MAGHREB
06/01/2016 08h:11 CET | Actualisé 06/01/2016 12h:24 CET

Tunisie: Punir l'adultère par la prison est-il justifié?

A young couple embraces outside a registration center for migrants and refugees in Moria village on the northeastern Greek island of Lesbos, Wednesday evening, Nov. 18, 2015. European leaders pressed ahead with efforts to discourage people from heading to Europe to find work and kept seeking ways to send back home thousands who don't qualify for asylum. (AP Photo/Santi Palacios)
ASSOCIATED PRESS
A young couple embraces outside a registration center for migrants and refugees in Moria village on the northeastern Greek island of Lesbos, Wednesday evening, Nov. 18, 2015. European leaders pressed ahead with efforts to discourage people from heading to Europe to find work and kept seeking ways to send back home thousands who don't qualify for asylum. (AP Photo/Santi Palacios)

Les affaires d'adultère, concernant surtout des femmes trompant leurs maris arrêtées en flagrant délit, font le bonheur des médias à la recherche de sensationnel. Pourtant derrière cette façade voyeuriste, des familles sont brisées.

Le cas d'Ahlem (pseudonyme), une jeune femme accusée d'adultère a fait le tour des médias. Évoquant cette affaire, le correspondant de Shems FM à Hammamet relatait le contenu du procès-verbal de la police tandis que de nombreux autres médias ont repris l'"information" mettant en évidence le fait qu'une institutrice, mariée et mère de deux enfants, a été arrêtée pour "flagrant délit de double adultère".

Entre-temps, en l’absence de preuves matérielles, Ahlem a été acquittée par le tribunal de première instance de Grombalia. Mais le mal est fait: avec une telle médiatisation, la vie de cette jeune femme a été bouleversée à tel point qu'elle ne peut plus reprendre son travail.

Comme elle, la vie de Samia a totalement basculé depuis qu'elle a porté plaine contre son mari pour adultère. "Ce n'est pas la première fois qu'il me trompait, mais cette fois-là c'était la goutte qui a fait déborder le vase", a-elle déclaré au HuffPost Tunisie.

Samia était animée par une volonté de se venger sous la pression de sa famille "pieuse" qui l’implorait de le "punir" avant de divorcer.

"Je regrette de l'avoir fait", avoue-elle même si elle n'est pas allée jusqu'au bout des procédures, voulant "préserver ses quatre enfants".

Elle a demandé à gracier son mari qui est finalement retourné vivre avec elle après sa sortie de prison, "comme si de rien n'était en apparence":

"Mais c'était une cassure définitive entre nous. L'affaire a pris une dimension telle que toute la ville en parlait. Les enfants ont beaucoup souffert de ça. Mon aîné, très attaché à moi, a jusqu'à maintenant de la rancune vis à vis de son père, il n'a plus d'estime envers lui. Son père de son côté n'a plus d'autorité sur lui", déplore-t-elle.

Une loi à réformer

L'adultère est puni par l'article 236 du code pénal "d'un emprisonnement de cinq années et d'une amende de 500 dinars". Selon cet article, un conjoint ne peut être poursuivi qu'à la demande de l'autre conjoint qui reste maître d'arrêter les poursuites ou l'effet de la condamnation.

"Lorsque l'adultère est commis dans le domicile conjugal, le complice est puni des mêmes peines que la femme ou le mari coupable".

"Le législateur conçoit la fidélité comme la colonne vertébrale de la vie de couple. Cet article est conçu dans cette optique et ce afin de protéger la famille, le noyau de la société comme le mentionne la constitution", a expliqué au HuffPost Tunisie Oussema Helal, juriste.

"La législation tunisienne est avant-gardiste par rapport à d'autres pays arabo-musulmans (Arabie Saoudite, Soudan, Émirats arabes unis, Yémen) qui appliquent toujours la lapidation pour l'adultère. Cependant, ce crime reste passible de prison, une peine privative de la liberté exagérée, qui empire la situation au lieu de la régler. Mettre en prison l'un des partenaires engendrera l"éclatement de la famille, contre laquelle cette disposition est censée œuvrer", a-t-il ajouté.

Selon lui, c'est souvent l'homme qui saisit la justice contre sa femme pour adultère:

"Cette question dépasse l'aspect juridique car elle relève du regard que porte la société sur l'épouse qui trompe son mari, sa réputation est entachée, elle sera pointée de doigt toute sa vie alors qu'on pardonne plus à l'époux . Ceci explique pourquoi les épouses sont plus enclines à ne pas porter plainte contrairement aux maris", a-t-il conclut.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.