MAROC
13/01/2016 04h:18 CET | Actualisé 13/01/2016 05h:06 CET

Au Maroc, les chaînes de télévision privées n'ont pas droit de cité

Au Maroc, les chaînes de télévision privées n'ont pas droit de cité
Au Maroc, les chaînes de télévision privées n'ont pas droit de cité

AUDIOVISUEL - À l’heure où les pays de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) disposent d’un paysage télévisuel riche formé de chaînes publiques et privées, le Maroc bloque l’octroi des licences télé depuis plusieurs années. Résultat: le royaume ne compte que 10 chaînes de télévision nationales dont 9 sont publiques et ne satisfont visiblement pas l’audience. Selon les différents chiffres de Marocmétrie, plus de la moitié des téléspectateurs marocains préfèrent zapper vers les télévisions étrangères.

La situation est d’autant plus alarmante que des opérateurs privés étrangers commencent à ouvrir des chaînes de télévision à destination du Maroc mais localisées dans d’autres pays, notamment dans le Golfe. C’est le cas de Bzaf Tv, une chaîne de télévision musicale lancée en août 2014 à partir d’Al Fujairah aux Émirats arabes unis. La chaîne a été conçue pour "être une vitrine de la scène musicale marocaine" mais en dehors du Maroc. Diffusé par satellite, le médium avait déployé une importante campagne de publicité afin de bâtir une audience dans le royaume. Certains programmes sont même élaborés par des sociétés de production locales et vendues à la chaîne.

"Un défi à la souveraineté médiatique du pays"

Selon des sources bien informées, le groupe Rotana, détenu par le prince Al Walid Ben Talal qui dispose déjà de 6 chaînes de télévision au Moyen-Orient, devrait lancer une déclinaison marocaine. La future "Rotana Maroc" devrait commencer à émettre au mois de juin 2016.

Ce raz-de-marée télévisuel est "un défi à la souveraineté médiatique du pays", dénonce le ministre de la Communication Mustapha El Khalfi. Contacté par le HuffPost Maroc, El Khalfi fustige le fait que ces nouvelles chaînes ne sont pas régies par "les lois en vigueur concernant la régulation de l’audiovisuel, le respect du pluralisme politique, la diversité culturelle, la protection du consommateur et l’encouragement de la production nationale".

La Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), qui régule le secteur au Maroc, ne semble pas "avoir conscience de l’urgence d’ouvrir le champ télévisuel aux investisseurs privés", nous confie un opérateur médiatique marocain.

En 2008, l’instance présidée actuellement par Amina Lamrini El Ouahabi avait lancé un appel à projet afin d’octroyer une nouvelle licence de chaîne de télévision privée généraliste. Plusieurs opérateurs privés avaient alors déposé des demandes de licence dont le groupe Finance Com du milliardaire Othmane Bejelloun et celui de l’actuel ministre de l’Agriculture, Aziz Akhannouch.

Après délibération, le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle (CSCA) avait décidé de ne délivrer aucune licence. La raison: "la dégradation de la situation publicitaire ainsi que la crise traversée par Médi1Sat (actuelle Médi1tv) et le risque encouru pour le secteur dans son ensemble pouvant compromettre l’équilibre et la viabilité des opérateurs audiovisuels publics et privés existants".

La chaîne du détroit passait en effet par des difficultés financières dues au retrait des actionnaires français, qui détenaient 30% de son capital. Médi1Tv a depuis connu plusieurs changements dans son tour de table et a changé plusieurs fois son positionnement.

"Les opérateurs privés nationaux sont les bienvenus"

En ce qui concerne la dégradation de la situation publicitaire du royaume, elle ne semble pas faire reculer les investisseurs étrangers dans le secteur qui comptent convaincre les annonceurs nationaux. "Pour pallier ce problème, il faut impérativement faciliter l’octroi des licences", nous déclare Mustapha El Khalfi. "L’offre télévisuelle nationale doit être renforcée, les opérateurs privés nationaux sont les bienvenus", poursuit-il. La balle est pourtant dans son camp. L'article 23 de la loi 77-03 sur la communication audiovisuelle stipule que "la Haute autorité peut lancer à la demande de l'autorité gouvernementale chargée de la communication, des appels à manifestation d'intérêt en vue de la création de stations radiophoniques ou télévisuelles privées".

En attendant la libéralisation des ondes télévisuelles, des acteurs médiatiques marocains comptent ouvrir des chaînes de télévision marocaines mais diffusant depuis l’étranger. C’est notamment le cas du chanteur Elam Jay qui après une longue absence revient au devant de la scène avec le projet d’une télévision musicale qui émettra à partir de l'Europe et sera diffusée sur les satellites Hotbird et Nilesat. La télévision devrait voir le jour en juillet prochain selon une source proche du chanteur.

Pour sa part, le patron d’Hit Radio Younès Boumehdi a déposé en 2008 une demande de licence pour lancer la "Hit Tv". "Pour l’instant, nous n’avons pas obtenu de licence. On a bon espoir qu’on nous réponde un jour. En attendant, on lancera notre web tv", avait confié le PDG de la radio jeune dans une interview accordée au HuffPost Maroc en février 2015.

"Je pense que d’ici la fin du premier trimestre de 2015, on devrait avoir une date figée pour le lancement de la télévision sur internet. Nous attendons juste un retour de la HACA pour pouvoir le faire", nous avait-il déclaré. Près d’un an plus tard, la télévision n’est toujours pas lancée. La HACA n’aurait pas encore donné de réponse, apprend-on auprès de Younès Boumehdi.

Galerie photoLe bêtisier de la télévision marocaine Voyez les images