ALGÉRIE
22/12/2015 13h:56 CET | Actualisé 23/12/2015 03h:07 CET

Les salafistes en campagne contre la célébration de la fête du Mouloud en Algérie

Le Sbuâ (semaine) al Mawlid Ennabaoui dans le Gourara
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Le Sbuâ (semaine) al Mawlid Ennabaoui dans le Gourara

Les salafistes contre le réveillon de fin d’année, ce n’est pas nouveau. Les salafistes contre les fêtes du Mouloud ce n’est pas nouveau non plus, cette commémoration pleine de ferveur et d’exubérance de la naissance du prophète n’a jamais été appréciée par eux.

Depuis l'époque du FIS, certains salafistes comme Hachemi Sahnouni prêchaient déjà contre les fêtes marquant la naissance du prophète, le Mawlid Ennabaoui. La nouveauté est que les groupes salafistes ont décidé, ces derniers jours, de mener une campagne active contre le Mouloud dans les rues et les espaces publics.

La campagne cible aussi bien le Mouloud (23 décembre) que le réveillon de Noël (24 décembre) et de fin d’année. Elle est le fait, indique le journal El-Bilad, de "groupes de salafistes soutenus par certains imams qui ont entrepris de diffuser des dépliants" contre ces fêtes qualifiées de Bid3a (des innovations répressibles) contraire à la charia.

El Bilad constate que la campagne traditionnelle des salafistes contre les fêtes de fin d’année et contre le Mouloud ne "se limite plus aux seules mosquées comme cela était le cas au cours des dernières années. Elle s’est étendue cette année aux espaces et aux places publics."

Le plan "anti-Mouloud"

Des tracts et des dépliants contre ces fêtes ont été diffusés à Alger, mais aussi à Constantine et Oran par les salafistes " sans être inquiétés par les services de sécurité" observe El Bilad qui relève que des images ont été affichées menaçant ceux qui "miment" et ne s’abstiennent pas de commémorer ces fêtes présumées impies.

El Bilad cite un activiste salafiste qui détaille le plan d’action anti-Mouloud: "Cette opération, nous l’avons entamée par des messages sur les réseaux sociaux. Nous avons également écrit à des imams et des cheikhs dans toutes les régions d’Algérie ainsi que des étudiants qui partagent notre position. L’action va se poursuivre jusqu’à la fin du mois."

"Nous avons imprimé des dépliants et des tracts qui montrent ce que dit la charia sur ce sujet et nous allons les distribuer dans les quartiers et les espaces publics. Nous allons toucher même les pâtisseries qui vendent des bûches" surenchérit un autre.

Le ministre des affaires religieuses, Mohamed Aïssa a réagi à ces informations en défendant la célébration du Mawlid Ennabaoui. "L’amour du prophète Mohamed (QSSSL) ne peut être interdit par une Fatwa étrangère au référent religieux algérien", a-t-il indiqué.

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"Ils peuvent émettre les fatwas qu’ils veulent, personne ne les écoutera" a ajouté le ministre. "Ces gens-là et ceux qui les mandatent pour s’attaquer aux repères religieux en Algérie doivent savoir que rien n’empêchera les Algériens de fêter (le mouloud), ni une décision, ni une fatwa, ni une quelconque orientation venant d’en dehors de leur système de référence."

Le précédent de Kassaman

Les salafistes – y compris ceux qui se donnent le label de "scientifique" (salafiya el 3ilmiya) et qui ont été largement tolérés par les autorités en raison de leur "apolitisme" présumé – se fondent très largement sur le modèle saoudien et s’attaquent régulièrement aux "bida3 " (innovations) liées aux cultures locales.

Ces salafistes, notait un éditorialiste "ne contestent pas le "prince" mais ils ne se reconnaissent pas non plus comme membres d’une nation particulière. Ce sont des "homo-islamicus", sans attache nationale, sans emblème, des "internationalistes" d’un genre nouveau… Le terrain est devenu fertile pour "l’homo-islamicus" désincarné qui ne se reconnait plus dans les référents nationaux mais dans les imams satellitaires…"

Il faisait référence au scandale provoqué par des imams qui ont refusé en 2010, en présence du ministre des affaires religieuses de l’époque, Boualem Ghlamallah, de se lever au moment où Kassaman, l’hymne national algérien, était entonné. L’affaire avait fait grand bruit dans la presse mais dans les milieux salafistes on approuvait comme allant de soi le geste des imams en question qui avaient été sanctionnés pour leur attitude.

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