MAROC
09/01/2016 08h:21 CET | Actualisé 09/01/2016 08h:27 CET

Blocage de WhatsApp, Viber et Skype au Maroc: Trois dangers et une solution

Le blocage des appels en VoIP a suscité de vives réactions au Maroc
Le blocage des appels en VoIP a suscité de vives réactions au Maroc

ÉDITORIAL - La semaine dernière, le blocage unilatéral et coordonné par les trois opérateurs télécoms marocains des plateformes d’appel par voix sur IP (WhatsApp, Viber, Skype, Facetime, etc.) a soulevé une vague d’indignation chez les usagers marocains, qui n'ont pas hésité à faire entendre leur voix, notamment sur les réseaux sociaux. Soutenus par le régulateur, l'Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT), qui s’est fendu d’un billet laconique justifiant la décision, les opérateurs n’ont pour l’instant pas communiqué sur cette décision brutale, se réfugiant derrière le cadre législatif. Or, de l’avis de nombreux experts, trois dangers immédiats découlent de cette censure de la voix sur Internet. Et une solution permettrait à tout le monde de sortir par le haut.

Danger #1 la rupture de l’égalité entre citoyens

Cette décision crée de facto un déséquilibre entre les citoyens, puisqu’elle pénalise surtout ceux qui utilisent ces applications pour entrer en contact avec leurs proches à l’étranger, et qui n’ont de toutes les manières pas les moyens de payer les communications internationales. Il n’y a donc, techniquement, aucun « manque à gagner » pour les opérateurs sur ce segment car la fraction de population en mesure de payer pour ces appels est marginale, et continuera à utiliser leurs réseaux. Cet argument, avancé par le gendarme des télécoms, ne tient décidément pas la route, et par cette décision, les usagers dont les revenus sont limités se retrouvent encore plus défavorisés. Autre source de discrimination: un fossé se crée entre les utilisateurs qui maitrisent les techniques de contournement du blocage (à travers les plateformes virtuelles), et ceux qui ne savent pas les mettre en place.

Danger #2 accélérer la migration vers des plateformes illicites indétectables

Pour ceux qui ont absolument besoin de communiquer à travers la voix sur IP, le blocage des applications les plus populaires risque de créer un flux vers des plateformes concurrentes plus difficiles à bloquer (que nous ne nommerons pas ici). Or, cela pose un problème sur le plan sécuritaire car ces flux de voix deviennent plus difficiles à tracer par les services de sécurité, ouvrant ainsi une brèche pour les auteurs d’activités délictueuses et les extrémistes.

Danger #3 Créer un mouvement de défiance envers les opérateurs

Probablement guidés par leur volonté de restaurer des marges en érosion et de conserver une capacité d’investissement, les opérateurs n’ont vraisemblablement pas mesuré l’effet boomerang que cette censure peut avoir sur eux. Sur le plan légal, il est en effet possible pour les citoyens de s’organiser et de faire pression sur le parlement à travers une pétition, afin de pousser au changement du code des télécoms. La nouvelle Constitution de 2011 permet cet exercice à travers une pétition d’initiative populaire. Toutefois, le fait que les groupes de pression citoyens au Maroc soient très fragmentés rend peu probable à court terme une telle initiative.

La solution: créer des forfaits spécifiques à bas coût

L’argument économique des opérateurs doit être compris par le consommateur, car les télécoms sont gourmands en investissement et le secteur est très concurrentiel. Sur le long terme, les usagers ont intérêt à ce que ces derniers conservent leurs capacités à investir. Il est donc tout à fait imaginable de mettre en place des forfaits spécifiques, avec un léger surcoût, qui permet aux usagers de payer pour la voix sur IP. Il y aurait toutefois, là encore, une légère distorsion économique, en fonction du tarif de ces forfaits. Cela va cependant dans le sens de l’histoire. Dans d’autres pays africains, certains petits opérateurs télécoms concourent désormais pour obtenir des licences qui excluent…la voix classique et n’incluent qu’Internet.

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