MAROC
05/01/2016 09h:14 CET

Daech mène une guerre contre la presse selon Reporters sans frontières

Daech mène une guerre contre la presse selon Reporters sans frontières
AFP
Daech mène une guerre contre la presse selon Reporters sans frontières

TERRORISME - Pour Daech, "les journalistes ne sont pas des témoins gênants à faire taire. Ils sont des objectifs militaires à éliminer purement et simplement". C'est le constat sans appel fait par Reporters sans frontières (RSF), dans son rapport "Le djihad contre les journalistes" rendu public lundi 4 janvier.

L'ONG, qui défend la liberté d'information dans le monde, dresse un bilan sombre des atteintes aux droits des journalistes et organes de presse recensées depuis la montée en puissance du groupe terroriste Daech en Irak et en Syrie.

Ainsi, sur les cinquante-quatre journalistes détenus en otage dans le monde en 2015, vingt-six sont en Syrie, "et l’immense majorité d’entre eux sont des journalistes locaux qui sont le plus souvent "arrêtés" et "jugés" par Daech", note le rapport, qui pointe du doigt "l'ultraviolence" utilisée par les terroristes à leur encontre pour choquer l'opinion publique.

Si les décapitations de journalistes, devenues la "signature" du groupe terroriste, ne sont pas nouvelles - Al Qaïda usait déjà de ce type d'atrocités -, leur mise en scène et leur impact médiatique, notamment via les réseaux sociaux, s'est considérablement amplifié.

"Onze commandements"

Autre fait marquant rapporté par RSF: l'ambition de Daech d'avoir le contrôle total de l'information. Le groupe a ainsi rendu publics, en octobre 2014, les "onze commandements" pour les journalistes de la province de Deir-Ez-Zor en Syrie, auxquels doivent se soumettre les professionnels des médias, comme l'obligation de prêter serment d'allégeance au "calife", l'interdiction de travailler avec certaines chaînes d'information, ou encore la mainmise de l'organisation Etat islatique sur les comptes personnels des journalistes sur les réseaux sociaux.

Selon RSF, Daech a également monté une véritable "industrie" des otages, "pour supprimer toute information sur les violations des droits humains systématiquement perpétrés par ses militants". Sur les quarante-huit journalistes qui figurent sur la liste des kidnappés en 2015, certains seraient toujours détenus dans les camps de Tasfirat, de Badouch ou de Ghazlani en Irak.

"Un empire de presse tentaculaire"

RSF consacre enfin une partie de son rapport à la machine de propagande mise en place par Daech, "un empire de presse aussi tentaculaire que puissant, dont le sommet de la pyramide remonte au plus haut de l’organisation terroriste".

Le groupe compte trente-huit "bureaux d'informations" à travers le monde, cinq chaînes de télévision et une radio à Mossoul (Irak), deux autres à Raqqa (Syrie), une vingtaine de magasines dont Dabiq, publié en plusieurs langues et destiné à des lecteurs occidentaux, des dizaines de milliers de comptes sur les réseaux sociaux et des centaines de recrues jihadistes regroupées dans des "brigades médiatiques" (cameramen, photographes...).

Dans un reportage publié en novembre par le Washington Post, un ancien cameraman marocain de Daech, aujourd'hui emprisonné à Salé, s'était confié au quotidien américain en dévoilant les dessous de cette "machine de guerre médiatique" orchestrée par le groupe terroriste. Son travail consistait à filmer soit des scènes de la vie quotidienne dans le "califat", comme le jour du marché ou les fêtes musulmanes, afin de livrer une image positive de la vie à Raqqa à destination des futures recrues, soit des séquences ultra-violentes, "pour menacer l’Occident".

LIRE AUSSI:

Galerie photoQu'est-ce que l'Etat islamique? Voyez les images