MAROC
20/01/2016 04h:05 CET | Actualisé 20/01/2016 05h:37 CET

Le congrès du PAM en 6 questions-réponses

Milouda Hazib, Mustapha Bakkoury, Hakim Benchamach et Aziz Benazzouz du PAM, Rabat, novembre 2015
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Milouda Hazib, Mustapha Bakkoury, Hakim Benchamach et Aziz Benazzouz du PAM, Rabat, novembre 2015

POLITIQUE - A l'approche de son 3è congrès national, prévu le 22 janvier, le Parti authenticité et modernité (PAM) s’apprête à opérer plusieurs changements organisationnels et idéologiques. Le point en six questions-réponses.

1. Qui sont les candidats en lice?

Le secrétaire général sortant Mustapha Bakkoury ne souhaitant, selon des sources au sein du parti, pas se présenter pour un nouveau mandat, et le président de la Chambre des conseillers Hakim Benchemach n'ayant pas déposé sa candidature, les noms qui reviennent le plus souvent sont ceux de l'actuel vice-secrétaire général du parti Ilyass El Omari et de l'ex-maire de Marrakech Fatim-Ezzahra Mansouri.

Candidat parmi d'autres, l'homme fort du PAM Ilyass El Omari n'est en revanche pas un candidat comme un autre. Ce qui plaide en sa faveur? Dans un parti regroupant plusieurs tendances, il "est considéré comme un rassembleur. Vu que les échéances électorales sont très proches, nous avons besoin de quelqu'un qui rassemble les différentes tendances, qui éclaircisse le débat, impulse une direction. Il s'agit d'un personnage qui défend ses principes, qui croit en la démocratie, et qui est un humaniste à sa manière", estime le député PAMiste et président de la Commission des affaires étrangères à la première chambre Mehdi Bensaid.

Si El Omari venait à être élu, "un travail de communication politique, une stratégie de com' sont nécessaires. Non des spots préélectoraux, mais un véritable travail de fond, dans le but rapprocher sa personnalité des gens qui, pour beaucoup, le jugent par rapport à ce qu'ils entendent dire de lui", confie-t-il.

Car l'image du vice-secrétaire général du parti est sérieusement écornée, le Chef du gouvernement ayant fait de lui l'une des cibles préférés de ses discours. Pour Bensaid, il ne s'agit pas d'une fatalité. Vers 2004, rappelle-t-il, "Benkirane et le PJD étaient infréquentables à l'époque. Ils ont mis en place une stratégie de com' politique efficace, qui a porté ses fruits."

Fatim-Ezzahra Mansouri, elle, peut se targuer de bénéficier du soutien de plusieurs dirigeants du PAM, dont Benchemach, qui dit préférer "que le PAM soit dirigé par une femme" et El Omari lui-même, qui a déclaré à Jeune Afrique que ce congrès constitue "une occasion pour que Fatim-Ezzahara Mansouri prenne le flambeau du PAM. Et au cas où elle ne présentera pas sa candidature, je déposerai la mienne".

Quoiqu'il en soit, de par son poids, son statut actuel, et la possibilité qui s'offre à lui de concurrencer ou de ne pas concurrencer Fatim-Ezzahra Mansouri, et ainsi changer le cours des choses, El Omari reste le faiseur de rois (ou de reines?) du PAM, et, de loin, le candidat les plus avantagé.

2. De quoi se compose le PAM?

De militants, de tables et de chaises. Des premiers, nous pouvons faire le portrait-robot, en nous basant sur le travail de la chercheuse Mounia Bennani-Chraibi sur les partis marocains: ils ont intégré le parti à travers leurs relations locales, y militent dans le but de se présenter aux élections, se former, réaliser leur ambition politique. Ils conçoivent le PAM comme un parti jeune et dynamique, agissent au niveau régional, local, et ciblent toutes les catégories sociales. En matière de valeurs et d'objectifs, ils croient en la nécessité d'agir pour la moralisation de la vie politique.

3. Le PAM, parti sans idéologie ou parti qui n'a que faire de l'idéologie?

Si des membres du parti comme Mohammed Maazouz appellent à l'élaboration d'une idéologie qui rassemble les militants, et regrettent que le PAM soit considéré comme un parti sans identité dans le champ politique marocain, Mehdi Bensaid, lui, relativise l'importance de cet aspect. "Je pense que cette tendance à vouloir constamment tout idéologiser est dépassée. Les Marocains veulent améliorer leur quotidien, veulent des mesures et des solutions réalistes et pragmatiques", explique-t-il.

Ce faisant, il opère une distinction entre "idéologie et projet de société. Le monde devient une sorte de petit village où tout le monde a presque la même politique économique, presque la même structure démocratique. D'où l'impossibilité d'avoir, aujourd'hui, des idéologies dans le sens communément admis, et la nécessité de se doter d'un projet de société."

Il en veut pour preuve le fait que "nous avons 35 partis au Maroc. Mais ces partis ont-ils, chacun, une idéologie bien distincte de celle de l'autre? A vrai dire, il y a trois ou quatre projets de société qui en ressortent. La base est la même, mais avec un ancrage plus libéral pour certains partis, beaucoup plus libéral pour d'autres, un ancrage plus conservateur pour certains, plus progressiste pour d'autres."

Pour Bensaid, donc, le parti "ne veut pas d'une idéologie doctrinale, mais veut tirer de l'idéologie des principes d'action. Car nous ne sommes pas non plus un parti de technocrates, qui propose des plans conjoncturels pour les 4 ou 5 années à venir. Ce que nous souhaitons proposer, c'est un projet pour les 40 ou 50 années à venir. Il faut donc mettre en place une vision, un plan d'action, une touche de pragmatisme. Ce réalisme qu'il faut apporter à l'idéologie pour ne pas la rendre uniquement doctrinale, c'est de répondre, de manière précise et contextualisée, aux problématiques marocaines."

En somme, "pour réussir ce que nous voulons, il faut prendre de l'idéologie son idéal, sa vision long-termiste, l'insuffler aux militants, chez qui on doit ressentir davantage le désir de mettre sur pied un idéal, via des politiques pragmatiques."

4. Le choix de la social-démocratie sonne-t-il comme une volonté de repositionnement?

Alors que des médias affirment que le parti renoncerait à un repositionnement socialiste, il n'en est rien. Car le parti n'a pas fait le choix du socialisme, mais de la social-démocratie, qu'il maintient par ailleurs. Et il ne s'agit pas non plus d'un repositionnement, vu que ce choix a été "validé lors du dernier congrès du parti, en 2012", affirme-t-on au PAM.

Donc, l'option social-démocrate sonne moins comme un repositionnement idéologique que comme l'entérinement d'un choix et d'une trajectoire, décidés dès 2012. "La social-démocratie n'est pas le socialisme. C'est un social-libéralisme. Cela veut dire que l'on croit au marché, que l'on croit aux principes du libéralisme, mais que l'on croit aussi que certains secteurs sont d'une grande importance" note Mehdi Bensaid.

"La question qui se pose, c'est comment la mettre en place? Notre projet de société est axé autour de trois points fondamentaux: la santé, l'école et le logement. Ce que le 20 février revendiquait, c'est une égalité de départ entre citoyens. Pour cela, il faut améliorer l'accès à l'école, avoir une bonne école publique qui offre un enseignement de meilleure qualité. Il faut aussi améliorer la santé, qui inquiète beaucoup les Marocains. Et, pour l'habitat, le droit au logement décent. Ces secteurs ont malheureusement été abandonnés par le gouvernement, surtout en ce qui concerne l'école et la santé", ajoute le député.

5. Et la régionalisation, elle vient faire quoi dans le congrès du PAM?

En décentralisant – en partie – l'appareil de prise de décision, et en renforçant les secrétariats et les instances régionales du parti, le PAM semble entamer une restructuration placée sous le signe de la régionalisation, et fera, si le choix de l'action partisane régionalisée est adopté, que le parti mènera une expérience pilote en la matière.

Néanmoins, certains membres craignent que "le renforcement des instances régionales et locales du PAM débouche sur une perte de contrôle sur le parti", d'autant qu'il compte un nombre non négligeable de notables locaux transhumants, plus attirés par les opportunités politiques qu'offre le parti que par son projet de société.

La création, prévue dans les documents qui seront étudiés lors du congrès, d'un bureau fédéral chargé de la coordination des activités et des travaux du parti au niveau régional, de la définition des stratégies d'action des instances du parti, du suivi de l'action des élus locaux ainsi que de la gestion des ressources, contrebalancera les risques de dérive.

6. Le PAM, parti de droite ou de gauche?

En prenant compte de la difficulté de placer les partis marocains sur un axe droite-gauche, si vous êtes à droite, faites trois pas vers la gauche. Si vous êtes à gauche, deux pas vers la droite. Vous y voici: le PAM se veut comme un parti de centre-gauche.

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