MAROC
10/01/2016 09h:00 CET | Actualisé 10/01/2016 09h:22 CET

Manifestations des enseignants stagiaires: Le ministère de l'Intérieur donne sa version des faits

"Jeudi noir": Le ministère de l'Intérieur donne sa version des faits
"Jeudi noir": Le ministère de l'Intérieur donne sa version des faits

POLÉMIQUE - Alors que les médias ont d'ores et déjà qualifié de "jeudi noir" les événements du 7 janvier, le ministère de l'Intérieur a publié, samedi, un communiqué concernant les manifestations des enseignants stagiaires réprimées dans plusieurs villes du royaume.

"Des étudiants stagiaires des centres régionaux des métiers de l'éducation et de la formation (CRMEF) ont été légèrement blessés lors de manifestations non-autorisées à Casablanca, Marrakech et Inezgane", indique le département de Mohamed Hassad.

Des marches non autorisées

"En dépit du fait que ces marches n'ont pas été autorisées et que les décisions de leur interdiction avaient été communiquées aux parties concernées, certains étudiants ont insisté à les tenir en violation totale de la loi", estime le ministère, qui explique que les autorités locales et les forces de l'ordre, "en totale conformité avec les règlements et les dispositions légales, ont tenté de dissuader les manifestants à continuer à violer la loi et dissoudre leurs rassemblements".

Si les étudiants de Fès et Tanger ont obéi aux injonctions, ce n'est pas le cas de ceux de Casablanca, Marrakech et Inezgane, qui "ont choisi de défier et de provoquer les forces publiques en essayant de forcer le cordon de sécurité et les pousser à la confrontation", selon le ministère de l'Intérieur, qui ajoute que cela a provoqué une bousculade, "des blessés légers et plusieurs cas d'évanouissements prétendus".

Jets de pierres et coups de matraque

De son côté, le coordinateur régional de la commission nationale des enseignants stagiaires à Inzegane, Houcine Amerjij, a indiqué à L'Economiste que "100 blessés dont 37 blessures graves et 7 cas hospitalisation" ont été recensés dans la ville jeudi après les manifestations.

Un bilan lourd pour les organisateurs et membres associatifs, qui ont été "assaillis par des jets de pierres venant de l'extérieur" du centre de formation, "d'où la gravité des blessures des manifestants", ajoute M. Amerjij. Les enseignants stagiaires ont également subi des coups de matraques. Les images diffusées sur les réseaux sociaux ont suscité une vague d'indignation et une pétition a été lancée en ligne pour condamner les auteurs des violences.

Samedi matin, lors de la séance d’ouverture du Conseil national du Parti justice et développement (PJD) à Rabat, le secrétaire général du parti et chef du gouvernement Abdelilah Benkirane avait indiqué être "contre l’usage de la force quand cela n’est pas justifié", mais aussi être "opposé à ceux qui ne respectent pas la loi".

abdelilah benkirane pjd

Ce que dit la loi

Selon le Dahir du 15 novembre 1958 relatif aux rassemblements publics, "est interdit tout attroupement (non autorisé) "qui pourrait troubler la tranquillité publique". Si l'attroupement est non armé, "l'agent dépositaire de la force publique, après l'annonce de son arrivée, exhortera les participants à se disperser. S'ils ne se retirent pas, trois sommations seront successivement faites. En cas de résistance, l'attroupement sera alors dispersé par la force".

Ce dernier cas de figure est toutefois en contradiction avec la Constitution marocaine, qui stipule dans son article 22 qu'"il ne peut être porté atteinte à l'intégrité physique ou morale de quiconque, en quelque circonstance que ce soit et par quelque personne que ce soit, privée ou publique. Nul ne doit infliger à autrui, sous quelque prétexte que ce soit, des traitements cruels, inhumains, dégradants ou portants atteinte à la dignité".

Les manifestations font suite à l'adoption, début octobre par le ministère de l'Education nationale, de deux décrets controversés, qui suspendent l'emploi direct des enseignants stagiaires dans l'enseignement public après leur passage au CRMEF, et qui réduisent de moitié leur bourse (de 2.450 dirhams à 1.200 dirhams).

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