MAGHREB
29/12/2015 05h:02 CET

Les évènements politiques qui ont marqué la Tunisie en 2015

Facebook

#RETROSPECTIVE - L'année 2015 a vu naître un nouveau gouvernement régi par une coalition hétéroclite - Nida Tounes, Ennahdha, Afek Tounes et l'Union Patriotique Libre - et la vie politique en Tunisie aura été rythmée par de nombreuses agitations: Violentes dissensions au sein du parti vainqueur aux élections, revendications sociales, lois liberticides, soupçons de corruption... voici une rétrospective des sujets politiques brûlants en 2015.

Janvier:

  • Habib Essid est officiellement désigné chef du gouvernement tunisien le 5 janvier. Commencent alors des discussions houleuses autour des nominations concernant les portefeuilles ministériels du prochain gouvernement.

Février:

  • Après plusieurs moutures, Habib Essid annonce une composition de son gouvernement incluant un changement majeur: l'intégration de personnalités venues d'Ennahdha, à l'instar de Zied Laadhari désigné ministre de l'Emploi. Une décision qui va être sévèrement critiquée par une frange de Nida Tounes, ainsi que des partis de l'opposition comme le Front populaire qui refuseront de participer au gouvernement.

Mars:

  • La pomme de la discorde apparait à Nida Tounes. Plusieurs figures contestataires de la hiérarchie du parti signent une pétition pour "boycotter définitivement" le comité constitutif. Le parti est en fait miné par des dissensions profondes entre le camp de Mohsen Marzouk, Secrétaire Général du parti et celui de Hafedh Caïd Essebsi, vice-président et fils du président de la République.
  • Un attentat sanglant, revendiqué par l'État Islamique, s'est produit au musée du Bardo et a coûté la vie à 22 personnes le 18 mars. L'heure est à l'Union nationale.
  • Deux jours après l'attentat, le président Béji Caid Essebsi annonce à l'occasion de la fête de l'indépendance, qu'une réconciliation nationale doit se faire avec les hommes d'affaire de l'ancien régime accusés de corruption.

Avril:

  • Dans un contexte socio-politique tendu, rythmé par les attentats terroristes, le projet de loi antiterroriste relatif à la "répression" des agressions contre les agents des forces armées, approuvé par le conseil des ministres, provoque de vifs débats, avant même son examen à l'Assemblée. La société civile pointe du doigt un projet de loi liberticide.

Mai

  • Une campagne interpelant le gouvernement sur le problème de l'énergie fait parler d'elle sur les réseaux sociaux: "Winou el pétrole?" (Où est le pétrole?). Elle appelle le gouvernement à faire preuve de plus de transparence sur le secteur de l'énergie et d'ouvrir les dossiers de la corruption. Mais Nida Tounes l'accusera d'instrumentaliser ce dossier à des fins politiques, notamment pour le compte du CPR, le parti de l'ex-président Moncef Marzouki.

Juin:

  • Un nouvel attentat sanglant frappe la Tunisie le 26 juin. Cette fois-ci sur la plage de la station balnéaire de Port El-Kantaoui près de Sousse: un homme tire avec une Kalachnikov et tue 38 personnes. Le tourisme durement frappé, ne s'en relèvera pas.
.

Juillet:

  • Béji Caïd Essebsi passe à l'action, environ quatre mois après son annonce du 20 mars. En présentant devant le Conseil des ministres un projet de loi visant la "réconciliation nationale" en faveur de ceux qui se seraient rendus coupables de crimes d'ordre économique sous l'ancien régime, il provoque l'ire de plusieurs associations et partis de l'opposition.

Septembre:

  • Les soupçons de corruption et la crainte d'un retour aux pratiques de l'ancien régime s'intensifient, particulièrement avec le projet de loi sur la réconciliation économique et financière. Des associations de la société civile et des partis de l'opposition manifestent ponctuellement contre ce projet dans Tunis et d'autres villes.
  • Le 22 septembre, le verdict est prononcé contre un jeune homme en détention, poursuivi sur la base de l'article 230 du Code pénal tunisien qui criminalise les "pratiques homosexuelles". Il a été condamné à un an de prison ferme. Cette affaire provoquera l'indignation d'associations dont la plus controversée est "Shams".
  • Le 28 septembre une intervention remarquée du ministre de la Justice, Mohammed Salah Ben Aissa. Revenant sur Shems FM sur le cas du jeune étudiant, il avait affirmé: "Pour moi le problème c'est l'article 230. C'est lui l'origine du problème, c'est lui qui criminalise. La criminalisation est le problème... Ce problème (...) se situe dans le fait que nous avons une loi qui criminalise cet acte...Après l'adoption de la nouvelle Constitution, il n'est plus admis de violer les libertés individuelles, la vie privée et les choix personnels même sexuels...".

Octobre:

  • Mohammed Salah Ben Aissa sera désavoué par Béji Caid Essebsi lors d'une interview pour une chaîne égyptienne. "Sa demande n'engage pas l'Etat", a affirmé ce dernier, promettant que l'abrogation de l'article 230 ne se produira pas.
  • Le 6 octobre, Lazhar Akremi, ministre tunisien chargé des relations avec le Parlement, annonce avoir présenté sa démission, dénonçant notamment le manque de "volonté" dans la lutte contre la corruption. Dans une lettre de démission adressée au Premier ministre Habib Essid, il s'est demandé "s'il y a réellement une volonté de lutter contre la corruption dans un pays où la part de l'économie parallèle a atteint 54% du PIB"
  • Le 20 octobre, Mohammed Salah Ben Aissa est démis de ses fonctions par le Premier ministre, Habib Essid, pour "divergences autour du projet de loi controversé instaurant un Conseil supérieur de la magistrature". Son intervention au sujet de l'article 230 a-t-elle précipité cette décision? Certains en sont persuadés.

Novembre:

  • À l'occasion d'une réunion du Bureau Exécutif du parti Nidaa Tounes à Hammamet, des affrontements ont eu lieu dans l'hôtel où devait se tenir le meeting. Les violences seront tellement marquantes ce jour-là que Chokri Mamoghli, membre du bureau exécutif de Nida Tounes, déclarera: "Nida est mort". La scission est officiellement consommée.
  • Yassine Brahim, ministre du Développement, de l'Investissement et de la Coopération Internationale, a été sous le feux de la critique début novembre, suite à la divulgation de la part du député Mehdi Ben Gharbia d'un contrat de prestation de services négocié entre le ministère et le groupe Lazard, groupe mondial de conseil financier et de gestion d’actifs. Ce contrat "porte atteinte à la souveraineté nationale", avait alors affirmé le député. Ce que le ministre avait réfuté.
  • Le 24 novembre, un nouvel attentat vise cette fois un bus des agents de la garde présidentielle et fait 13 morts. Le soir-même, le président de la République Béji Caïd Essebsi a décrété l'état d'urgence pour 30 jours et imposé un couvre-feu sur le Grand-Tunis de 21h à 5h du matin.

Décembre:

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.