TUNISIE
11/01/2016 11h:28 CET | Actualisé 11/01/2016 13h:29 CET

Tunisie: Au cours d'une interview, Samir El Wafi se positionne contre l'activité de l'association Shams

Lors d'une interview du vice président de l'association Shams, Ahmed Ben Amor, l'animateur Samir El Wafi s'est montré virulent envers les activités de cette organisation soutenant la dépénalisation de l'homosexualité, la jugeant "très provocatrice" et la décrivant comme une "dissonance" dans la société tunisienne.

"Le pays contient des minorités (...) qui n'ont pas profité de leurs droits: Les pauvres, les chômeurs, les miséreux, les marginalisés. Et aujourd'hui, vous venez réclamer vos droits (...) alors que le peuple tunisien a d'autres préoccupations", a lancé Samir El Wafi au représentant de Shams, dans son émission "Ahla Wa Sahla" du 10 janvier,.

Ahmed Ben Amor a alors précisé que cette association controversée avait obtenu un visa "comme toutes les autres associations après la révolution" et que "ses principes ne sont pas contraires à ceux des Droits de l'homme".

La suspension de cette association "est une atteinte à la loi", a-t-il déploré, critiquant une mesure "contraire à la constitution".

En effet, le 4 janvier dernier, une notification par huissier de la part du chargé du contentieux de l'État, a annoncé la suspension des activités de l'association pour 30 jours. Cette annonce a été perçue comme une manoeuvre politicienne contraire aux libertés individuelles et au respect de la vie privée consacrés par le constitution.

Des questions pièges

L'animateur vedette de la chaine Al Hiwar Ettounsi n'a pas cessé de poser des questions connotant un rude parti pris moralisant, hostile aux pratiques homosexuelles: "Ne pensez-vous pas que l'existence de cette association menace l'âme et les traditions du peuple tunisien conservateur, qui a des valeurs, des principes?", "Ne pensez-vous pas qu'il s'agisse d'une provocation envers le peuple tunisien?" ou bien "En fin de compte, nous sommes tous conservateurs quelle que soit notre classe (sociale). Nous avons des racines. N'est-ce pas?".

Il demandera même à Ahmed Ben Amor si son association "soigne" les homosexuels, assimilant cette orientation sexuelle à une maladie.

"Si vous lisez le rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), vous comprendrez que l'homosexualité ne se soigne pas", a alors rétorqué Ahmed Ben Amor.

Qu'en pense la HAICA?

Cette prise de position à l'encontre des pratiques homosexuelles est-elle contraire à l'article 5 du décret loi 116 régissant le secteur audiovisuel? Un article qui appelle au respect des conventions internationales sur les droits de l'homme et libertés publiques.

Contacté par le HuffPost Tunisie, Hichem Snoussi, membre de la HAICA, s'interroge sans vouloir donner son avis personnel: "Si les propos de l'animateur touchent à la dignité humaine, l'instance réagira".

Un député se prononce pour l'interdiction de Shams

Interrogé sur le sujet dans la même émission, le député du parti Ennahdha Mohammed Frikha présent sur le plateau, s'est prononcé pour l'interdiction des activités de cette association:

"Nos problèmes en Tunisie sont plus grand que cela (l'homosexualité). L'Etat a répondu en disant qu'ils n'avaient pas le droit d'avoir une association pour les homosexuels. La loi ne le permet pas et nos valeurs aussi", a-t-il répondu.

LIRE AUSSI:Ahmed, jeune tunisien mis à la porte par sa famille parce qu'il est homosexuel (TÉMOIGNAGE)

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.