ALGÉRIE
16/01/2016 10h:05 CET | Actualisé 16/01/2016 12h:53 CET

L'ombre de Mokhtar Belmokhtar plane sur les attentats de Ouagadougou

AFP

Le sort de Mokhtar Belmokhtar reste incertain. Annoncée à plusieurs reprises, notamment en juin dernier dans une frappe américaine en Libye, sa mort a été démentie à chaque fois. Le nom de ce chef terroriste algérien, l'un des plus redoutés du Sahel, refait à nouveau surface ce samedi 16 janvier à l'occasion des attaques terroristes de Ouagadougou.

L'introuvable Mokhtar Belmokhtar

Ancien cadre d'Aqmi, cet homme de 43 ans donné pour mort à de multiples reprises - notamment en avril 2013 et juin 2015, lorsqu'il a été la cible déclarée d'une frappe américaine en Libye - court toujours, constatait en novembre le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian.

"Il circule", avait dit M. Le Drian, alors interrogé par la radio française Europe 1 sur sa localisation. "Si je le savais, les affaires seraient réglées", avait-il ajouté.

Les Etats-Unis ont mis sa tête à prix pour cinq millions de dollars. Régulièrement soupçonné de séjourner sur le territoire libyen, Mokhtar Belmokhtar est l'un des chefs islamistes extrémistes les plus recherchés au Sahel; il milite pour une grande coalition avec les jihadistes du Niger, du Tchad et de Libye.

Né en juin 1972 à Ghardaïa, aux portes du Sahara, Mokhtar Belmokhtar a combattu très jeune en Afghanistan en 1991, où il a perdu un oeil, d'où son surnom, "le Borgne".

De retour en Algérie en 1993, au début de la guerre civile, il rejoint le Groupe islamique armé (GIA, démantelé en 2005), et crée une unité basée principalement dans le Sahara.

En 1998, il rejoint le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), une dissidence du GIA soutenue par le chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden, pour se démarquer des massacres de civils perpétrés par le GIA et

concentrer ses attaques sur des cibles policières et militaires.

Le vaste désert, sa cachette ?

Belmokhtar règne alors en maître sur les routes clandestines du grand Sud saharien, se livrant à des attentats financés, selon des analystes, par des activités de contrebande, notamment de cigarettes. Il établit des liens avec les tribus qui le préviennent des mouvements des forces de sécurité.

En 2001, il entre en concurrence avec Amari Saïfi, alias Abderrezak El-Para, alors numéro deux du GSPC, pour le contrôle du Sahara.

Après l'arrestation de son rival, auteur de l'enlèvement de 32 touristes européens en 2003 et livré à Alger en 2004, "le borgne" se replie dans le nord désertique du Mali, qu'il transforme en sanctuaire, liant de solides alliances

en épousant des femmes de tribus touareg ou arabe.

En 2007, à la suite de dissensions au sein du GSPC qui devient Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), il est remplacé à la tête de la zone par Abdelhamid Abou Zeïd.

Après sa destitution en octobre 2012 par le chef d'Aqmi pour insubordination, il crée sa propre unité combattante, les "Signataires par le sang".

En janvier 2013, quelques jours après le début de l'opération Serval, à l'initiative de la France, pour chasser les jihadistes du Nord malien, il lance l'attaque et la prise d'otages massive sur le complexe gazier Tigentourine près d'In Amenas, dans le Sahara algérien (38 otages et 29 ravisseurs tués).

En mai 2013, deux mois après avoir été annoncé mort par l'armée tchadienne au Mali, il revendique des attaques contre l'armée nigérienne à Agadez et le site français d'uranium d'Areva à Arlit, une vingtaine de morts au total.

Condamné à mort à deux reprises par la justice algérienne, il aurait commandité l'assassinat de quatre Français en Mauritanie en décembre 2007, et les enlèvements de deux Canadiens en 2008, et de trois Espagnols et deux

Italiens en 2009.

En août 2013, son groupe fusionne avec une partie du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) sous le nom d'"Al-Mourabitoune".

Les attaque de Ougadougou

Ces attaques menées contre un hôtel et un restaurant prisés des expatriés dans la capitale du Burkina Faso, ont fait au moins 23 morts, selon un bilan provisoire. Elles ont rapidement été revendiquées par le groupe Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi), qui l'a attribuée au groupe Al-Mourabitoune. Mokhtar Belmokhtar n'est autre que le dirigeant historique de ce groupe qui a rallié Aqmi en décembre dernier.

Le Burkina après le Mali?

Des "frères" du "bataillon Al-Mourabitoune ont fait irruption dans un restaurant des plus grands hôtels de la capitale du Burkina Faso, et sont maintenant retranchés et les combats continuent avec les ennemis de la religion", indiquait le message de revendication d'Aqmi. Selon le consultant spécialiste du terrorisme Romain Caillet, un des assaillants y évoque une "vengeance du Prophète" et menace la France.

Al-Mourabitoune a déjà revendiqué le premier attentat visant des Occidentaux à Bamako, le 7 mars 2015 au bar-restaurant la Terrasse (cinq morts: trois Maliens, un Français et un Belge). Au Mali, le groupe a aussi revendiqué un attentat suicide commis le 15 avril contre le contingent nigérien d'une base de l'ONU dans le Nord.

Il avait déjà revendiqué un attentat suicide dans lequel un soldat français avait été tué le 14 juillet 2014, jour de la fête nationale française, près de Gao.

"L'opération" du vendredi 15 janvier survient par ailleurs un peu moins de deux mois après celle, similaire, de l'hôtel Radisson Blu à Bamako. Le 20 novembre, une attaque jihadiste avait fait 20 morts dont 14 étrangers dans la capitale malienne. Deux assaillants avaient été tués lors de cette attaque revendiquée par deux groupes jihadistes: le 20 novembre par Al-Mourabitoune et le 22 novembre par le Front de libération du Macina (FLM, mouvement terroriste malien).

Comme le rappelle Le Monde, qui souligne que les attaques de Ouagadougou signent "la fin de l’exception burkinabé face au terrorisme", Al-Mourabitoune a aussi revendiqué l'enlèvement en avril 2015 du chef de sécurité roumain de la mine de manganèse de Tambao (nord du Burkina Faso). On est depuis sans nouvelles de cet homme.

Par ailleurs, une première attaque avait eu lieu vendredi après-midi dans le nord du Burkina Faso, près de la frontière malienne, tuant un gendarme et un civil ont été tués. Si la menace terroriste est déjà présente dans les pays voisins (Niger, Mali), elle semble donc gagner le Burkina, qu'Aqmi "ne peut considérer que comme un ennemi", note Le Monde, car il s'agit d'un "point d'appui permanent" de l'opération militaire française Barkhane.

"Il faut aussi replacer l'attaque dans le contexte politique actuel au Burkina", note aussi Cynthia Ohayon. Cette experte à l'International Crisis Group rappelle que "le gouvernement a été nommé il y a trois jours", "on finit une transition politique d'un régime semi-autoritaire vers la démocratie. Cela fait du pays un symbole de progrès, d'avancée. C'est aussi ce genre de symbole que ces gens-là veulent détruire", selon elle.

Une grande coalition jihadiste au Sahel?

Plus globalement, les attaques vu 15 janvier s'inscrivent dans une logique d'expansion voulue par Mokhtar Belmokhtar, qui a a réaffirmé la loyauté de son groupe à Al-Qaïda en mai, démentant l'allégeance à l'Etat islamique proclamée par un autre dirigeant d'Al-Mourabitoune. Belmokhtar milite pour une grande coalition avec les terroristes du Niger, du Tchad et de Libye, où il a trouvé refuge avec d'autres terroristes refoulés du Mali depuis l'intervention française Serval en 2013.

Galerie photoQu'est-ce que l'Etat islamique? Voyez les images

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.