville, où de petits groupes ont bloqué des routes avec des

pneus en feu.

Des heurts sporadiques ont ensuite opposé policiers et manifestants tout au long de la journée. Comme la veille, les forces de l'ordre ont utilisé du gaz lacrymogène pour disperser des protestataires qui leur lançaient des pierres,

selon un correspondant de l'AFP.

La police a aussi fait usage de canons à eau et tiré en l'air selon des témoins. Les accrochages se poursuivaient en début de soirée malgré le couvre-feu de 18H00 à 05H00 du matin décrété mardi dans cette ville d'environ 80.000 habitants.

Huit policiers ont été blessés mercredi à Kasserine et 11 à Thala, une ville proche, selon le directeur régional de la Santé Abdelghani Chaabani. La veille, 20 manifestants et trois policiers avaient été légèrement blessés à Kasserine.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Walid Louguini, a justifié le couvre-feu par la nécessité de "protéger les vies", d'éviter toute "escalade" mais aussi d'empêcher "les éléments terroristes d'essayer d'exploiter cette situation".

Kasserine se trouve au pied du mont Chaambi, le principal maquis jihadiste de Tunisie.

L'armée a elle-même annoncé qu'elle procédait à des "opérations sur les monts à proximité de Kasserine et de Sidi Bouzid, avec des tirs d'artillerie et d'aviation". "On fait tout notre possible pour empêcher que ces personnes (les jihadistes, ndlr) descendent dans les villes", a dit à l'AFP, porte-parole du ministère de la Défense, Belhassen Oueslati.

'Evènements prévisibles'

Ces évènements font suite au décès samedi d'un chômeur de 28 ans, Ridha Yahyaoui, mort électrocuté après être monté sur un poteau. Il protestait parmi d'autres contre son retrait d'une liste d'embauches dans la fonction publique.

Mais pour Abderrahman Hedhili, président de l'ONG Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), de tels événements "étaient depuis longtemps prévisibles".

Cinq ans après la révolution contre la dictature de Zine el Abidine Ben Ali, née de l'immolation du vendeur ambulant Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid, l'exclusion sociale et les disparités régionales persistent.

"Nous avons averti que la situation sociale allait exploser. Les gens ont attendu (...) mais le gouvernement n'a pas de vision, pas de programme pour les régions intérieures", a dit à l'AFP M. Hedhili.

Le président Béji Caïd Essebsi a reconnu mercredi que "le gouvernement actuel avait hérité d'une situation très difficile" avec "700.000 chômeurs et parmi eux 250.000 jeunes qui ont des diplômes".

"Mais vous devez en convenir, ni en Tunisie, ni en Europe, ni en Amérique, on ne peut résoudre des situations comme ça par des déclarations ou par un coup de pouce. Il faut (laisser) du temps au temps", a-t-il dit.

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