TUNISIE
07/01/2016 03h:14 CET | Actualisé 07/01/2016 13h:01 CET

Tunisie-Remaniement: "Tous les éléments proches de M. Marzouk ont été éloignés" estime le politologue Salaheddine Jourchi

New Tunisian Prime Minister  Habib Essid presents his second government to the medias, Monday, Feb.2, 2015 in Tunis. Essid from the nationalist Nida Tunis party that won the most seats in October's election named a new Cabinet on Monday that included a single minister from the powerful Islamist Ennahda Party,  Ziad Ladhari as minister of employment. (AP Photo/Hassene Dridi)
ASSOCIATED PRESS
New Tunisian Prime Minister Habib Essid presents his second government to the medias, Monday, Feb.2, 2015 in Tunis. Essid from the nationalist Nida Tunis party that won the most seats in October's election named a new Cabinet on Monday that included a single minister from the powerful Islamist Ennahda Party, Ziad Ladhari as minister of employment. (AP Photo/Hassene Dridi)

Le Premier ministre tunisien Habib Essid a largement remanié son gouvernement pour lui donner un nouveau souffle, mais des critiques fusent déjà alors que le pays aborde une année décisive sur les plans sécuritaire et économique.

Ce remaniement, le premier depuis l'élection à la présidence de Béji Caïd Essebsi fin 2014, intervient après une année 2015 extrêmement délicate pour la Tunisie, à la fois pionnière et unique rescapée des révoltes arabes d'il y a cinq ans.

Confrontée depuis sa révolution de 2011 à la progression de la menace jihadiste, qui a coûté la vie à des dizaines de policiers et de militaires, le pays a été ensanglantée par trois attentats d'ampleur revendiqués par le groupe Etat islamique (EI). Deux d'entre eux, au musée du Bardo, et contre un hôtel de Sousse, ont fait 60 morts et ravagé le secteur touristique.

Plus généralement, si elle a réussi sa transition démocratique, la Tunisie peine à relancer son économie. En 2015, la croissance ne devait pas atteindre 1%, sur fond de profonde morosité sociale.

"2015 (...) a été une année difficile. Mais notre Etat est toujours debout, le gouvernement fait son devoir et nous avançons", avait rétorqué le chef de l'Etat pour le Nouvel An.

'Nouvel habit'

Le remaniement de mercredi soir acte toutefois la nécessité d'un nouvel élan. Il comprend trois changements parmi les ministères régaliens, dont celui de Najem Gharsalli par Hédi Majdoub à l'Intérieur, qui focalise l'attention dans un pays sous état d'urgence.

Technocrate de 46 ans, M. Majdoub avait déjà occupé dans un passé récent des responsabilités au sein de ce département, où des changements internes ont été opérés dans la foulée de l'attentat contre la sécurité présidentielle, fin novembre.

Aux Affaires étrangères, le nouveau ministre, Khemaies Jhinaoui, est lui aussi une figure connue de la diplomatie tunisienne. Il a notamment été secrétaire d'Etat en 2011.

Jeudi, des médias se montraient peu convaincus.

"Nouvelle équipe... sans nouveauté", titrait Achourouk, un quotidien arabophone.

"Le nouveau gouvernement n'est qu'un ancien gouvernement avec un nouvel habit", ajoutait le journal, selon lequel "Habib Essid et, derrière lui, Béji Caïd Essebsi, ont choisi la prudence comme feuille de route".

Au sein de la principale force politique du pays, Nidaa Tounes, des députés se sont interrogés sur la pertinence du limogeage du ministre de l'Intérieur.

"C'est un ministre qui s'est engagé dans les réformes et on le change. D'autres ministres qui ont échoué n'ont pas été remplacés", a regretté auprès de l'AFP la députée Bochra Belhaj Hmida. D'après elle, "ce gouvernement n'est pas assez fort, pas assez audacieux pour prendre les grandes décisions".

Lutte contre la corruption

Parmi les quatre partis alliés au gouvernement, l'équilibre des forces ne semble pas avoir évolué. Nidaa Tounes, l'ancien parti du chef de l'Etat, garde une dizaine de ministères.

La formation islamiste Ennahdha, qui avait scellé une alliance avec Nida Tounes après ses échecs électoraux de fin 2014, conserve un portefeuille (Formation professionnelle et Emploi).

Elle enregistre le retour au poste de "conseiller du chef du gouvernement" de Najmeddine Hamrouni, déjà chargé de telles fonctions auprès des islamistes Hamadi Jebali et Ali Larayedh.

"Il y a aussi le départ du ministre des Affaires religieuses" Othman Battikh --peu apprécié du parti islamiste--, mais "dans l'ensemble je trouve que le remaniement profite à Ennahda", estime Ahmed Manaï, un politologue.

Alors que Nidaa Tounes est englué dans des querelles de chefs, M. Manaï estime que la nouvelle équipe renforce également Hafedh Caïd Essebsi, le fils du président, au détriment de Mohsen Marzouk, secrétaire général du parti.

"Mais, d'un point de vue global, le problème reste entier: le gouvernement n'a pas de programme", enchaîne-t-il.

Pour Salaheddine Jourchi, un autre politologue, ce remaniement est pourtant "la dernière carte de M. Essid". "Si la nouvelle équipe échoue, cela mettra fin à sa carrière politique".

Pour plaider sa cause, le Premier ministre peut mettre en avant un souci d'efficacité avec la suppression de l'ensemble des secrétariats d'Etat (14).

La bonne surprise pourrait venir de la création d'un ministère de la Fonction publique, de la gouvernance et de la lutte contre la corruption --un des grands fléaux nationaux--, avec à sa tête un expert, Kamel Ayadi.

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