MAGHREB
04/01/2016 13h:26 CET | Actualisé 05/01/2016 05h:41 CET

Les Tunisiens sont plus favorables à une démocratie libérale selon une étude de l'Université du Maryland

People walk through the Medina market in Tunis, Tunisia, Monday, Oct. 26, 2015. (AP Photo/Mosa'ab Elshamy)
ASSOCIATED PRESS
People walk through the Medina market in Tunis, Tunisia, Monday, Oct. 26, 2015. (AP Photo/Mosa'ab Elshamy)

73% des Tunisiens pensent que "la Tunisie est mieux lorsque la religion et la politique sont séparées".

Tel est le résultat d'une étude menée par l'Université du Maryland sur la Tunisie entre 2013 et 2015 financée par l'AFRICOM et le bureau de recherche navale du Département de la Marine des États-Unis.

Sous le nom de "Tunisie, un oasis de paix et de tolérance: Les résultats d'une enquête", l'étude a interrogé 3070 tunisiens de plus de 18 ans entre mars et mai 2013, puis entre avril et août 2015 afin de voir si leur perception avait évolué.

Selon cette étude, s'il n'y a aucun changement dans les attitudes envers l'égalité des sexes, d'autres valeurs ont évolué.

"La Tunisienne doit pouvoir s'habiller comme elle veut"

Selon l'étude, entre 2013 et 2015, la perception sur l'égalité des genres reste la même ou du moins ne connait pas une évolution marquée. Ainsi, à l'affirmation "il est acceptable pour un homme d'avoir plus d'une femme", 81% des sondés n'étaient pas d'accord en 2013, et 82% en 2015.

Pour "l'amour est la base du mariage", 29% des personnes interrogées sont "entièrement d'accord" alors qu'ils n'étaient que 26% en 2013.

64% des Tunisiens pensent qu'il "appartient à la femme de s'habiller de la manière qu'elle souhaite", soit une hausse de 10% par rapport à 2013.

Selon l'Université du Maryland, ces deux dernières affirmations démontrent un plus grand individualisme social en Tunisie.

Une plus grande identité et fierté nationale

Seulement 38% des personnes interrogées se sentent "Tunisiens avant tout", il faut noter qu'en 2013, ils n'étaient que 30%.

La grande majorité des Tunisiens interrogés, soit 52%, se sentent musulmans avant tout, ce chiffre est en déclin, puisqu'en 2013, ils étaient de 59%.

Ainsi, selon l'étude, cela démontre une évolution positive du sentiment d'appartenance et d'identité nationale au profit d'un sentiment d'appartenance religieux qui lui s'est estompé entre 2013 et 2015.

D'ailleurs, selon l'Université du Maryland, 84% des personnes interrogées se sentent très fières d'être Tunisiens en 2015, alors qu'en 2013, ils n'étaient que de 77%.

Une plus grande tolérance religieuse

Selon cette étude, les Tunisiens seraient de plus en plus tolérants religieusement.

Ainsi à l'affirmation "Critiquer l'Islam ne devrait pas être toléré", 40% des sondés ne sont pas d'accord alors qu'ils n'étaient que 33% en 2013.

De même, 89% ne sont pas d'accord avec l'affirmation "les non musulmans devraient être interdits de pratiquer leurs religions en Tunisie", alors qu'ils étaient 81% en 2013.

Une des conclusions du rapport est le déclin de l'Islam politique en Tunisie.

Selon celle-ci, 73% des Tunisiens sont d'accord avec le fait que "la Tunisie est mieux lorsque la religion et la politique sont séparées".

Plus significatif encore, 71% des Tunisiens trouvent "mauvais" le fait d' "avoir un gouvernement d'islamiste", alors qu'ils n'étaient que 63% à trouver cela mauvais en 2013. Serait-ce l'effet de la (mauvaise) gouvernance d'Ennahdha?

Béji Caid Essebsi et Habib Essid, duo gagnant ?

Entre 2013 et 2015, le paysage politique a évolué en Tunisie entraînant avec lui une évolution de la perception des citoyens.

Ainsi, entre 2013 et 2015, la confiance en la personne du président de la République est passée de 31% à 54%. Idem pour le chef du gouvernement pour qui la confiance des citoyens est passée de 39% en 2013 à 52% en 2015.

Sans surprise, l'armée reste l'institution qui jouit de la plus grande confiance des Tunisiens contre 22% pour les partis politiques.

La perception des autres "groupes"

Selon cette étude, 57% des Tunisiens souhaiteraient avoir pour voisins des Américains, soit une hausse 9 points par rapport à 2013.

D'un autre côté, 80% des Tunisiens ne font pas confiance aux salafistes alors qu'ils n'étaient que 55% en 2013.

Cela démontre selon l'étude, une attitude plus favorables des Tunisiens aux Américains.

Une Tunisie plus sure?

L'impact des attentats terroristes de Sousse et du Bardo ne semblent pas avoir touché les Tunisiens autant que les assassinats de Chokri Belaid ou de Mohamed Brahmi.

À l'affirmation "En Tunisie ces jours-ci, la vie est imprévisible et dangereuse", 74% des sondés sont "d'accord ou totalement d'accord" en 2015. Pourtant, en 2013, ce pourcentage était nettement plus élevé puisqu'il était de 84%.

Les révolutions arabes et la Théorie du complot

En 2013, lorsqu'on demandait aux Tunisiens quels étaient les buts des bouleversements politiques en Tunisie, en Libye et en Égypte, 56% des interrogés répondaient "la liberté et la démocratie". En 2015, à cette même question, 40% des Tunisiens répondent qu'il s'agit d'une "conspiration de l'occident".

Dans sa conclusion, l'étude affirme qu'à travers l'ensemble de ces chiffres, "les Tunisiens sont plus favorables à la démocratie libérale."

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