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17/12/2015 13h:14 CET | Actualisé 18/12/2015 04h:51 CET

Tunisie - Affaire Marwen: "Certes plus clémente, mais ça reste une condamnation", affirme son avocate Fadoua Braham

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cabral_augusto83 via Getty Images
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Marwen, le jeune homme condamné en première instance à un an de prison ferme pour "pratiques homosexuelles", a été condamné à deux mois de prison ferme et 300 dinars d'amende en appel, selon avocate Fadoua Braham, contactée par HuffPost Tunisie.

Ayant déjà purgé cette peine en passant les deux mois en prison à attendre le procès en appel, il est désormais libre.

"Certes cette peine est plus clémente, mais ça reste une condamnation, c'est pour cela qu' on compte pourvoir en cassation", a ajouté Fadoua Braham.

"Je suis content pour sa libération , mais on est encore loin. Le mal est déjà fait!", a déclaré au HuffPost Tunisie Hedi Salhy, vice président de l'association "Shams" pour la dépénalisation de l'homosexualité, contraint à quitter le pays après avoir reçu des menaces de mort.

"Aujourd'hui, les médias relatent l'affaire d'un jeune homme de 24 ans assassiné par son frère à la ville de Fahes ( Gouvernorat de Zaghouan) parce qu'il est homosexuel, ceci dénote du degré de la violence à l'égard des homosexuels et ce, dans l'indifférence totale des pouvoirs publics. Pire encore, des politiciens et des médias nourrissent cette haine", a renchéri Hedi Salhi.

Lors de la deuxième audience de son procès en appel, le jeune homme a demandé un non-lieu au tribunal de Sousse , selon son avocate Fadoua Braham.

"Il a dit au juge qu'il allait être diplômé cette année, qu'il allait chercher du travail et que ce serait très difficile avec un casier judiciaire", a-t-elle ajouté.

Interpellé en septembre pour être interrogé dans le cadre d'une affaire d'homicide, le jeune homme avait nié toute implication dans le meurtre mais a reconnu avoir eu des relations sexuelles avec la victime. La police avait alors, selon son avocate, rédigé un autre procès-verbal et l'avait obligé à se soumettre à un examen anal.

L'étudiant avait ensuite été condamné à un an de prison pour homosexualité lors du procès en première instance par le tribunal de Sousse sur la base de l'article 230 du code pénal qui criminalise l'homosexualité. Il a fait appel et a été remis en liberté provisoire début novembre en échange du paiement d'une caution de 500 dinars.

Cette affaire a entraîné une levée de boucliers. Plusieurs associations de défense des droits humains ont condamné le test anal, une pratique "cruelle", "inhumaine" et "dégradante", contraire aux lois internationales et pouvant être assimilée à un acte de "torture".

Comme Marwen, six autres étudiants ont été condamnés le 10 décembre par un tribunal à Kairouan à trois ans de prison ferme et cinq ans d'interdiction de séjour dans cette ville.

Ils ont été également sommés de subir un test anal, censé prouver leur culpabilité, selon leur avocate Boutheina Karkani dans une déclaration accordée au HuffPost Tunisie.

L'association "Shams"pour la dépénalisation de l'homosexualité a notamment réclamé la libération "immédiate" de toutes les personnes "détenues pour leur homosexualité" et lancé une campagne sur internet contre les "tests de la honte", jugeant "scandaleux" le recours à un examen anal.

L'association Mawjoudin a lancé une campagne de sensibilisation sur la nécessité d'abroger l'article 230 du code pénal à travers une série de photos où des artistes, des intellectuels, des blogueurs tels que Selma Baccar, Anissa Daoud, Khamaies Khayatia, Raouf Ben Amor, etc. brandissent un pancarte où il est écrit: "L'article 230, jusqu'à quand?".

Adoptée en janvier 2014, la Constitution consacre la protection de la "dignité de la personne et son intégrité physique", interdisant toute forme de torture physique ou morale (article 23), ainsi que la protection de la vie privée, "l'inviolabilité du domicile et la confidentialité des correspondances, des communications et des données personnelles" (article 24).

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