TUNISIE
19/01/2016 15h:37 CET | Actualisé 20/01/2016 05h:58 CET

Tunisie: Le cri d'alarme de la société civile accouche d'un front pour la défense des libertés individuelles

Facebook/euro-med Rights

Le 26 janvier 2014, une nouvelle constitution a vu le jour.

On y vantait à l'époque la consécration des libertés individuelles et l'Etat de droit. Deux ans après, c'est l'amertume qui prévaut du côté de la société civile.

"L'année 2015 a été jalonnée par l’enchaînement d'affaires d'atteinte aux libertés individuelles et ce dans l'impunité totale", lance Yosra Frawes, représentante de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), en marge de la conférence de presse organisée le 19 janvier pour annoncer la création d'un front de défense des libertés individuelles.

Dans une salle archicomble, les représentants de vingt associations de la société civile ("Oxfam", "Beity", "Damj", "Shams", la FIDH...) ont pointé de doigt "une liste noire" de transgressions des libertés individuelles".

"On a eu droit à l’arrestation de journalistes au nom de la lutte contre le terrorisme, des violations inhumaines de la dignité des homosexuels, à plus encore de victimes de la loi 52 sur les stupéfiants, à des limitations des libertés académiques. C'est ainsi que le Conseil islamique supérieur, une institution étatique liée au ministère des Affaires religieuses, considérait Youssef Seddik comme un déviant, à cause d'une émission sur la radio publique", a fustigé la représentante de la FIDH.

Pour Mokhtar Trifi, président du bureau de la FIDH, on est en droit de s'interroger: "Est-ce que ceci annonce le retour d'une politique étatique répressive? On recense des faits isolés, or cela devient de plus en plus fréquent dans l'impunité totale. On a le droit de se demander s'il y a un complicité des politiques."

"On a l’impression que les policiers sont dans une optique de vengeance, se considérant comme malmenés lors de la révolution. Ils réagissent aujourd'hui avec agressivité", a-t-il déploré.

Mokhtar Trifi évoque les tergiversations des politiques et la création de commissions d’enquêtes dont on ignore jusqu'à présent l'avancement de leurs travaux, à chaque fois où y a une polémique autour des abus. Ceci représente des preuves du manque de volonté de l'Etat à faire barrage à ces transgressions.

Conscients que les droits humains, collectifs ou individuels, sont indivisibles, ces associations se sont réunies afin de défendre la même cause: L'universalité des droits humains.

"En Tunisie, on se battait, avant, pour les libertés collectives. Aujourd'hui l'enjeu c'est le respect des libertés individuelles, consacrées dans la constitution", a affirmé Sana Ben Achour, présidente de "Beity".

Elle explique la "marginalisation" des libertés individuelles par une société qui donne de l'importance au collectif, à l'ordre public plus qu'à l'individu.

Une constitution qui fait le nid à la répression?

Commentant les affaires liées à l'article 230 du code pénal criminalisant l'homosexualité, des intervenants ont signalé la "contradiction au sein de la constitution entre les libertés individuelles et la protection du sacré et de la religion".

Cette contradiction est à leur avis le terreau fertile de la répression de l'Etat ou celle des individus au nom de la religion.

"Ceux qui évoquent la constitution pour légitimer des lois archaïques se leurrent. L'article 49 de la constitution détermine clairement les cas de figures qui justifient la limitation d'une liberté. Il n'évoque nullement la religion ou la morale", estime Walid Arbi, de l'association "Beity

Les actions à venir du front

Les actions du front vont-ils se limiter à des communiqués communs indignés, publiés à chaque fois où aura lieu une violation des droits humains?

Imed Zouari, représentant d'Oxfam, assure que cela ne sera pas le cas: "Il y aura une action de lobbying en direction des jeunes et des médias essentiellement. Il y a aura aussi une pression sur les politiques".

Najma Kousri Labidi, représentante de l'association tunisienne des Femmes Démocrates, assure que le fait de réunir toutes ces associations est en lui-même une action positive, un pas en avant en la matière.

Amel Yacoubi, représentante du réseau euro-méditerranéen des droits de l'Homme, a évoqué de son côté une campagne à venir ciblant le ministère de la Justice pour la révision des articles 125, 226, 227, 230, 231, 232, 236 du code pénal .

Sont également ciblés, les médecins légistes qui pratiquent le test anal dans le cadre des affaires relatives à l'article 230 du code pénal.

En attendant, "il faut un moratoire pour qu'on cesse de se référer à des articles comme le 230", lance Sana Ben Achour.

Walid Tayaa, cinéaste, propose quant à lui la création d'une cellule de crise qui réagira en urgence, à chaque fois où des libertés seront bafouées, mobilisant des avocats et des associations.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.