MAGHREB
17/12/2015 09h:00 CET | Actualisé 18/12/2015 05h:39 CET

Tunisie: Arrestation de Afra Ben Azza âgée de 17 ans, les réactions indignées fusent

Afraa Ben Azza/page officielle

Afra Ben Azza, âgée de 17 ans a été arrêtée le 16 décembre au soir au poste de police de Bou Makhlouf au Kef, a indiqué Walid Louguini, porte parole du ministère de l'Intérieur au HuffPost Tunisie.

Contactée par le HuffPost Tunisie, Hassina Daraji, l'avocate de la jeune fille affirme que sa cliente a été arrêtée lors d'une manifestation contre la destruction d'un monument à Bou Makhlouf, prévue par les autorités.

"Elle a passé la nuit dans le centre de détention provisoire du Kef, avec comme chef d'inculpation l'outrage à agent public en fonction, en l'occurrence des policiers", a-t-elle déclaré.

Selon un communiqué du collectif de "Manich Msemeh"("Je ne pardonne pas"), la jeune fille a été violentée par les forces de l'ordre lors de son arrestation et interrogée sans la présence d'un avocat.

Toujours selon le collectif, elle avait déjà été arrêtée le 7 septembre dernier parce qu'elle avait "l’intention de participer" à une manifestation "Manich Msemeh". Lors de cette première arrestation, elle a été "interrogée et menacée d'être interpellée une nouvelle fois en cas de participation à un mouvement de protestation, après cet avertissement, elle fut relachée".

Hassina Daraji dénonce une machination policière contre sa cliente: "Elle est la cible des policiers (de la région). On lui a collé l'accusation d'outrage à un agent public. C'est un classique chez les policiers quand ils ne trouvent rien d'autres pour te jeter en prison", a-t-elle déclaré au HuffPost Tunisie.

Par ailleurs, Fadhel Beldhiafi, président de la section de la Ligue tunisienne des Droits de l'Homme (LTDH) de la ville Kef a précisé qu'ils avaient remis une pétition au parquet pour faire passer la jeune fille devant un juge pour enfant.

"Cette arrestation est une atteinte flagrante à l'article 94 du code de protection de l'enfance qui prévoit le passage des mineurs devant un juge pour enfant. D'autant plus qu'elle a été arrêtée à 15h30, les policiers avaient largement le temps pour le faire", a-t-il ajouté au HuffPost Tunisie.

"Jusqu'à midi, ce jeudi, on attend toujours son transfert devant le juge pour enfant. Elle a passé tout ce temps dans une geôle comme une criminelle. Ceci est d'une violence inouïe pour un enfant" a déclaré son avocate.

Mise à jour: Afra Ben Azza a été libérée le 17 décembre à 17 heures, son procès à été reporté au 31 décembre "sur la demande de la défense et pour que le délégué de l'enfance puisse être présent" a confirmé l'avocate Hassina Daraji au Huffpost Tunisie.

Le président de la République condamne cette arrestation

Suite à la vague d’indignation qui a suivi l'arrestation de Afra Ben Azza, le ministère de l'Intérieur a réagi en informant via un communiqué officiel que deux inspecteurs de l’inspection générale de la sûreté nationale se déplaceraient au Kef, pour faire une enquête administrative précise et poussée sur les circonstances de l’arrestation de la jeune fille.

Le président de la République, Béji Caïd Essebsi a également réagi quelques heures après l'arrestation, lors d'une rencontre officielle .

"La fille a 17 ans, et alors qu’est ce qu’elle peut faire? Qu'elle ait tort ou raison, on ne doit pas la traiter ainsi. Ils lui ont fait passer une nuit en geôle. Je connais (ce genre d'endroit), j’y étais, une journée passée dans la geôle vaut une année … alors que les bandits on les laisse libres. Et même si elle a insulté, elle a 17 ans. Tout ça doit changé..." a affirmé Caïd Essebsi.

17 décembre 2010 - 17 décembre 2015: Retour à la répression?

Cette arrestation intervient alors que la Tunisie commémore la cinquième année du déclenchement des événements du 17 décembre 2010 qui ont conduit à la chute du régime de Ben Ali.

Les internautes ont réagi massivement en signe de protestation contre cette nouvelle arrestation:

Avoir 17 ans, le 17 décembre 2015, en Tunisie:Tandis que les aiguilles de la montre s'approchent du cinquième...

Posté par Sondes Zarrouki Haj Slama sur mercredi 16 décembre 2015

Pour certains internautes, un retour en arrière au niveau des libertés chèrement acquises après la révolution est devenu réalité. Interrogé sur ces réactions, Walid Louguini, porte parole du ministère de l'Intérieur indique: "Le retour à la répression est inimaginable car on a des institutions stables, une justice indépendante et une société civile active".

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