TUNISIE
20/01/2016 08h:32 CET | Actualisé 20/01/2016 18h:49 CET

Tunisie: Nouveau rassemblement à Kasserine sur fond de vives tensions sociales

Tunisian protesters take the streets in the southern town of Kasserine , Tunisia, and clash with riot police during a protest against a new tax on vehicles, Wednesday, Jan. 8, 2014. Protesters called the government the "assassin of our dreams," complaining that little has changed since the country's reviled leader was ousted in 2011. (AP Photo/Mouldi Kraiem)
ASSOCIATED PRESS
Tunisian protesters take the streets in the southern town of Kasserine , Tunisia, and clash with riot police during a protest against a new tax on vehicles, Wednesday, Jan. 8, 2014. Protesters called the government the "assassin of our dreams," complaining that little has changed since the country's reviled leader was ousted in 2011. (AP Photo/Mouldi Kraiem)

KASSERINE - Plusieurs centaines de personnes se sont de nouveaux rassemblées mercredi à Kasserine, dans le centre de la Tunisie, où le décès d'un jeune chômeur en marge d'une manifestation a récemment ravivé les tensions sociales, selon un correspondant de l'AFP.

Les manifestants se sont rassemblés devant le gouvernorat, réclamant des "solutions" au problème chronique d'emplois, en particulier chez les jeunes, dans cette région défavorisée du pays.

Ils ont ensuite pris la direction du centre-ville, distant de quelques kilomètres.

Comme la veille, la police a fait usage mercredi après-midi de gaz lacrymogène et des canons à eau pour disperser des manifestants qui lui jetaient des pierres.

Des heurts sporadiques ont ensuite opposé policiers et manifestants toute la journée. Comme la veille, les forces de l'ordre ont utilisé du gaz lacrymogène pour disperser des protestataires qui leur lançaient des pierres.

La police a aussi fait usage de canons à eau et tiré en l'air, selon des témoins.

Les accrochages continuaient en début de soirée malgré le couvre-feu de 18H00 à 05H00 décrété mardi dans cette ville d'environ 80.000 habitants.

Contacté par le HuffPost Tunisie, Ahmed, jeune diplômé chômeur ayant participé aux manifestations d'hier, a expliqué que la situation restait "tendue" dans la ville depuis les confrontations avec les forces de l'ordre qui ont eu lieu mardi dans la journée.

"Depuis que Ridha (décédé, samedi dernier à Kasserine) est parti, on ne veut plus se taire. Nous avons des droits en tant que citoyens, droit de manifester, de travailler, à la liberté d'expression et nous les réclamons naturellement, comme nous (habitants de Kasserine) l'avons toujours fait avant même la révolution (...)" a-t-il déclaré, en indiquant toutefois, qu'il n'avait pas encore rejoint le mouvement de protestation de ce mercredi.

Il a par ailleurs ajouté, "la révolution a été provoquée par une jeunesse désespérée (...) Cinq ans après, les autorités ne nous ont jamais écoutés, soutenus ou même représentés ! C'est le moment de le faire!".

En signe de soutien aux manifestants de la région de Kasserine, une manifestation se tient à Tunis sur l'avenue Habib Bourguiba, après celle organisée lundi, à l'appel de l'Union générale des Étudiants de Tunisie (UGET). Les manifestants ont scandé "Travail, liberté, dignité nationale", un slogan phare de la révolution, et "Le travail est un droit, gang de voleurs" en allusion aux gouvernants, selon une journaliste de l'AFP.

Le porte-parole du gouvernement, Khaled Chouket, a annoncé mercredi soir une série de mesures pour la région de Kasserine, dont l'embauche de 5.000 chômeurs et l'allocation de 135 millions de dinars à la construction de 1.000 logements sociaux.

"Empêcher les éléments terroristes d'essayer d'exploiter cette situation", l'une des raisons du couvre-feu

Interrogé par la radio privée Mosaïque FM, le gouverneur Chedly Bouallègue a assuré que les autorités locales étaient à l'écoute des manifestants.

"Nous sommes en train d'accueillir des jeunes, des diplômés de l'enseignement supérieur, par groupes. Nous les écoutons, dialoguons et notons leurs revendications", a-t-il fait valoir.

Alors qu'un couvre-feu nocturne a été décrété mardi à Kasserine, ville de 80.000 habitants, M. Bouallègue a affirmé que celui-ci avait été globalement respecté.

Selon une source de sécurité, des incidents ont toutefois éclaté à Thala, ville située à 50 km au nord de Kasserine, où des manifestants ont brûlé des pneus.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Walid Louguini, a expliqué cette mesure par la nécessité de "protéger les vies", d'éviter toute escalade" mais aussi d'empêcher "les éléments terroristes d'essayer d'exploiter cette situation".

"Nous mettons en garde depuis longtemps (sur le fait) que cinq ans ont passé et que le dossier du développement et de l'emploi n'a pas pris sa part. Espérons que cette manifestation de la part de la population de Kasserine ne tombera pas dans l'oreille d'un sourd", a dit Houcine Abassi, le secrétaire général de la centrale syndicale UGTT.

"Nous nous attendions à (de tels évènements) depuis longtemps et nous avons averti que la situation sociale allait exploser", a dit à l'AFP Abderrahman Hedhili, président de l'ONG Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES).

La situation s'est tendue à Kasserine du fait du décès samedi d'un chômeur de 28 ans, Ridha Yahyaoui, qui s'est électrocuté après être monté sur un poteau.

Il protestait notamment contre son retrait d'une liste d'embauches dans la fonction publique.

Des manifestations ont eu lieu le lendemain puis mardi, avec entre 500 et 1.000 manifestants scandant "Le travail est un droit".

Des jets de pierre ont eu lieu, d'après un responsable du ministère de l'Intérieur, les forces de l'ordre faisant usage de gaz lacrymogène. Au moins 14 personnes ont été blessées. Des commerces ainsi que la Poste et des écoles ont fermé plus tôt que d'habitude en raison des troubles.

Dès lundi, un haut responsable du gouvernorat de Kasserine a été limogé à la suite du décès du chômeur, et la présidence du gouvernement avait annoncé l'ouverture d'une enquête.

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