TUNISIE
08/01/2016 14h:25 CET | Actualisé 06/03/2016 05h:00 CET

Tunisie: Retour sur une grève générale mouvementée à l'Université de la Manouba

Facebook/Manouba

Depuis la grande crise de 2012, lorsque l'établissement a été occupé par des fondamentalistes qui voulaient faire lever l’interdiction du port du niqab, la faculté de la Manouba s'est affirmée comme un foyer de revendications estudiantines de tous bords.

Depuis environ deux mois, une grève générale a été entamée par l'Union générale des étudiants tunisiens ((UGET).

À la suite de ce mouvement de protestation, les examens programmés le 6 janvier 2016 y ont été reportés au 13 janvier, selon un communiqué du conseil scientifique de l'établissement spécialisé dans l'étude des sciences humaines.

Les motifs de la grève

La façon d'évaluer les étudiants de troisième année de licence de la faculté est le point de discorde entre l'UGET et le doyen de la faculté, Habib Kazdaghli. En effet, les professeurs d'un module (composé de deux ou trois matières) tirent au sort une matière que les étudiants devront passer.

Par exemple, dans le module "littérature", un choix existe entre "la poésie", "le roman" et "le théâtre. Les étudiants doivent préparer toutes les matières d'un module, et n'en passer qu'une seule à la suite du tirage au sort.

L'Union générale des étudiants tunisiens, a contesté cette méthode pédagogique en appelant à la suppression du tirage au sort, qui se déroule avant l'examen écrit.

La demande est légitime, pour le principal syndicat étudiant tunisien affilié à l'UGTT qui souhaite appliquer une circulaire ministérielle existant au sein du ministère de l'Enseignement Supérieur et en vertu de laquelle la matière serait communiquée aux étudiants une semaine à l'avance.

Le 5 janvier, après l'échec d'une réunion avec Habib Kazdaghli, l'UGET a informé les étudiants que la grève générale allait se poursuivre le lendemain, au premier jour des examens du premier semestre.

Les hostilités s'accentuent le lendemain lorsque des membres de l'UGET ferment le portail principal de la faculté, afin d'empêcher les étudiants et les professeurs d'entrer.

La guerre est déclarée!

Dans un communiqué sorti le jour même, l'UGET accuse Habib Kazdaghli et "quelques professeurs" d'avoir "agressé physiquement et verbalement des militants du syndicat, portant atteinte au droit de grève garanti par la constitution".

Contacté par le HuffPost Tunisie, M. Kazdaghli a nié en bloc ces accusation, fustigeant "l'extrémisme de militants du syndicat". Ceux-ci "ont fermé plusieurs portes avec des cadenas, m'ont agressé et ont humilié plusieurs professeurs lorsque ces derniers ont voulu entrer à l'intérieur de l'établissement", assure-t-il.

Par ailleurs, il déplore "une manipulation de l'UGET concernant la circulaire ministérielle sur laquelle elle a basé sa grève".

"La circulaire du ministère de l'Enseignement supérieur appelle effectivement à l'allègement des examens (ndlr: Suppression du tirage au sort) mais elle précise qu'il revient à chaque faculté de décider l'application de cet allègement, selon ses spécificités. Notre conseil scientifique incluant deux représentants des étudiants a décidé de ne pas supprimer le tirage au sort car cela porterait préjudice à notre formation. Ce serait une vraie braderie du diplôme", a-t-il affirmé au HuffPost Tunisie, précisant qu'il a porté plainte contre les personnes qui l'ont agressé.

Qu'en pensent certains étudiants?

Contacté par le HuffPost Tunisie, Mariem, étudiante en Master de littérature anglaise à la Manouba, donne son appréciation de la méthode contestée:

"Si on enlève le tirage au sort, quelle autre alternative offre l'UGET? La seule alternative digne de ce nom serait de passer toutes les matières au cours de l'année, mais ça ne se fait pas à la Manouba".

Pour elle, il y a "des étudiants qui ne sont pas concernés par ce problème mais qui sont obligés de subir ces perturbations". "En Master, on a pas de tirage au sort et pourtant l'UGET a interdit aux étudiants d'entrer en cours, et nous a fait perdre un mois et demi", a-t-elle assuré, pointant du doigt le syndicat des étudiants.

Une autre étudiante a une opinion différente. Raja Omri, a, elle, parlé au HuffPost Tunisie d'une accumulation de tensions causée essentiellement par l'administration de la Manouba qui refuse les réformes que proposent les étudiants, "depuis plusieurs années":

"90% des étudiants de la faculté soutiennent le syndicat dans cette revendication", a dit cette étudiante en 3ème année en langue anglaise.

"J'ai été agressée verbalement par un professeur quand je lui ai exposé mon point de vue contre le tirage au sort", a-t-elle ajouté.

Rendez-vous le 13 janvier à la Manouba...

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