TUNISIE
18/01/2016 12h:05 CET | Actualisé 18/01/2016 12h:27 CET

Tunisie: "La révolution dans le boudoir" d'Aymen Daboussi brise des tabous sexuels et religieux (INTERVIEW)

facebook Aymen Daboussi

"Érection noire" ("Intisab Asswad" en arabe) est le premier roman de Aymen Daboussi, psychologue clinicien. Il est disponible dans les librairies depuis la fin du mois de décembre 2015.

Depuis sa parution, le roman s'est très vite épuisé, signe de succès dans un pays où les habitants lisent trop peu.

L'auteur d' "Érection noire" se présente comme un passionné de littérature et d'écriture, " Même le choix des études en psychologie a été guidé par cette passion. C'est ma vocation".

Quels sont les dessous de ce succès? Aymen Daboussi se livre au HuffPost Tunisie.

HuffPost Tunisie: Quelle est l'histoire du roman?

Aymen Daboussi: C'est un roman érotique dans le contexte post-révolutionnaire tunisien. Il dépeint les aventures sexuelles d'un groupe de jeunes. C'est un voyage dans un monde empreint de spiritualité et de sensualité où ces jeunes creusent à travers leurs expériences, là où la révolution n'a pas accédé.

La traduction littérale du titre est "Érection noire":Pourquoi vous avez choisi ce titre?

"Intissab" en arabe a plusieurs double sens: s'établir, érection... J'ai voulu joué du double sens de ce mot. La révolution a commencé par Mohamed Bouazizi qui s'établit comme vendeur ambulant clandestin. L'érection comme équivalent érotique du soulèvement, redressement. Le titre est ainsi fidèle à la portée politique et sexuelle du roman. "Noire" est clin d’œil au livre de Henry Miller, à l'intersexualité à travers le "Printemps noir" en référence aux "printemps arabes".

Pour le titre en français, en paraphrasant Sade, je dirais que c'est "la révolution dans le boudoir".

Vous utilisez fréquemment les mots crus à connotation sexuelle du dialecte tunisien...

Le langage cru est présent dans notre dialecte, on ne peut pas le nier. Ceci n'enlève en rien à la poésie que revêt ce récit. La poésie ici n'est pas celle du langage mais de l'action. Ce choix a été fait pour donner un aspect réaliste au roman. On m'a beaucoup demandé si l'histoire est inspirée de faits réels, je m'abstiens de répondre.

Pourquoi avez-vous choisi de vous centrer sur la sexualité?

La révolution s'est bornée à briser un tabou politique. J'ai voulu à travers ce roman parler de la part inachevée de la révolution, celle des tabous religieux et sexuels. Notre société ne peut évoluer sans un chambardement dans sa conception de la religion et de la sexualité.

Avez vous rencontré des difficultés dans la publication de ce roman?

Malheureusement oui, à l'époque de la Troïka, les maisons d'édition m'ont avoué qu'ils avaient peur de la réaction que pouvait susciter le roman de la part des salafistes. Je me suis rendu compte après qu'il fallait le publier chez une maison d'édition égyptienne ou libanaise. Je toucherais un public plus large et ils excellent en la matière. Nos maisons d'édition ne dépassent pas les frontières et j'ai d'ailleurs des problèmes au niveau de la distribution.

La psychiatrie est-elle votre futur sujet d'inspiration?

Oui. Un autre roman "chronique de Razi" ( Akhbar El Razi) sera publiée prochainement. J'ai travaillé pendant six ans à l’hôpital psychiatrique de Razi. Cette expérience enrichissante a inspiré ce roman dont des extraits ont été publiés au Journal libanais "Essafir".

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