ALGÉRIE
16/01/2016 11h:15 CET | Actualisé 01/06/2017 17h:16 CET

Souad Snedj, le parcours d'une mère, chef d'entreprise

abada latifa

Si pour certains, il n’est pas chose aisée d’être femme et active ce n’est pas l’avis de Souad Snedjj. Chef d’entreprise et mère de famille, elle concilie les deux rôles à la perfection.

Armée de sa conviction qu’elle pouvait atteindre tout ce dont elle rêve, Souad a réussi à se hisser «brillamment» aux plus hauts sommets de sa carrière.

Assumant ses responsabilités familiales et entrepreneuriales, elle est aujourd’hui cadre dirigeant d’une multinationale.

Tout commence pour elle à l’âge de 24 ans.

Fille d’un professeur de physique, Souad fait partie de la première promotion technique au niveau des collèges. "en 1976, le programme technique au niveau des collèges venait d’être introduit et j’ai fait partie de la première promotion qui l’a suivie".

Comme son père Souad est dans les sciences. Après l’obtention de son baccalauréat, elle veut devenir électromécanicienne en aéronautique.

Elle poursuit des études en ingénierie qu’elle arrête au bout de deux ans. "L’enseignement allait devenir en arabe, et jusque-là je n’ai étudié qu’en français. Je ne pouvais passer du français à l’arabe", précise Souad.

Mais ce choix ne relève pas seulement de cette incapacité à étudier en langue arabe. Souad est depuis toujours passionnée par la langue de Shakespeare et la littérature anglo-saxonne.

Pour assouvir cette soif d’apprendre l’Anglais elle décide d’entamer des études de littérature anglaise. "L’apprentissage de l’anglais a été un élément déterminant dans l’éclosion de ma carrière", confie Souad.

En parallèle de ses études universitaires, Souad perfectionne son apprentissage en suivant en tant que candidate libre des cours pour obtenir un diplôme de l'université de Cambridge.

L’enseignement comme premier métier

Elle garde en tête l’image lumineuse de ceux qui ont su éveiller sa curiosité, sa soif de découvertes, et sa capacité de réflexion, ses enseignants.

Pendant quatre ans Souad enseignent l’Anglais. Elle aime ce métier qui lui apporte tant. "La responsabilité est énorme envers ces enfants qui attendent tant de leur professeur. Et même si je n’envisageais pas de faire carrière dans l’enseignement durant ces quatre années la rigueur était de mise".

Une carrière qui prend fin au bout de quatre année gratifiante se souvient Souad à l’époque elle avait 24 ans

Une décision qui se justifie par les méthodes d’enseignement pratiquées à l’époque. "Nous faisions de la mémorisation bête", se désole Souad. Le nouveau programme était " surchargé " et le mode d’enseignement qu’il fallait suivre ne l’a pas convaincu.

Malgré son jeune âge, Souad ne fait pas fi de ses valeurs et decide de mettre fin à sa carrière d’enseignante.

Un premier poste à responsabilités à 25 ans à peine !

Aujourd’hui Souad est chevronnée. Elle connaît tous les rouages du monde du travail aussi complexe soit-il. Mais cet équilibre elle ne l’a acquis qu’au fil des années.

Elle n’avait que 25 ans lorsqu’elle a été chargée des " relations publiques " au sein d’une société étrangère.

Une mission audacieuse. "Avec l’ouverture de l’importation, un centre d’affaires, spécialisé dans la mise en relation à l’international s’est implanté en Algérie. Comme j’étais polyglotte, j’ai été chargé de gérer les relations entre industriels locaux et étrangers ".

Tout au long de son récit, Souad reste humble et raconte aussi les craintes qu’elle éprouvait à cette époque. "J’aimais le challenge, mais comme tous les jeunes, je manquais de confiance en moi. Seulement je n’avais pas peur de l’échec, qui est inévitable au cours de la vie de tout un chacun. Mais il ne faut pas oublier qu’il est un vecteur de réussite", explique Souad.

Une année plus tard l’entreprise a fermé c’était en 1991.

Souad se marie, et se consacre à l’éducation de son fils ainé pendant trois ans. Mettant sa carrière entre parenthèses pour se consacrer pleinement à son rôle de mère. Trois ans plus tard sa carrière rebondit grâce à une nouvelle opportunité.

De nouvelles expériences ouvre la voie au leadership

L’envie d’entreprendre, est une ambition qui a souvent tenté Souad mais à l’époque cela relevait de l’atypisme.

Comme le hasard fait, parfois, bien les choses, Souad rencontre un industriel dans le secteur de l’importation de produits électroniques, qui souhaite ouvrir un bureau de liaison à Alger.

En lui proposant du travail, Souad exprime sa volonté d’être associée. "Je voyais en cette opportunité l’occasion de développer mon sens du leadership". Un choix audacieux mais Souad a mené à front son rôle de chef d’entreprise.

Apres cette expérience, Souad se sent enfin prête à se lancer à son propre compte. En 1996 elle crée sa propre société.

Atlas and Company est le fruit de la volonté et la détermination

Créer son entreprise est l’équivalent d’être au bord d’une locomotive qui risque de dérailler à tout moment. Un constat que Souad découvre vite. "Se lancer dans une carrière de chef d’entreprise est risqué. Pour ma part j’avais le portefeuille clients et le portefeuille de relations publiques". Le risque était calculé expliqué Souad.

Sa société Atlas and Company est spécialisée dans le domaine d’importation de produits électroniques et électroménagers.

Deux ans plus tard la société est dissoute. "J’ai créé Atlas and Company avec mon mari, suite à notre divorce on était contraint de mettre fin à notre collaboration dans la vie professionnelle", confie Souad.

Loin de se décourager, elle crée une nouvelle société "Sphinx", cette nouvelle société à la même vocation que "Atlas and Company" mais fait aussi du consulting. "Je ne voulais pas que ma société ait comme seule activité l’importation, déjà à l’époque on se doutait que les besoins du marché allaient évoluer et qu’il fallait à un moment ou un autre freiner l’importation".

Pour faire face à cette réalité économique, Souad apportait son expertise à des sociétés. Elle dirigeait des bureaux de liaison dans différents secteurs notamment "Oil and Gaz".

La carrière de Souad poursuit son envol, et sa réputation la précède. Contactée par des ambassades, elle conduit plusieurs délégations de femmes algériennes Cheffes d’entreprises mais aussi de plusieurs autres pays en voie de développement à l’étranger notamment en Corée du sud, aux États-Unis, la chine et bien d’autres contrés. "De tout temps, j’ai eu des opportunités qui m’ont permis de donner un coup d’accélérateur supplémentaire à ma carrière", confie Souad modestement.

Sa carrière, Souad l’a bâti en fonction des impératifs de sa famille, de tout temps, elle fait preuve d’opiniâtreté. Elle soutient que toute réussite nécessite des sacrifices mais avant tout, il faut s’émanciper des préjugés de la société.

Cet esprit d’indépendance, Souad le doit à cette femme qui a forgé sa pensée féminine, sa grand-mère paternelle. "Ma grand-mère était une femme exceptionnelle, son parcours a été révélateur pour moi. Elle fait partie des rares femmes à avoir reçu un enseignement à son époque".

Elle trouve en elle un modèle de femme résolument moderne, avec un sens aigu des affaires. "Elle avait hérité de son père des lopins de terre, elle a construit des maisons qu’elle louait aux Français à l’époque coloniale ". Cette femme au caractère bien trempé, inspirait Souad et elle en a fait son modèle à suivre.

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